Sud-Ouest du 7 avril 2021 

AstraZeneca : la vaccination de nouveau rattrapée par le doute 

Un responsable de l’Agence européenne du médicament assure qu’il y a un lien entre ce vaccin et les cas de thrombose. La France vise néanmoins 2 millions d’injections cette semaine

2021 04 07 astraLes premiers candidats à la vaccination ont fait la queue hier à l’extérieur du stade de France, avant d’être pris en charge. THOMAS SAMSON / AFP 

Si on ne compte plus les semaines « décisives » depuis le début de l’épidémie, il y a un an, la pression risque néanmoins de monter encore d’un cran sur le front de la vaccination. En effet, mardi, Marco Cavaleri, le responsable de la stratégie vaccinale au sein de l’Agence européenne du médicament, l’AME, a reconnu un lien entre le vaccin AstraZeneca et les cas de thrombose observés après son injection. Une mauvaise nouvelle donc. Et ce d’autant plus que l’EMA soutenait jusque-là le contraire. 

Or, dans cette interview au quotidien italien « Il Messaggero », Marco Cavaleri a opéré une véritable volte-face : « Nous pouvons désormais le dire, il est clair qu’il y a un lien avec le vaccin ». Certes, comme il l’a expliqué, ce « lien » n’est pas encore établi. Mais l’EMA y travaille et elle doit rendre un nouvel avis d’ici au 9 avril. Autant dire que celui-ci est très attendu. En particulier en France. 

Statu quo 

Chez nous, en effet, Emmanuel Macron a déjà suspendu une première fois la vaccination avec AstraZeneca entre le 16 et le 18 mars. Précisément pour laisser le temps à l’EMA de rendre un nouvel avis concernant ces effets secondaires apparus dans plusieurs pays d’Europe ces dernières semaines. Une fois son feu vert obtenu, la vaccination avec AstraZeneca a repris le 19 mars. Mais après les propos de Marco Cavaleri, l’heure est de nouveau à l’incertitude. Même si, dans la foulée, un responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a réaffirmé que la balance bénéfices-risques continuait de peser « largement » en faveur de ce vaccin. 

Toujours est-il que mardi, au ministère de la Santé, on reconnaissait attendre le nouvel éclairage de l’EMA : « Notre position est constante sur ce dossier : suivre les préconisations scientifiques. » Traduction : l’heure est au statu quo. Toutefois, la situation a ouvert une autre question. Plus de 600 000 personnes de moins de 55 ans ayant déjà reçu une première injection d’AstraZeneca, en particulier les soignants, quid de la seconde dans ce contexte ? Sur ce point, c’est la Haute Autorité de santé qui doit se prononcer d’ici à la fin de la semaine. 

« Pas de défiance » 

Mais ce n’est pas tout. Les lignes pourraient aussi bouger sur le public-cible de l’AstraZeneca. En effet, alors qu’il est notamment administré aux 55-70 ans avec comorbidités et à toutes les personnes de plus de 70 ans, son ouverture aux 55-70 ans sans comorbidités pourrait être étudiée. Reste à savoir si ce vaccin aura encore la confiance de la population. Sur ce point, mardi, le ministère de la Santé estimait, qu’au-delà de la désaffection constatée dans les Hauts-de-France ce week-end, il n’y avait « pas de défiance » : « Sur le terrain, les professionnels de santé demandent de plus en plus de doses. AstraZeneca trouve son public. » Une certitude : les prochaines livraisons de ce vaccin seront conséquentes : « Un peu moins de 3 millions de doses sont attendues en avril. » 

En attendant, le ministère de la Santé maintient les objectifs fixés par Jean Castex. Soit : 10 millions de premières injections à la mi-avril, 20 millions à la mimai et 30 millions à la mi-juin. La semaine dernière, 1,9 million d’injections ont été réalisées avec les trois vaccins Pfizer, Moderna et AstraZeneca dont les trois-quarts en première injection. 

Quant à la semaine en cours, si le lundi de Pâques n’a pas fait recette, malgré plusieurs centres ouverts, l’objectif n’en reste pas moins élevé. Le ministère de la Santé vise en effet 2 à 2,2 millions de vaccinations dont près de 1,7 million de premières injections. 

