Sud-Ouest du 18 juillet 2021

Covid-19 : ces indicateurs qui illustrent la reprise de l’épidémie, notamment dans le Sud-Ouest

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La quatrième vague de Covid-19 a-t-elle déjà commencé en France ? Les indicateurs ne sont guère encourageants et les quatre départements littoraux du Sud-Ouest ont franchi le seuil d’alerte

L’insouciance qui a accompagné l’allégement progressif des restrictions en France durant le mois de juin semble déjà loin. Samedi 17 juillet, Santé publique France a annoncé que 10 949 personnes avaient été testées positives au Covid-19 en 24 heures. Un indicateur qui était repassé vendredi au-dessus de la barre des 10 000 pour la première fois depuis la fin mai. Le variant Delta, dont la contagiosité est 60 % plus importante que les souches précédentes, serait le principal responsable de ces mauvais chiffres.

Pour le moment, cette recrudescence des cas ne se traduit pas encore dans les hôpitaux : samedi, 6 922 patients étaient admis, et 890 dans les services de soins critiques, contre 899 la veille. Cela peut-il durer ? Rien n’est moins sûr.

Inquiétude dans 21 départements

Ce qui inquiète les autorités, c’est un emballement rapide des indicateurs, à l’image de la situation observée dans les Pyrénées-Orientales, où le taux d’incidence (nombre de cas pour 100 000 habitants) a explosé en seulement sept jours, passant de 41,5 nouveaux cas pour 100 000 habitants le 9 juillet à 258,8/100 000.

Ce dimanche, selon les données des autorités sanitaires, relayées par le site CovidTracker, 21 départements de France métropolitaine sont repassés au-dessus du seuil d’alerte, fixé à 50 cas pour 100 000 habitants. En dehors de l’Île-de-France, du Val-d’Oise et du Rhône, on constate que les départements concernés sont connus comme étant des secteurs touristiques. Beaucoup se trouvent au bord de la mer, là où la plupart des vacanciers se concentrent, ce qui n’a sans doute rien d’une coïncidence…

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Progression fulgurante en Charente-Maritime

En Nouvelle-Aquitaine, les quatre départements qui bordent l’océan affichent désormais un taux d’incidence supérieur à 50 cas pour 100 000 habitants. Selon CovidTracker, c’est en Charente-Maritime qu’il est le plus élevé, avec 74/100 000. Suivent les Pyrénées-Atlantiques (67/100 000), la Gironde (65/100 000) et les Landes (54/100 000). À l’intérieur des terres, les chiffres sont bien meilleurs, le taux d’incidence étant de 20 en Lot-et-Garonne, 15 en Charente et 19 en Dordogne.

Si le taux d’incidence inquiète particulièrement le gouvernement, c’est parce qu’il s’accroît quasiment partout en France. Dans le Sud-Ouest, sur les sept derniers jours, les données de CovidTracker montrent qu’il a augmenté de façon particulièrement fulgurante en Charente-Maritime, avec +516 % ! La progression est moins remarquable mais pas moins préoccupante en Charente (+84,5%) et en Gironde (+80,5%), alors qu’elle est plus mesurée dans le Lot-et-Garonne (+53,8%), en Dordogne (+46,1%), dans les Landes (+42,1%) et les Pyrénées-Atlantiques (+21,8%).

2021 07 18 évolution du nombre de cas en 7 jours

Pour enrayer cette augmentation des cas, le gouvernement fonde beaucoup d’espoir sur une accélération de la campagne de vaccination. Actuellement, 53,61 % des habitants de Charente ont reçu au moins une dose, 55,29 % en Lot-et-Garonne, 56,3 % en Charente, 60,01 % en Charente-Maritime, 60,54 % en Gironde, 61,62 % dans les Landes et 63,94 % dans les Pyrénées-Atlantiques.

2021 07 18 SO Covid en bref

Sud-Ouest du 18 juillet 2021

2021 07 18 SO En Espagne les jeunes attendent leurs vaccins

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2021 07 18 SO En Angleterre la levée des restrictions sanitiares inquiète

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2021 07 18 SO Un quasi désert vaccinal en Haïti

 

2021 07 18 SO Ecart alarmant entre Nord et Sud

Sud-Ouest du 18 juillet 2021 

Vaccins : « Les pays riches ont abandonné les pays du Sud » 

La chercheuse Nathalie Ernoult, codirectrice de l’Observatoire de la santé, pointe la fracture Nord Sud sur l’accès aux vaccins anti-Covid et appelle à la mise en œuvre rapide de transferts de technologies vers les pays du Sud

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 Quelle est aujourd’hui la répartition mondiale de la couverture vaccinale ? 

Il y a une fracture Nord Sud. Les pays riches s’en sortent assez bien, car ils ont accès aux doses qu’ils avaient sécurisées en amont grâce à leur puissance financière et leurs capacités de production. Des pays intermédiaires comme l’Amérique latine ou le Maroc ont pu passer des accords bilatéraux avec certains États, et la vaccination augmente. Puis vous avez les pays à bas revenus, très dépendants de l’aide internationale, en situation d’indigence vaccinale avec des taux de vaccination d’à peine 1 % de la population. Cela concerne l’Indonésie et quasiment toute l’Afrique, hormis le Maroc. Pour eux, la situation est dramatique. 

