Sud-Ouest du 2 juin 2021 

Un cœur soigné par ses propres cellules 

L’hôpital Haut-Lévêque de Pessac (CHU) mène des essais cliniques pour une nouvelle thérapie visant à réparer un cœur malade avec les cellules souches du patient

2021 06 01 coeurLes docteurs Lionel Leroux et Benjamin Seguy, cardiologues interventionnels au CHU, hôpital du Haut-Lévêque. LAURENT THEILLET /« SUD OUEST » 

L’histoire de l’infarctus de Xavier, 54 ans, est tellement banale. Il pourrait être votre collègue de travail. Un divorce, un boulot prenant, du chagrin, une dépression qui n’en finit pas. « Ce jour-là, au boulot, je traînais une douleur au dos, se souvient-il. J’étais tellement oppressé tout le temps. Bref, en rentrant chez moi, j’ai pris une douche pour me détendre, ça ne passait pas. J’ai voulu me reposer, mais je cherchais l’air, comme si je respirais dans une paille, et cette douleur...» Trop de tabac, un peu de cholestérol, beaucoup de stress, les urgences sont arrivées à temps pour le conduire à l’hôpital cardiologique de Haut-Lévêque au CHU de Bordeaux. 

C’est entre les mains des docteurs Lionel Leroux et Benjamin Seguy, cardiologues interventionnels, qu’il va confier son infarctus du myocarde. « C’est le problème avec les infarctus chez les gens jeunes, déplorent les deux médecins. Ils traînent trop, l’artère est débouchée trop tard. Ce qui fait plus de dégâts et l’accident se transforme en maladie chronique, l’insuffisance cardiaque. » 

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Un projet européen 

Quelques jours après son infarctus, les deux cardiologues proposent à Xavier d’intégrer un protocole d’essai clinique, autour d’un projet de solution thérapeutique innovante, destinée à réduire l’éventualité d’une insuffisance cardiaque chronique en permettant la régénération du muscle cardiaque à partir de cellules souches sanguines autologues. 

« Il était le candidat idéal, mais comme l’essai clinique est un projet européen, il n’était pas le seul, précise le docteur Lionel Leroux. La condition pour participer à l’essai était d’avoir subi un infarctus très récemment, d’être encore jeune, donc à risque d’évoluer vers une pathologie chronique. » Et Xavier qui répondait à tous les critères d’inclusion a été tiré au sort, à l’instar d’une quarantaine d’autres patients répartis entre la France, la Grande-Bretagne et quatre autres pays européens. 

« La chance de ma vie » 

« J’ai gagné au loto ! résume Xavier aujourd’hui. Quand on m’a proposé ce protocole, sachant qu’il n’y avait aucun risque engagé, pas de chirurgie, ni de greffe, de médicament supplémentaire, rien, waouh, c’était cadeau. Les cellules souches, c’est naturel, elles sont dans mon sang. Ce tirage au sort, c’est la chance de ma vie. » 

Super chance, car lorsque la candidature de Xavier fut retenue, les médecins bordelais ne savaient pas encore s’il serait un patient qui bénéficierait du nouveau protocole. « En effet, il s’agit d’une étude randomisée. Pour constater l’intérêt du nouveau traitement, on doit le comparer avec des thérapies déjà connues, sur des patients aux profils identiques », reprend le docteur Leroux. 

Concrètement, les cellules souches de Xavier ont été prélevées par simple prise de sang. Les CD34 +, soit les cellules qui fabriquent de nouveaux vaisseaux, sont sélectionnées, mises en culture une dizaine de jours dans un laboratoire à l’Établissement français du sang de Besançon (25), afin d’être amplifiées donc démultipliées. 

« Quinze jours plus tard, on a reçu la poche de cellules souches du patient hospitalisé et on lui a réinjecté directement dans le cœur par percutanée intraventriculaire. Une injection intramyocardique sans chirurgie, une technique de cardiologie interventionnelle que nous maîtrisons bien aujourd’hui », souligne le docteur Benjamin Seguy. 

Quelques jours plus tard, Xavier était chez lui, peinard. Encore un peu au ralenti, mais debout et prêt à en découdre. « J’y vais doucement, avec toujours cette sensation d’une batterie qui se décharge vite. Mais je progresse », dit-il. Tous les trois mois, il revient à Haut-Lévêque, son cœur est observé sous toutes les coutures, scintigraphie, IRM et échographie. « La cicatrice du cœur a considérablement réduit, applaudissent les deux médecins. Le patient n’a pas été réhospitalisé pour insuffisance cardiaque, il est stabilisé. Les résultats sont visibles à l’œil nu. » 

Xavier a été le premier patient à bénéficier du nouveau traitement dans cet essai. Bientôt, on saura si l’injection de cellules souches devient une thérapie de routine.