La « proximité » 

Les prochains jours seront aussi marqués par l’ouverture des vaccinodromes. À ce stade, une quarantaine d’installations de ce type doit entrer en service sur l’ensemble du territoire. Ces sites de grande capacité devraient permettre de vacciner au minimum près de 1 000 personnes par jour. Mais le but affiché est bien de les associer à la vaccination de ville assurée par les médecins, les pharmaciens et les infirmiers. Et pas de « siphonner » ce réseau. Lequel assure un peu moins de 100 000 injections par jour et doit recevoir 1,2 million de doses d’ici au 16 avril. « La proximité doit demeurer », souligne-t-on à la Direction générale de la santé.

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Sud-Ouest du 7 avril 2021 

Vitemadose, un site pour trouver des rendez-vous rapides

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 Avec l’aide de dizaines de bénévoles, le créateur de CovidTracker, Guillaume Rozier, a lancé le site Vitemadose pour faciliter la prise de rendez-vous, rapidement et à proximité 

Les courbes de l’évolution de l’épidémie présentées par le gouvernement lors des fameuses conférences de presse du jeudi sont parfois signées CovidTracker. 

Elles sont produites par un site indépendant, développé par Guillaume Rozier, 24 ans, spécialiste de l’exploitation des données informatiques. 

En un an, CovidTracker est devenu la référence pour suivre les indicateurs de l’épidémie. Après avoir intégré en début d’année l’avancement de la campagne de vaccination en France (VaccinTracker), le nouvel outil, Vitemadose, apporte un nouveau service : en un clic, il facilite la recherche de rendez-vous disponibles, rapidement et à proximité. 

Créé en 72 heures 

« J’ai moi-même été confronté à la difficulté de trouver un rendez-vous de vaccination pour un proche », explique Guillaume Rozier. « Pour connaître les disponibilités, il faut explorer les quatre plateformes de réservation existantes, rechercher dans différentes villes, téléphoner… Bref, c’est compliqué. Et beaucoup de centres de vaccination ne sont pas forcément référencés sur ces plateformes. » L’idée de « Vitemadose » germe alors dans l’esprit de Guillaume Rozier, pour automatiser cette recherche fastidieuse. 72 heures plus tard, une première version voit le jour, le jeudi 1er avril, avec seulement la plateforme Doctolib. 

Le service s’est étoffé depuis, grâce à une centaine d’ingénieurs, développeurs et spécialistes de codage qui ont répondu à l’appel à compétences de Guillaume Rozier, pour scruter les quatre plateformes de réservations (Doctolib, Maiia, Keldoc et Ordoclic). « Une vingtaine y ont consacré de nombreuses heures, jour et nuit, par goût du défi technique ou par envie d’être utile à un projet collectif. » 

Ouverture des données 

Mais pourquoi ce service n’a-t-il pas été développé par l’État dès janvier ? « Ce que l’on voit là, c’est l’aboutissement de la stratégie nationale Opendata avec des applications précieuses au niveau local ou dans le milieu associatif », constate Florent Jaby, un des développeurs bénévoles. « Dans le cadre d’un projet comme Vitemadose, on peut être utile et on avance plus vite que l’administration qui doit légitimement respecter des contraintes plus lourdes. » 

Aux États-Unis aussi, Turbovax aété développé par un ancien ingénieur d’Airbnb, d’où vient aussi le créateur de Covidliste. Grâce à ce site, également lancé la semaine dernière, les volontaires à la vaccination s’inscrivent sur les listes d’attente des centres de vaccination pour bénéficier éventuellement des doses à ne pas gâcher en fin de journée… 

Guillaume Rozier refuse de porter un jugement sur l’action politique. « Plutôt que de montrer du doigt ce qui n’a pas été fait, ce qui compte c’est que l’État mette à disposition toutes les datas sans lesquelles on n’aurait rien pu faire. En ouvrant ces données, l’Administration admet que des citoyens, des privés, peuvent en faire une utilisation plus adaptée, plus innovante. » Dans l’intérêt de tous.

2021 04 07 SO En bref

2021 04 07 SO Opération de dépistage demain à Hostens