Au départ, il était question d’une répartition équitable du vaccin dans le monde. Comment en est-on arrivé là ? 

Ça n’a pas marché. Tout le monde a eu au départ de belles paroles, et l’on jurait que le vaccin serait un bien public mondial, mais les actes ont été à l’opposé. Les pays riches, qui ont été très touchés par la pandémie, ont choisi de protéger leur population en premier, en préachetant l’essentiel des doses avant tout le monde. On a abandonné une partie de la planète, comme si l’on avait oublié la situation dans laquelle on était il y a un an. 

Les gouvernants pouvaient-ils faire autrement que de privilégier leur population s’ils étaient en mesure de le faire ? 

C’est compréhensible. Mais on ne s’est pas préoccupé des conséquences de cet acte-là. C’est ce qu’on paye aujourd’hui. Les pays riches n’ont pas utilisé leur puissance financière et leurs capacités de négociation avec les firmes pharmaceutiques pour leur imposer des conditions en échange des milliards investis pour financer les recherches et préacheter des doses. Un transfert de technologies et de connaissances aurait pu alimenter les pays du Sud. Si l’on avait libéré la propriété intellectuelle, d’autres pays auraient été en mesure de produire, notamment en Afrique. Des pays comme le Maroc, la Tunisie, l’Afrique du Sud ont des capacités de production, ils utilisent déjà des technologies transférables sur l’ARN messager. La situation dans laquelle nous nous trouvons n’est pas une surprise, tout le monde l’avait anticipée. Mais on n’a rien fait.

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Pourquoi ? 

La France, qui se veut le champion de cette discussion, n’a à ce jour pas posé un acte qui favoriserait concrètement ces transferts de technologie. Ce pays, comme ceux de l’Union européenne qui ont une capacité de négociation importante, n’arrivent pas ou ne veulent pas exercer leur pouvoir pour inciter rapidement à un transfert de connaissances et de savoir-faire. On peut imaginer qu’il y a une volonté de ne pas entrer dans une logique de confrontation avec des firmes qui pourraient menacer de compliquer les livraisons. 

Mais on est dans une situation schizophrénique : on n’a aucun problème à contraindre la population à se faire vacciner en arguant que la diffusion du virus favorise l’arrivée de nouveaux variants, ce qui est vrai, mais on n’aurait pas de capacité face à l’industrie pharmaceutique. Or, on pourra faire ce qu’on voudra en Europe, si la moitié de la planète n’est pas protégée, de nouveaux variants, peut-être résistants aux vaccins, arriveront par le Sud. C’est donc une stratégie à très court terme. 

Le PDG de Moderna s’est dit opposé à la levée des brevets au nom du financement de la recherche… 

Lorsqu’il dit cela, il parle à ses actionnaires. Il oublie de préciser que la recherche sur le vaccin a été en très grande partie réalisée avec de l’argent public. Doit-on alors favoriser une logique de profit illimité ou de santé publique ? Ce qui est en jeu pour l’industrie, c’est la défense d’un modèle très rentable dans lequel elle prend peu de risques. Il ne date pas du Covid. Mais si vous regardez les entrées dans le dernier classement de Forbes sur les grandes fortunes, la plupart sont en lien avec des activités autour du Covid… 

L’OMS a dénoncé « l’indécence » des pays riches qui préconisent désormais une troisième dose. Souscrivez-vous à cette analyse ? 

C’est bien sûr à mettre en regard avec la situation de certains pays qui, aujourd’hui, même s’ils sont en capacité de les acheter ne peuvent pas injecter de seconde dose à leur population car elles sont captées par les pays riches. Vacciner correctement l’Afrique nécessiterait l’équivalent de quelques semaines de la production mondiale de vaccin. Mais aujourd’hui, pas même une infime partie de cette production n’arrive sur ce continent. 

Le dispositif Covax prévoyait que les pays reversent une partie de leurs achats à un dispositif de solidarité international. Qu’en est-il ? 

Au sommet de Rome, en mai dernier, tout le monde a promis de donner des doses. Mais très peu sont arrivées. La France joue à peu près le jeu. Mais ce n’est pas assez. Les États-Unis devaient livrer 60 millions de doses, mais elles arrivent au compte-gouttes. Covax était aussi très dépendant des livraisons indiennes. Or, frappé de plein fouet, l’Inde a bloqué ses exportations pour vacciner sa population. Qui peut le lui reprocher ? L’Europe et les États-Unis ont fait de même. Là encore, on savait tous dès le départ que si l’Inde était fortement touchée par la pandémie, les doses n’arriveraient plus. 

Quel type de vaccin est donné aux pays pauvres ? En Europe, l’AstraZeneca n’a plus bonne presse…

Les accords prévoyaient que les pays africains pourraient réunir un portefeuille large de vaccins, dont de l’ARN messager. Il n’y a aucune raison pour que l’Afrique ne réceptionne qu’un type de vaccin. Ce dispositif n’est pas fait pour que les pays riches se débarrassent des vaccins dont ils ne veulent pas. Mais le risque est grand que cela se produise. Aujourd’hui, très peu de Pfizer est livré dans les pays du Sud.

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2021 07 18 SO Bordeaux Ils disent de nouveau non au pass sanitaire

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2021 07 18 SO Des manifestations contre le pass un peu partout en France