Sud-Ouest du 31 juillet 2021

2021 07 31 SO Effets secondaires femmes enceintes fertilité

Sud-Ouest du 31 juillet 2021 

ARN, fertilité, effets à long terme : le vrai du faux des vaccins 

Encore 30 % de Français rechignent à se faire vacciner contre le Covid. À l’origine de cette réticence, des inquiétudes liées « au manque de recul », et des fausses rumeurs. Décryptage d’un pharmacologue

2021 07 31 arnMathieu Molimard, patron du service de pharmacologie médicales du CHU de Bordeaux (à droite) répond aux questions de ceux qui redoutent de se faire vacciner. D. L.-D. ET P. G. ET I. C./« SO » 

Il n’a aucun intérêt financier, politique ou égotique à défendre la vaccination anti-covid aujourd’hui. Le professeur Mathieu Molimard est pharmacologue hospitalier au CHU de Bordeaux, enseignant-chercheur à l’université et particulièrement attaché à la santé publique, en tant que bien commun. « Répondre aux fake news fait désormais partie de mon métier », énonce-t-il en préambule, comme une évidence. C’est ainsi qu’il se met en travers de la route de tous les chicaneurs de réseaux sociaux, et nous répond, à grand renfort d’études scientifiques. 

Les vaccins à ARN – Pfizer ou Moderna – sont-ils en cours d’expérimentation ? Sommes-nous toujours en phase 3 de l’étude ? Cela fait-il de nous des cobayes ? 

Aujourd’hui, ces vaccins ont fait la preuve de leur qualité pharmaceutique, de leur efficacité et leur sécurité au cours du développement. Ils ont obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM), sans passe-droit. La pharmacovigilance, avec des centaines de millions de personnes déjà vaccinées, apporte beaucoup plus d’informations de sécurité que les essais de phase 3. Ces derniers se poursuivent, en effet, le but est d’apporter des informations sur l’évolution du taux d’anticorps, la durée de protection sur deux ans, la nécessité ou non d’une troisième injection à un an de la première. 

Les autorités de santé veulent savoir, afin de conditionner les modalités d’utilisation du vaccin, au-delà des deux premières injections. Elles ont délivré une AMM dite conditionnelle, procédure utilisée face à une urgence sanitaire. Cette AMM conditionnelle sera convertie en AMM standard lorsque toutes ces dernières données sur l’efficacité à long terme seront bouclées. 

Les vaccins Pfizer ou Moderna ontils un effet sur la fertilité ? 

Aucune. Cette rumeur, relayée par les réseaux sociaux, repose sur une hypothèse que la spike – protéine du virus, cible du vaccin – serait proche d’une protéine, la syncitine, qui aurait un rôle dans la reproduction. En réalité, ces protéines sont très différentes. Une autre rumeur s’appuie sur des études en toxicologie animale, des tests ont été pratiqués avec des fortes doses injectées de l’ARN, mais il n’a jamais été observé d’effet lié au vaccin sur la fertilité des femelles, la gestation ou le développement de l’embryon, voire sur la progéniture. 

Quid de la vaccination pour les femmes enceintes, et quel risque pour l’enfant à naître ? 

Le Covid peut avoir des conséquences dramatiques pour les femmes enceintes et leur bébé, notamment au troisième trimestre de grossesse. Les rapports de pharmacovigilance sont très attentifs à la vaccination chez la femme enceinte. Une étude publiée en mars dernier, fait état de 35 000 femmes enceintes américaines vaccinées qui n’ont relevé aucun signal inquiétant lié au vaccin. Depuis, la vaccination a même été recommandée pendant la grossesse, quel que soit le trimestre, et aucun signal d’effet indésirable n’a été identifié chez les femmes enceintes ou allaitantes. Il vaut donc mieux se faire vacciner, cela protégera la mère et le bébé qui profitera des anticorps de la mère. 

Que peut-on dire aujourd’hui des effets indésirables à long terme ? Peut-on risquer de développer des maladies liées au vaccin ? 

Il n’existe aucun exemple de vaccin pour lequel un effet indésirable apparaîtrait tardivement, qui ne serait pas identifiable dans les deux premiers mois après l’injection. Parce que si l’effet indésirable est lié aux anticorps produits, leur taux est maximum dans les premières semaines. On n’a aucun exemple de cancer notamment, induit par les vaccins, car les effets à long terme nécessitent une exposition prolongée dans l’organisme, ce n’est pas le cas avec ces vaccins ARN. 

Un vaccin n’est qu’un morceau de l’agent infectieux, dont le but est de reproduire, a minima en termes d’intensité et de fréquence, la maladie pour prévenir la vraie maladie et ses séquelles. Il y a beaucoup plus à craindre des effets à long terme du Covid. 

Que sait-on aujourd’hui des effets indésirables à court terme (myocardites, péricardites, etc.) ? 

On connaît bien les effets indésirables liés à la réaction immunitaire contre ces protéines étrangères que le vaccin génère, et que l’on appelle « réactogénicité » (fièvre, douleurs, fatigue…). Ils sont bénins et de courte durée, plus marqués si l’on est jeune avec un système immunitaire en pleine forme. 

De très rares cas de myocardites et de péricardites ont été signalés survenant dans les deux semaines après l’administration des vaccins ARN, après la deuxième dose, chez des hommes jeunes. Elles se manifestent par des palpitations, un essoufflement ou des douleurs thoraciques. 145 cas de myocardite, résolus en quelques jours, ont été rapportés pour 177 millions de doses administrées en Europe. Mais il vient d’être démontré que chez les jeunes, les myocardites et péricardites sont au moins six fois plus fréquentes et plus sérieuses avec le Covid qu’avec le vaccin. 

L’ARN s’intègre-t-il à notre ADN pour le transformer ? 

Le virus se reproduit en dupliquant l’ARNm dans les cellules qu’il infecte pendant plusieurs jours, dans le cytoplasme des cellules, sans jamais rentrer dans le noyau. Dans le cadre du vaccin, l’ARNm de la seule protéine spike est injecté et cet ARN ne peut pas se répliquer, il disparaît en quelques heures après avoir été traduit en protéine. Toute cette rumeur autour de l’intégration à l’ADN est une invention. 

Les personnes vaccinées peuvent-elles être infectées par le Covid ? 

Oui, les gens vaccinés peuvent contracter le virus. La dernière étude publiée dans le « New England of Medecine », indique que l’efficacité des vaccins sur le variant Delta est pour le Pfizer de 30 % après la première dose, et 80 % après la deuxième injection. Ce qui laisse aux vaccinés 20 % de risques de contracter le Covid, avec une forme asymptomatique ou un nez qui coule, et un risque d’hospitalisation très très réduit. 

En revanche, sur l’aspect transmetteur, nous n’avons pas encore toutes les réponses, mais des éléments laissent à penser que la durée de transmissibilité et d’intensité serait plus faible et plus courte que chez les non-vaccinés. Même le vaccin ne protège pas à 100 %, d’où l’intérêt de préserver les gestes barrières.

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