Sud-Ouest du 15 avril 2021 

Doit-on s’inquiéter du variant brésilien en France ? 

2021 04 16 variant brésilien

Pour limiter la diffusion du variant brésilien en France, les liaisons avec le Brésil sont suspendues. Pourtant, cette forme de Covid est peu présente sur la métropole 

En quelques semaines, le variant britannique a remplacé la souche historique du Covid jusqu’à causer désormais plus de 83 % des cas positifs en France. Les variants sud-africain et brésilien sont également présents dans l’Hexagone, mais dans des proportions bien moindres. 

Selon les données issues du criblage de tous les tests PCR, qui ne différencient pas variant sud-africain et brésilien, environ 4 % des cas positifs correspondaient à une suspicion d’un de ces deux variants entre le 29 mars et le 4 avril. Le variant sud-africain (B.1.351) est responsable de 6,1 % des nouvelles contaminations, et le brésilien (P1) d’à peine 0,5 %, dans une proportion si basse qu’il est souvent présenté avec le variant sud-africain. 

Malgré leur grande contagiosité, la tendance de leur présence est même plutôt à la baisse ces derniers jours. Dans le Sud-Ouest aussi, la présence des variants sud-africain et brésilien semble contenue. Voire en repli. En Dordogne notamment, où ils ont représenté jusqu’à 16 % des cas positifs au Covid, leur taux de présence est retombé à seulement 4 %. Alors pourquoi le gouvernement français a-t-il choisi de suspendre cette semaine les liaisons aériennes avec le Brésil, et jusqu’au 19 avril ? 

« Le variant dit britannique représente plus de 85 % de l’ensemble des détections faites en France et c’est lui qui, en quelque sorte, nous protège du variant dit brésilien », résume Bruno Lina, virologue à l’Inserm et membre du Conseil scientifique, interrogé par « Libération ». Un effet « primeur » qui pourrait finir par se résorber dans les semaines qui viennent, et laisser monter les autres variants. 

Bientôt le Portugal ? 

Au Royaume-Uni, où le variant B117 prédominant en France est apparu, le P1 brésilien est celui dont la diffusion semble la plus expansive depuis janvier dernier. Et il semble s’installer massivement aux États-Unis selon « Forbes ». Mais face au scénario d’une quatrième vague provoquée par le variant brésilien, Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (AP-HP), met en garde : il reste énormément de questions sans réponse. 

« Le but n’est pas d’affoler les gens, prévient le directeur médical de crise et référent sur les vaccins. Il est évident que c’est très compliqué de comparer Rio et Paris car les décisions politiques n’ont pas été les mêmes. » Au Brésil, le président Jair Bolsonaro est très critiqué pour son absence de gestion de la pandémie, avec un nombre record de morts ces derniers jours encore. D’où la décision française de fermer la frontière aérienne.

Début mars, la Commission européenne avait recommandé aux Vingt-Sept des mesures plus drastiques comme la suspension des vols ou la quarantaine imposée aux passagers en provenance du Brésil. Le Portugal avait choisi de suspendre les vols depuis la fin janvier. Et pourtant, le variant brésilien y est aujourd- ’hui responsable de plus de 20 % des cas positifs. En France, des élus demandent donc maintenant un renfort des contrôles aux frontières du Portugal.

2021 04 15 SO Vaccination Urgent cherche bénévoles pour un pré-accueil

2021 04 15 SO Epidémie vaccination réouvertures Emmanuel Macron avance sur un fil

2021 04 15 SO Epidémie vaccination réouvertures Emmanuel Macron avance sur un fil2

 

Sud-Ouest du 14 avril 2021

2021 04 14 SO Le Covid en bref

2021 04 14 SO L'autotest suscite des réserves

2021 04 14 SO L'autotest suscite des réserves2

 

Sud-Ouest du 14 avril 2021 

Détresse psychiatrique des jeunes : les urgences saturent

2021 04 14 détresse psychiatrique

Les médecins ne comprennent pas cette hausse inédite des jeunes adolescents soignés en urgences psychiatriques. Immersion à l’hôpital Charles-Perrens de Bordeaux 

C’est une toute petite adolescente boudeuse. Une collégienne d’environ 13 ans, plantée là, l’œil dans le vague à l’accueil de l’Unité psychiatrique infanto-juvénile de Gironde, à l’hôpital Charles-Perrens de Bordeaux. Un gros sac à ses pieds. Sa mère pétrifiée se tient à ses côtés. Toutes les deux portent un masque, toutes les deux partagent ce même regard perdu. Elles viennent de quitter le service des urgences pédiatriques de l’hôpital des enfants (CHU de Bordeaux) pour intégrer Upsilon, une unité d’hospitalisation adaptée aux jeunes adolescents en souffrance psychique. La pandémie mondiale de Covid s’attaque aux plus jeunes d’entre nous, depuis le mois de novembre dernier. Ils sont 70 % en plus à être pris en charge dans les services d’urgences psychiatriques. Une véritable explosion. 

