Sud-Ouest du 11 août 2021

2021 08 10 SO Covid-19 Plan blanc l'hôpital dans le dur

Sud-Ouest du 11 août 2021 

« Le Covid a révélé une crise de la vocation des soignants » 

En Nouvelle-Aquitaine, les urgences saturent et les personnels manquent. Pour faire face, la clinique Bel-Air, à Bordeaux, a ouvert une unité post-urgences. Reportage

2021 08 11 plan blancÀ la clinique Bel-Air, un service post-urgences a été ouvert en quelques heures lundi pour répondre au manque de lits hospitaliers dans l’agglomération bordelaise. J.-M. CHACUN /« SUD OUEST » 

Main dans la main. Il ne s’agit plus de tirer la couverture à soi pour gagner trois sous, mais de répondre à une situation sanitaire préoccupante. Les urgences de l’hôpital public et des cliniques privées n’arrivent plus à absorber le flux estival des soins non programmés. « Manque de bras », admettent les patrons des établissements de santé. 

Tandis que le CHU bordelais s’épuise sans trouver de parade, avec des attentes aux urgences variant entre trois et six heures, le groupe privé Bordeaux Nord Aquitaine (GBNA) – qui compte sept cliniques en Gironde – a relevé ses manches et, en quelques heures, a réussi le tour de force de rassembler une équipe de bonnes volontés afin d’ouvrir une unité post-urgences de 15 lits à Bordeaux. 

Jusqu’à fin août 

« On traverse ensemble une période qui dure depuis près de deux ans », observe Philippe Cruette, directeur général de GBNA. « Notre groupe, même s’il est privé, a une mission, une conviction dans ses tripes : prendre soin de la vie et de la santé des habitants du territoire, avec des valeurs telles que l’humanisme et l’excellence. Répondre à toutes les situations sanitaires d’exception est essentiel. Le 20 mars 2020, alors que beaucoup d’établissements privés fermaient pour cause de Covid, nous avons créé des unités Covid et soigné 1 600 patients girondins. » 

Premier étage, clinique Bel-Air, quartier Caudéran à Bordeaux, service d’urologie. C’est là qu’Héloïse Pierret, directrice de la clinique du Groupe Bordeaux Nord Aquitaine, a proposé d’accueillir les patients en post-urgences, lundi matin. Une unité d’exception, qui va fonctionner jusqu’à la fin du mois. « A priori, ce service est fermé en été en août. Notre établissement est spécialisé à 95 % dans la chirurgie et avec les congés, les interventions non urgentes sont déplacées, commence-t-elle. Mais il a fallu en amont rassembler une équipe, médecins, infirmiers, aides-soignantes pour répondre aux besoins de l’agglomération. » 

Quelques coups de fil plus tard, une équipe forte de cinq médecins et de 15 infirmières et aides-soignantes s’est mise en ordre de marche. Lundi matin, l’unité a ouvert avec deux premiers patients, ils sont quatre ce mardi matin, alors que l’Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine vient de déclarer la région en plan blanc (lire par ailleurs). 

« Le privé est plus réactif » 

« Le privé est plus souple, plus réactif, nos process sont moins complexes par rapport à l’hôpital public, note Philippe Cruette. Comme eux, on a la culture de santé publique chevillée au corps. » Avec à peine quatre patients en ce début de semaine, le service ronronne. Les infirmières sourient, pas d’urgence vitale en vue, les patients sont chouchoutés quelques jours après un passage aux urgences. Ici, ils bénéficient de soins appropriés, d’une surveillance rapprochée avant de regagner leur domicile sereinement. 

Le docteur H (qui préfère taire son nom par pudeur) a quitté sa maison de villégiature à Arcachon pour reprendre du collier durant trois semaines. « Je suis un jeune retraité, dit-il, et lorsque la directrice m’a sollicité, je n’ai pas hésité. Prendre soin est dans mon sang, définitivement. » Blouse blanche enfilée, stéthoscope autour du cou, masque, gel. Les gestes de médecin lui reviennent. « Je n’ai pas perdu la main », souffle-t-il. Avec lui, Tatiana Marchal, adjointe des soins, dirige les opérations. « C’est une vraie fierté de se sentir utile, concède-t-elle, de montrer qu’on sait s’adapter aux crises et cela même si, a priori, on était plus habitué à travailler en chirurgie, avec des organisations planifiées à l’avance… » 

« Fuite des soignants » 

Malgré ces paroles sincères et engagées, il semblerait qu’à l’origine de l’embolisation des lits hospitaliers, une véritable crise de la vocation des soignants se profile. Philippe Cruette admet que « le manque de bras » est le problème numéro 1 cet été, aussi bien à l’hôpital public que dans le privé. Presqu’à regret, il admet se trouver face à une « fuite des soignants », « un désamour du métier ». 

«En plus des congés, tout à fait légaux et légitimes des soignants en juillet-août, commente-t-il, on observe des démissions, des désistements, des arrêts longue maladie, des burnout. Aussi, on a tous, privé ou public, des difficultés à recruter. Cette année, seulement 30 % des infirmiers en fin de cycle de la promotion 2021 ont été disponibles sur le marché du travail, au lieu des 80 à 90 % les autres années. Évidemment, au milieu, ils ont traversé les confinements de la crise Covid, mais force est de constater qu’ils sont partis ailleurs, dommage collatéral de la pandémie. Cela questionne, non ? »

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