Sud-Ouest du 31 mai 2021 

Saucats : Le parc photovoltaïque en débat 

Pendant quatre mois, un débat public national permettra à chacun de se prononcer sur l’opportunité de construire ce parc solaire le plus grand de France, en pleine forêt

2021 05 31 parc photovoltaïqueLe parc photovoltaïque de Cestas porté par la société Neoen est le plus vaste de France. Le projet de Saucats est trois fois plus grand. STÉPHANE LARTIGUE / « SUD OUEST » 

Un milliard d’euros d’investissement, 1 000 hectares de forêt à défricher. Rien qu’avec ces deux données vertigineuses, le projet de plateforme énergétique Horizeo envisagé à Saucats, en Gironde, au sud de Bordeaux, fait déjà débat. Mais bien d’autres interrogations émergent face au gigantisme de ce parc photovoltaïque de 1 GW et des briques énergétiques associées, portés par les maîtres d’œuvre Engie, Neoen, RTE et la commune de Saucats. 

Un grand débat organisé de septembre à décembre par la Commission nationale du débat public (CNDP) doit permettre de poser toutes les questions et de faire en sorte que le public ait toutes les réponses. Explications. 

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1 Un exercice obligatoire en raison des enjeux 

La saisine de la CNDP est une obligation légale dès lors qu’un projet dépasse 300 millions d’euros d’investissement. « Horizeo est un projet d’une ampleur considérable, avec beaucoup de controverses et d’enjeux. Toutes les conditions sont réunies pour qu’un débat public soit organisé », souligne Jacques Archimbaud, nommé président de la commission particulière dédiée à Horizeo et composée de six membres. 

C’est lui, par exemple, qui avait présidé le débat sur le projet de grand stade de rugby à Ris-Orangis, finalement abandonné par la Fédération française de rugby. « Plusieurs thèmes s’imposent déjà, convient Jacques Archimbaud. Des enjeux environnementaux forestiers, paysagers, de biodiversité, etc. Mais aussi des enjeux énergétiques : la région at-elle besoin de toute cette électricité ? Le maître d’ouvrage a des arguments, il a des clients, notamment des grands industriels qui ont besoin d’énergie verte. Il y a également un enjeu d’innovation technologique. Ce débat sera observé au plus haut niveau de la République et par tous ceux qui font du photovoltaïque », prévient Jacques Archimbaud. 

2 Une soixantaine d’événements prévue 

Considéré comme « un événement démocratique », le débat public, pour atteindre ses objectifs, doit toucher au moins 20 000 personnes. Il prendra des formes classiques comme des réunions publiques, dans la métropole de Bordeaux et à Saucats, lors desquelles les maîtres d’ouvrage seront confrontés au public. 

Le débat sera aussi porté lors de rencontres sportives, sur des marchés, des brocantes, des fêtes et lors de réunions avec des institutions comme les chambres consulaires, des associations, des scientifiques, des scolaires… Le sujet sera également débattu dans les médias, notamment à travers le journal « Sud Ouest » et ses différents supports. 

Enfin, la CNDP lancera mi-juin un site Internet dédié sur lequel les citoyens pourront prendre position, apporter leur contribution et interpeller directement les maîtres d’œuvre. En attendant, on peut d’ores et déjà consulter la synthèse du dossier sur le site de la CNDP. 

3 Prendre le pouls de l’opinion publique 

« Ce que l’on ne veut pas, c’est s’enfermer dans un débat de professionnels. Tout le monde a une expérience de l’électricité, tout le monde a une expérience de la forêt. C’est le bruit de fond des citoyens sur le sujet, leur expertise profane qui nous intéressent et que l’on veut faire remonter. » 

Au terme de ce débat réglementaire d’une durée de quatre mois, « la CNDP ne donne pas d’avis sur le projet, elle juge de son acceptabilité vis-à-vis du grand public. On prend le pouls de l’opinion. Nous sommes le haut-parleur de ce que les gens pensent et disent », précise Jacques Archimbaud qui prend en exemple le débat public sur le dossier emblématique de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. « La CNDP avait averti que l’on était sur une zone de tension. Résultat, le dossier s’est enlisé. » 

Qu’en sera-t-il de l’acceptabilité sociétale d’Horizeo qui doit devenir l’une des plus grandes centrales photovoltaïques d’Europe ? Dès l’annonce du projet, en décembre dernier, une jeune femme originaire de Saucats a lancé une pétition contre la déforestation de 1 000 hectares de pins. Le document a été signé par plus de 18 000 personnes. Un premier élément pour la CNDP qui montre que ce projet de plateforme énergétique bas carbone ne va pas de soi. La commission affirme sa neutralité et son indépendance à l’égard de l’ensemble des parties prenantes et des autorités politiques. Le débat doit privilégier la qualité des arguments plus que la quantité. Il doit aussi permettre de proposer des scénarios alternatifs, comme l’installation de panneaux photovoltaïques sur des friches, des parkings, des toitures… « Un bon débat, c’est quand il y a d’autres propositions sur la table et que l’on a pu les évaluer », conclut Jacques Archimbaud.

Sud-Ouest du 31 mai 2021 

Une plateforme énergétique bas carbone d’exception 

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Des batteries de stockage d’électricité, de la production d’hydrogène, un immense data center et de «l’agro-électricité» accompagnent le projet 

De par ses dimensions, l’investissement de 1 milliard d’euro, les technologies mises en œuvre et les ambitions affichées par les deux entreprises françaises Engie et Neoen, la plateforme énergétique bas carbone Horizeo envisagée à Saucats, en Gironde, n’a aucun équivalent. 

Les porteurs du projet visent un site de 2 000 hectares actuellement occupé par deux chasses privées. Cet immense terrain planté de pins est grillagé. Pour se faire une idée, 2 000 hectares représentent la superficie du lac de Lacanau. 

Le parc photovoltaïque doit s’étendre sur 1 000 hectares qu’il faudra défricher. Il sera de loin le plus grand de France avec une puissance de 1 Giga watt-crête (GWc). Les promoteurs estiment pouvoir produire la quantité d’électricité consommée par 610 000 personnes par an. Mais les clients visés sont davantage les grandes entreprises dont la demande en énergie renouvelable s’accroît. 

Outre ses dimensions tout à fait exceptionnelles, l’originalité de cette plateforme est l’association d’un ensemble de technologies innovantes interdépendantes appelées « briques technologiques », dont la première et la principale est le photovoltaïque. Deuxième brique, la construction d’un ensemble de batteries de stockage d’électricité connecté au réseau. L’un des enjeux majeurs est de compenser les variations de production d’électricité inhérentes aux aléas d’une énergie d’origine solaire. Troisième brique, l’installation d’un électrolyseur (10 MW) pour produire de « l’hydrogène vert ». 

Un data center 

Horizeo prévoit ensuite la construction d’un data center de 40 MW alimenté lui aussi par le parc solaire. À terme, le bâtiment pourrait s’étendre sur 5 hectares et sur deux niveaux. 

La chaleur produite par les équipements informatiques du centre de données sera récupérée et valorisée dans des serres agricoles qui font partie de la cinquième brique Horizeo. Cette activité « d’agriénergie » utilisera aussi l’eau des électrolyseurs pour irriguer les cultures qui pourraient trouver une place sur une partie du parc photovoltaïque.