Le professeur Manuel Bouvard, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, est le chef de pôle de ce service, et ne cesse de s’interroger sur cette singularité. « De toute ma carrière, je n’ai jamais vu ça, un tel afflux de très jeunes adolescents, des enfants encore, qui manifestent une détresse psychiatrique. Le phénomène est général, national, européen. Ce pic touche des filles, particulièrement entre 11 et 15 ans : pensées suicidaires, passages à l’acte, scarifications, troubles de l’alimentation, des formes sévères qui justifient des hospitalisations. Toutes les urgences pédiatriques et psychiatriques sont saturées. « 40 % des jeunes qui présentent ces troubles graves étaient jusque-là en pleine santé, inconnus sur les radars. Le lien avec la pandémie de Covid est incontestable », disent les spécialistes. 

« Sur le fil du rasoir » 

Upsilon ressemble à un œuf. Fermé comme un œuf, mais avec à l’intérieur des gens qui vivent, sont soignés, peuvent jouer au basket, au badminton, regarder le ciel. Vingt chambres individuelles, monacales, une salle de classe, des ateliers d’activités, une pièce commune, des murs blancs où l’on peut écrire des choses : « Voir un éléphant dans un arbre », « Devenir champion de vélo », « Jouer en NBA », « Regarder pousser un pépin de citron »… On dirait du Prévert. 

On trouve aussi des ordinateurs et une télévision, des cabinets de consultation, des petits espaces d’apaisement où s’isoler. Surveillés partout. Le docteur Adeline Tchamgoué, responsable de la filière ado de l’hôpital Charles-Perrens, s’excuse presque « On est sur le fil du rasoir, ils ont l’air d’aller bien et basculent. » 

Un mois d’hospitalisation 

Nous voilà entrés dans le secteur Aigu d’Upsilon. Les plus vulnérables sont ici. Depuis le couloir, on entend des filles chanter à tue-tête. Devant un écran de télévision, elles sont trois ou quatre à se passer un micro en pouffant. Séance karaoké sur la chanson de Louane, « Numéro 1 » : « Jour 1000, t’as touché dans le mille… » Elles se marrent, en sweat et baskets, jamais seules. Une éducatrice, un infirmier veillent. Trois minutes de poilante dans leurs vies déchirées. Suffit de regarder les doigts crispés, les yeux cernés, pour deviner. 

Changement d’unité, le secteur conventionnel compte plus de lits. « En moyenne, la durée d’hospitalisation ici, est d’environ un mois, en temps normal », note le docteur Tchamgoué. « Depuis le mois de novembre et cette flambée, la durée s’étend dans le temps et nous assistons à des phénomènes ‘‘Revolving door syndrome’‘ (retour en hospitalisation rapide). L’une des jeunes filles qui chantaient est rentrée chez elle, après deux mois d’hospitalisation. Elle a tenu quatre jours, avant de revenir ici. » 

Le harcèlement 

Sept filles fabriquent des objets en perle autour d’une table. Des cœurs, des fleurs. Elles ont 14 ans pour la plupart. Portent toutes les mêmes cheveux longs et elles rient fort. Fanfare cristalline. On entend dans le groupe des bouts de phrases : « T’es trop abusé », « Ah ouais de ouf ! », « boloss »… Les mêmes. Elles sont les mêmes, au fond, qui réclament du rab’ de frites le midi, et se demandent pourquoi elles n’ont pas droit à deux chocolatines par semaine. C’est Mathieu, l’infirmier qui raconte ça en riant. 

Mais, il sait combien l’attention doit être à la fois bienveillante et sans relâche : « Les masques, par exemple, la barrette qui sert à pincer le nez, c’est risqué. Elles peuvent s’en servir pour se scarifier. Tout est risqué. » Le téléphone portable est interdit, déposé lors de l’entrée en hospitalisation. « C’est pour les protéger », explique le docteur Tchamgoué. « La question du harcèlement via les réseaux sociaux est omniprésente, source de souffrance pour eux. S’ils veulent téléphoner à leur famille, c’est possible bien sûr, il y a un téléphone fixe disponible. Idem pour la cigarette, on ne fume pas. »

2021 04 14 SO Pourquoi la France suspend ses vols avec le Brésil

2021 04 14 SO Pourquoi la France suspend ses vols avec le Brésil2

2021 04 14 SO Pourquoi la France suspend ses vols avec le Brésil3