Sud-Ouest du 3 juin 2021

2021 06 03 SO Vacciner les mineurs enjeu majeur

Sud-Ouest du 3 juin 2021 

La vaccination des mineurs, priorité pour atteindre l’immunité 

La vaccination dès l’âge 12 ans est autorisée à compter de mi-juin, un moyen d’en finir avec la pandémie, les jeunes étant considérés comme « réservoir » du virus

2021 06 03 mineursÀ Bordeaux-Bacalan, les jeunes n’ont pas hésité à se faire vacciner, suite à l’intrusion d’un variant préoccupant. FABIEN COTTEREAU / “SUD OUEST" 

Ils trépignaient devant le centre éphémère de vaccination de Bordeaux-Bacalan la semaine dernière. « S’en débarrasser enfin » répétait Louis, 20 ans. Avec lui, Justine, Lisa, Paul. « De toute façon, il faudra le faire, alors autant s’en débarrasser. » Pas très loin, Jeanne et Louise avec leurs yeux pleins d’eye-liner débarquaient. « On s’est inscrite sur le site Vite ma dose. On a le feu, on veut partir en vacances cet été. Et puis, ça suffit d’avoir la trouille de contaminer les parents ! » Ils sont jeunes, déterminés et n’ont même pas peur du vaccin. Mais, ils sont majeurs. Désormais, c’est la question de la vaccination anti-covid des mineurs qui se dessine. 

Le 28 mai, l’Agence européenne des médicaments a autorisé la vaccination des adolescents de 12 à 15 ans par le vaccin Pfizer, Moderna a déposé une demande d’autorisation pour la même tranche d’âge et hier soir, le président Macron a annoncé l’ouverture des vaccins dès 12 ans, à compter de mi-juin. Pendant ce temps, la machine s’emballe et la polémique enfle, puisque la fameuse balance bénéfice-risque liée à la vaccination des ados ne répond plus. 

L’enjeu de l’immunité

Cette balance justement que l’on met tout le temps en avant a le don d’agacer le professeur en pharmacologie bordelais, Bernard Bégaud, spécialiste des vaccins. « On en est encore là ? Au XVIIIe siècle, en pleine épidémie de variole, d’Alembert, le philosophe et mathématicien remettait déjà en cause cette balance. La vaccination est un acte individuel et collectif, les bénéfices sont très différents en fonction de l’âge, de la vulnérabilité. Plus les vaccinés sont jeunes plus leur bénéfice individuel est faible (hors comorbidités). En revanche, si on veut empêcher la réplication du virus, alors oui, il faut vacciner les très jeunes. » 

Même son de cloche du côté de François Alla, professeur en santé publique à l’université de Bordeaux, lequel admet que le sujet de la vaccination des mineurs est sensible. « Pour les enfants, ajoute-t-il, l’enjeu de l’immunité collective s’il existe, ne peut être mis en avant, afin de justifier leur vaccination, et cela tant qu’on n’a pas la preuve qu’ils ne courent aucun risque. À partir de 16 ans, on sait que, même si l’intérêt individuel est faible, les données montrent que la vaccination est bien tolérée, et très efficace. » 

À Bordeaux, les infectiologues du CHU, Denis Malvy et Charles Cazanave plaident pour la vaccination des adolescents. Et sans traîner, car des variants de plus en plus préoccupants mettent en péril la stratégie de fin d’épidémie. « Aujourd’hui à peine un peu plus de 35 % des adultes ont reçu leur première dose, à l’origine nous pensions qu’à 60 % de population vaccinée, avec les deux doses, nous aurions un début d’immunité collective. Avec l’arrivée des variants, plus transmetteurs, il faudra sans doute atteindre les 80 % de vaccinés pour contenir la circulation du virus. » 

La vaccination « solidaire » 

Présidente de la société française de pédiatrie, Christèle Gras Le Guen s’est exprimée lundi, sur France Culture pour rappeler que la vaccination des enfants, et des adolescents, dans la mesure où ils n’ont pas de bénéfice individuel, n’était pas « une priorité ». « Il ne faut se tromper de cible vaccinale a-t-elle ajouté. Il serait déraisonnable de vacciner les enfants parce que des adultes refusent de le faire ! » Et de fait, en France aujourd’hui, 30 % des adultes rechignent devant le vaccin. 

Pourtant, la vaccination des mineurs n’est pas seulement un acte « altruiste ». Denis Malvy, l’infectiologue du CHU et membre du Conseil Scientifique en souligne le bénéfice individuel direct : « À ce jour, le déploiement du dépistage est contraignant et excluant. Vacciner au collège et au lycée assurera un parcours scolaire protégé. » Comment rendre cette vaccination acceptable ? L’obligation brandie par l’Académie de médecine ne convient pas aux spécialistes bordelais « Il faut être honnête dans la façon de communiquer, ne pas vendre aux jeunes un risque qu’ils n’encourent pas » formule Français Alla. Bernard Bégaud, lui, va encore plus loin : « Les jeunes en se faisant vacciner protègent leurs proches et peuvent vivre normalement. La seule attitude à avoir est le respect, cette génération est celle qui a tiré l’alarme sur le risque écologique. » Le professeur Malvy conclut en rappelant que la vaccination des mineurs aura un impact au plan collectif, qui conditionnera l’issue de la pandémie. « Ne leur faisons pas trop peser sur les épaules, le réservoir épidémique est transgénérationnel, mais toutes les générations doivent rencontrer le vaccin, même eux ! »

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