Sud-Ouest du 14 mai 2021

2021 05 14 SO Urgences ce qui change au centre 15

Sud-Ouest du 14 mai 2021 

Le centre 15 veut être encore plus réactif 

Désormais, le centre Samu-Smur de la Gironde change son fonctionnement, via un service d’accès aux soins. Objectif : répondre mieux, plus vite et délester les urgences

2021 05 14 centre 15Le centre 15 au CHU de Bordeaux a évolué pour aller vers le service d’accès aux soins. THIERRY DAVID / « SUD OUEST»

«  Bonjour, vous êtes au Samu centre 15, service d’accès aux soins de la Gironde, on vous écoute. » Combien de temps avant le décrochage ? Selon l’heure, de quelques secondes à plusieurs minutes. Plus le décrochage est rapide, plus la réponse est efficace. Le centre 15 de Gironde, Samu-Smur, situé dans un lieu tenu secret, au cœur de l’hôpital Pellegrin du CHU de Bordeaux depuis quelques semaines, a mis en place un nouveau service qui augmente ses compétences, sa réactivité, sa capacité à gérer vite et de façon adaptée les appels du public : le SAS pour service d’accès aux soins. 

Éric Tentillier, responsable qualité au Samu-Smur de Bordeaux est porteur du projet SAS, une initiative qui répond au pacte de refondation des urgences signé en décembre 2019, par la ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzin. 

« L’idée est de réduire le nombre de passages non justifiés aux urgences, en améliorant l’accès aux soins non programmés en médecine ambulatoire, tout en maintenant un lien ville hôpital afin d’assurer la continuité des soins », résume-t-il. Ce SAS répond à une réalité, l’augmentation progressive et régulière depuis dix ans, de la fréquentation du grand public aux urgences, fréquentation parfois abusive pour 30 % environ, mais aussi la croissance nette du nombre d’appels au centre 15

Bordeaux, ville pilote 

« Il fallait trouver de nouveaux modes d’organisations, repenser le modèle », justifie le professeur Xavier Combes, chef du service Samu 33 à Bordeaux. « Face à l’embolie des urgences, tout ce qui relève des soins de ville doit rejoindre les soins de ville. Le rôle du centre 15 est de décrocher, d’évaluer la gravité de l’appel, de le diriger vers la filière urgence, ou la filière médecine générale. Le site de Bordeaux a été l’un des premiers en France à ouvrir le centre 15 à une régulation assurée par les médecins de ville en 1991. Cette formule est un succès, et aujourd’hui Bordeaux est site pilote, du nouveau modèle SAS. » Ce projet est copiloté par le CHU de Bordeaux et l’URPS (Union des médecins libéraux de Nouvelle-Aquitaine). 

Le changement d’organisation va permettre plus de réactivité. Voilà comment : deux assistants de régulation médicale sont mobilisés sur un même appel (au lieu d’un seul auparavant), le premier décroche, fait une première analyse de la gravité, si l’urgence est vitale il dirige illico sur les urgentistes, puis renvoie l’appel sur le second Assistant qui va compléter le dossier et permettre ainsi, au « décrocheur » de se mobiliser sur un autre appel. Pas de temps perdu. 

Le SAS par son fonctionnement plus rationnel encore, va favoriser une réponse adaptée aux besoins de soins, grâce à une mobilisation coordonnée entre les professionnels de santé du premier recours et les professionnels de l’urgence hospitalière. C’est un nouveau service qui vient renforcer les centres 15. 

« En aucun cas, ce service ne va se substituer au médecin traitant ou aux organisations territoriales, lesquelles se mettent en place pour la gestion des soins non programmés. En clair, lorsque votre médecin traitant est absent, injoignable en appelant le centre 15, vous pouvez obtenir un rendez-vous médical non programmé. Le service suit le parcours jusqu’au rendez-vous. » 

Pics d’appels le week-end 

Le centre 15 de Bordeaux fonctionne aujourd’hui, avec une soixantaine d’assistants de régulation médicale, une cinquantaine de médecins urgentistes hospitaliers et une cinquantaine de médecins généralistes volontaires. Les lignes sont ouvertes, tous les jours, 24 heures sur 24, avec des pics d’appels entre 16 heures et 24 heures, les week-ends et les jours fériés. 

« Les médecins généralistes de tout temps ont accepté les soins non programmés, c’est-à-dire des rendez-vous urgents qu’ils calent entre deux patients par exemple, note Emmanuel Bataille, responsable stratégies et communication à l’URPS. Mais le nombre de médecins se raréfie, surtout dans certaines zones, ce qui rend le rendez-vous d’urgence compliqué. Le SAS va permettre d’apporter une réponse, aussi bien pour un généraliste que pour un dentiste, une kiné respiratoire ou un cardiologue. Si le rendez-vous est demandé par le SAS, donc par un professionnel de santé, cela va rassurer le médecin de ville sur la pertinence. » La CPAM de la Gironde a réalisé un sondage auprès de 905 médecins généralistes du département, 62 % se sont déclarés volontaires pour répondre à ce service. 

Le lien qui a été tissé il y a trente ans, au sein du centre 15, entre les médecins généralistes et les hospitaliers se révèle confirmé, et va encore se renforcer avec ce nouveau service d’accès aux soins.

2021 05 14 SO Le premier appel urgent c'était le 30 avril 1991 à 17 heures

2021 05 14 SO Le syndicat SUD-Santé inquiet