Sud-Ouest du 3 août 2021

2021 08 03 SO L'opération vérité du docteur Macron sur les vaccins

2021 08 03 SO L'opération vérité du docteur Macron sur les vaccins2

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2021 08 03 SO Alain Fischer table sur 90 pour cent de vaccinés à l'automne

2021 08 03 SO Le Covid en bref

2021 08 03 SO Le Covid en bref2

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2021 08 03 SO Libourne 5000 créneaux de vaccination ouverts

2021 08 03 SO Un pass sanitaire pour les Français expatriés vaccinés

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Sud-Ouest du 3 août 2021 

Bassin d’Arcachon : « Comme si le Covid n’existait pas » 

Avec la montée des contaminations, les plages restent les derniers lieux où aucune contrainte sanitaire n’est imposée. Reportage à La Teste-de-Buch

2021 08 03 plageSur la plage de la Lagune, certains n’aiment pas la foule. D’autres l’adorent, même à la plage, même en pleine pandémie. PHOTO ARCHIVES FRANCK PERROGON

Ici, on peut faire comme si. Ici, on peut laisser tout ça de côté, les contraintes, les masques, cette épidémie qui chamboule les vies depuis plus d’un an, tout ça. Ce mercredi midi, sur la plage, à La Teste-de-Buch, juste entre la Lagune et la Salie, c’est le désert, ou presque. Il faut marcher pour venir jusqu’ici. Au sud, on voit la forêt de parasols colorés de la Salie. Et au nord, celle de la Lagune. La foule aime les zones de baignade surveillée. La foule aime la foule. 

Mais pas Christian et Sophie, installés loin des parkings avec leur fille Juliette. « On a horreur d’être les uns sur les autres. » Sophie « déteste les contraintes » et elle « n’aime pas les interdits ». Elle veut qu’on lui foute la paix. Christian exècre l’ambiance actuelle et cite le linguiste contestataire américain Noam Chomsky et son livre, « La Fabrique du consentement ». Les voyez-vous venir ? Vous vous trompez : Sophie est vaccinée. Mais le pass sanitaire, non, ça ne passe pas. « On vient ici pour lutter contre ça et pour prendre des doses d’iode, se laver le cerveau avec l’océan. » Ils sont ici hors du temps, mais pas hors de la société, vous comprenez ? 

« Allez, pas de masque ! » 

Dans ce monde asphyxié par le virus, sur le sable de la Lagune, on respire. Comme Cécilia, une Américaine de 52 ans en vacances sur le Bassin pour voir sa grand-mère : « Elle n’a pas eu de visite depuis un an et demi. » Aujourd’hui, Cécilia se libère : « Dans ma voiture, je me suis dit ‘‘allez, pas de masque !‘‘ Et c’est un grand geste ! Mais il y a ici enfin un endroit où je peux aller sans le mettre. » Elle est heureuse ce mercredi. Elle se « reconnecte » à tout un tas de trucs plus ou moins visibles. 

Le site est international parce qu’à deux pas, Henri, un Allemand de 56 ans, marche près de l’eau. « Je suis venu ici en 1995. Mais comme me disait un copain, tu peux aller en vacances partout, un jour, tu reviens toujours ici. » Il est vacciné. Il croit que « le Covid est battu ». Et il est super-heureux de se balader à poil sur la plage. 

Le temps d’une marche, Cyndie, 42 ans, a laissé sa famille avec les autres parasols à la Salie. Aide-soignante dans un hôpital des Alpes-Maritimes, elle a besoin d’une pause : « Pas d’Internet, pas de télé, des vraies vacances ! Entre les confinements, les couvre-feux, la vie compliquée à l’hôpital, les enfants, fallait vraiment que je recharge. » Sa région n’a pas été épargnée par le Covid. « On ne pouvait plus rien faire avec toutes ces restrictions. Nous ne prêtons pas attention à notre liberté tellement c’est naturel, évident pour nous. Mais quand on en est privé, on se rend compte à quel point elle est précieuse. » 

Juste profiter de sa liberté. Sentir qu’on l’est, libre, vraiment. Respirer sans avoir les jetons. Et sans masque. Regarder l’eau bleue de l’océan. Observer les vagues blanches se fracasser au large contre les bancs de sable. Mater cet horizon qui ne finit qu’en Amérique. 

« Du bien à la tête » 

Viviane, 71 ans, et Valérie, 52 ans, viennent de Bordeaux. La seconde travaille dans un labo de recherche : « J’ai le masque toute la semaine. Je vis avec. Mais pas là ! Enfin, je l’ai quand même dans le sac, hein ! » Cédric, 42 ans, n’a pas son masque à la plage, lui non plus. Il habite à Cazaux et il lit son bouquin tranquille sur le sable. « Il n’y a aucune proximité ici. C’est super-aéré. Ça fait du bien d’être dans un lieu comme ça. Le Covid est partout, ça te mine le moral. Ici, on est loin de la société. Tu retrouves une vie normale, comme avant, et ça fait du bien à la tête… » 

Hervé, 53 ans, et Sonia, 52 ans, viennent ici parce qu’ils aiment la nature et, à la Lagune, oui, la nature nous envahit le corps et l’esprit. « Ici, c’est comme si le Covid n’existait pas, disent-ils. Si on restait près des zones de baignade, avec le monde, là, ouais, on y penserait. Mais pas là. Et ça fait du bien. On a un fils étudiant. Il morfle depuis plus d’un an. Mais, même nous, nous sommes usés par cette année. À la Lagune, on prend une parenthèse. On ne fait rien. On lit, on dort, on pique-nique. Mais surtout, on ne fait rien. Sans penser à tout ça… » Comme Wendy et Benoît : « Être ici coupé de tout. Et puis écouter la mer, c’est tellement important… » 

Christine et Alain arrivent du Doubs. Ici, c’est le bonheur, tous nus mais pas encore bronzés. « Ouais, ça fait du bien. Le Covid n’existe pas ici. On passe notre vie avec le masque. Ça faisait deux ans qu’on n’était pas partis de chez nous. » Ils sont vaccinés. Ils en ont marre : « On a hâte que tout ça se termine pour tout le monde. Nous, notre rêve, c’est la vie d’avant. » Du temps où le Covid ne nous la pourrissait pas…