Sud-Ouest du 8 août 2021

2021 08 08 SO Pourquoi les feux se multiplient sur toute la planète

 

Sud-Ouest du 8 août 2021 

En Europe et aux États-Unis, c’est l’homme qui tient l’allumette 

En Grèce, en Turquie, en Californie, les feux de forêt ont échappé à tout contrôle. La météo caniculaire est très défavorable, mais les activités humaines jouent un rôle majeur dans la multiplication des sinistres

2021 08 08 en europeL’épuisement et le désespoir dans la province de Mugla, au sud de la Turquie, où des incendies gigantesques ravagent les régions littorales. YASIN AKGUL / AFP 

C’était le 5 août devant les députés de la Péninsule. Roberto Cingolani, le ministre italien de la Transition écologique, laissait éclater une colère mâtinée d’incrédulité en soulignant que plus de 57 % des incendies qui ravagent les espaces forestiers du pays (la Campanie, les Pouilles, la Calabre et la Sicile, régions les plus affectées) sont causés par des actes aussi criminels que gratuits. Au total, l’homme serait de manière certaine à l’origine de plus de 70 % des sinistres transalpins. Voire 90 % si on considère que les feux d’origine indéterminée sont corrélés aux activités humaines. 

Un constat similaire peut être dressé à plusieurs milliers de kilomètres de là, sur la côte du Pacifique. Les Américains, qui nomment leurs incendies comme s’il s’agissait de dragons à apprivoiser, ont fort à faire avec le Dixie fire, devenu la troisième catastrophe flambante la plus massive de l’histoire contemporaine de la Californie. Hier huit personnes étaient d’ailleurs portées disparues. 

Pas une première... 

Très boisé, le « Golden state » est coutumier des grands feux qui se propagent en milieu escarpé et se jouent des lignes de crête. Démarré à la mi-juillet, le Dixie fire n’a probablement rien à voir avec la fatalité. Le jour où le nord de l’État s’est embrasé, un arbre est tombé sur une ligne électrique. L’incident fait figure de suspect n° 1. 

Ce ne serait pas sans précédent. En novembre 2018, le Camp fire, qui avait englouti la ville de Paradise en laissant une centaine de morts dans ses débris fumants, avait été provoqué par des lignes électriques défectueuses de Pacific Gas and Electric (PG & E), le fournisseur d’énergie qui est à nouveau mis en cause cette fois-ci. Début 2019, PG & E s’est mis en faillite pour échapper à de colossales réparations financières… 

Au-delà du seul cas de ce géant du secteur énergétique, tristement réputé pour avoir fourni la trame du film « Erin Brockovich, seule contre tous », on ne peut pas dire que la prévention des incendies s’affiche comme une priorité en Californie, un État à la démographie dynamique où on a l’habitude de construire n’importe où, y compris dans des espaces très exposés au risque. 

La sécheresse récurrente qui met la végétation au supplice a bon dos. Toujours est-il que les pompiers américains ne savent plus que faire pour contenir le Dixie fire, pas plus que le Bootleg fire, qui meurtrit l’Oregon plus au nord. Cette semaine, le Dixie fire a dévoré la petite ville historique de Greenville qui avait été évacuée au préalable. 

La Méditerranée enfumée 

En comparaison, la France métropolitaine est confrontée à des problèmes mineurs. Sur la période 2007-2019, les feux de forêt y ont parcouru 11 400 hectares en moyenne. 

Baigné par un temps automnal et bien arrosé, l’Hexagone vit un été très calme sur ce front. Mais ici comme ailleurs, la même réalité statistique prévaut. Selon le ministère de la Transition écologique, 90 % des départs de feu sont attribués à l’homme. 80 % d’entre eux se déclenchent à moins de cinquante mètres des habitations. Les imprudences et les comportements irresponsables sont moins le fait des usagers de la forêt que des gens aux alentours immédiats, sur des parkings en lisière par exemple. Les deux tiers des surfaces françaises incendiées le sont en zone méditerranéenne, où la pression urbaine et la population estivale sont des facteurs aggravants. 

Ces jours-ci, ce sont la Grèce et la Turquie qui paient le plus lourd tribut sur le bassin méditerranéen. 

En proie à des températures caniculaires qui deviennent la nouvelle norme – dévoilé le 9 août, le sixième rapport d’évaluation des experts internationaux du Giec ne manquera pas de le souligner – la Grèce fait face à des incendies qui font rage au nord d’Athènes. Deux décès ont été déplorés, vendredi 6 août. 

La Turquie voisine n’est pas mieux lotie. Le bilan officiel est déjà lourd de huit morts et de dizaines d’hospitalisations. Des centaines d’habitants et d’estivants ont été évacués par la mer au sud du pays, où les flammes rejoignent les zones littorales et menacent d’y piéger les fuyards, comme dans l’État australien de Victoria lors des terribles incendies de décembre 2019 et janvier 2020. 

Nul ne sait quand la situation sera stabilisée. La seule certitude a trait à l’avenir. Selon les spécialistes, les pourtours de la Méditerranée seront de plus en plus inflammables dans les années et les décennies à venir. À la fin juillet, c’est le Liban qui se battait contre des murs de flammes. À qui le tour ?

2021 08 08 turquie

 

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