Sud-Ouest du 31 mars 2021 

2021 03 31 SO La situation en Nouvelle-Aquitaine

Au CHU de Bordeaux, la réa ne voit pas le bout du tunnel 

Les services de réanimation du CHU de Bordeaux n’ont jamais baissé la garde depuis un an. La poussée de fièvre du Covid dans la région, ils l’ont perçue avant les annonces officielles. Immersion

2021 03 31 CHU«Désormais nous devons être deux. Et les soins matinaux prennent beaucoup plus de temps.» PHOTOS FABIEN COTTEREAU / « SUD OUEST »

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Murs bleus. Blouses bleues, masques bleus. Sol bleu. Le ciel bleu du dehors est en revanche hors de portée ou presque. Ils sont hypertendus pourtant. Vivent une pression terrible depuis un an, sans relâchement, et se cognent aujourd’hui une poussée de fièvre, avec des entrées quotidiennes de patients Covid. Plus jeunes qu’avant. 

Pourtant lorsqu’on entre dans le service de médecine intensive réanimation, au 1 er étage de l’hôpital Pellegrin du CHU de Bordeaux, tout est tellement calme. Pas un souffle, ni une plainte. On marche sur du coton. Les infirmières vous sourient derrière les masques et les visières. Les aides-soignants s’enquièrent de savoir si vos mains sont bien désinfectées. 

« On est comme tous les autres Français, ose Audrey, infirmière. On attend les annonces de Macron, parce que voyez, moi je rêve de partir quelques jours en vacances. Je fais tellement attention à tout, j’ai tellement donné, j’en ai besoin. Alors si je peux pas partir... Un confinement là, en plus. » 

Elle baisse les épaules, avant de rejoindre le lit d’un patient sous oxygène. Dans la chambre entourée de cinq box, les soignants ne chôment pas. Au chevet d’une malade se tient un fils qui lui a pris la main. Léa, infirmière, reconnaît avec douceur la fatigue physique, morale : « Les protocoles ont encore changé avec l’arrivée des variants, plus contagieux. On est obligé de se changer entièrement dès que l’on sort d’une chambre d’un patient Covid. Nous devons être, désormais, deux. Et les soins matinaux prennent beaucoup plus de temps. » Soixante-dix heures de boulot, certaines semaines et des heures sup’, autant qu’ils en veulent : « Y’en a toujours besoin, on manque de bras. » 

Plus un lit disponible 

Le professeur Alexandre Boyer est responsable de cette unité de médecine intensive réanimation, l’épuisement du personnel soignant fait partie de ses préoccupations. Le taux d’incidence qui grimpe dans la région l’inquiète. « On ne voit pas le bout du tunnel », lâche-t-il. Dans son service plein comme un œuf, plus un lit n’est disponible, la moitié est occupée par des patients Covid, et l’autre par des non-Covid. « On connaît la lourdeur des patients Covid, poursuit-il, mais on découvre que les non-Covid sont de plus en plus lourds. Sans doute parce qu’ils arrivent trop tard dans la filière de soins, simple hypothèse. On est à 100 % d’occupations depuis des mois, et désormais on refuse un à deux malades Covid chaque jour. » 

Ces patients-là sont ensuite dirigés vers d’autres services de réanimation, à l’hôpital Saint-André (CHU) à l’hôpital militaire Robert Picqué, ou dans les cliniques privées, Bordeaux-Nord ou Jean Vilar… Parfois plus loin, Agen, Mont-de-Marsan, La Rochelle. Le docteur Laurent Petit, patron du service de réanimation chirurgicale à Pellegrin, partage ce constat : « Dimanche je travaillais, et nous avons été placé face à une flambée et contraints de refuser 25 patients Covid, lesquels ont été répartis sur tous les hôpitaux de la région. » 

La moyenne d’âge a baissé 

Mécaniquement, et grâce à la première salve de vaccinations, la moyenne d’âge des patients Covid a baissé. « On a moins de patients de plus de 75 ans, remarque le professeur Boyer. J’ai le sentiment que le variant touche plus durement les plus jeunes. Le profil cependant reste le même, beaucoup de personnes en surpoids, d’hypertendus et de diabétiques. » 

Lui, tout comme les autres médecins des services réanimations, soulève la question éthique du « tri ». Ce mot vulgaire et quelque peu effrayant. « Normal qu’il fasse peur, on l’associe au tri des blessés des grandes guerres, remarque le docteur Laurent Petit. Il faut savoir qu’en réalité, ça a toujours existé, mais de manière très encadrée, des décisions collectives. » Ne pas se voiler la face, les médecins disent ça aussi. Car si l’épidémie poursuit sa course folle, le « tri » en réa sera beaucoup plus fréquent et moins exigeant, comme l’explique avec pédagogie le professeur Boyer. « L’an dernier on a accueilli et soigné le mieux possible un patient Covid de 98 ans. On pouvait. Lorsqu’on reçoit des propositions d’admissions, on observe tous les critères : le patient a-t-il des réserves pour récupérer en fonction de son âge, de ses autres pathologies, de son environnement proche ? » 

« Alors pour éviter ça, il faudrait coordonner une réponse mondiale, les variants vont trop vite, et la seule façon de les arrêter, c’est la vaccination globale, mondiale, quitte à y mettre des milliards. » Au CHU, mardi matin après la cellule de crise, il a été décidé de basculer en alerte niveau 2. Des blocs d’opération ont été fermés.

2021 03 31 SO Une importante détérioration des indicateurs dans la région

2021 03 31 SO Une importante détérioration des indicateurs dans la région2

2021 03 31 SO Fallait-il durcir les mesures sanitaires dès février

2021 03 31 SO Fallait-il durcir les mesures sanitaires dès février2

2021 03 31 SO Fallait-il durcir les mesures sanitaires dès février3

2021 03 31 SI A l'affût de la parole du président

2021 03 31 SI A l'affût de la parole du président2

2021 03 31 SO Fermer les écoles aurait des effets délétères sur la santé des enfants

2021 03 31 SO Fermer les écoles aurait des effets délétères sur la santé des enfants2

2021 03 31 SO Le Covid en bref

2021 03 31 SO Le Covid en bref2

Sud-Ouest du 31 mars 2021 

Cocid-19 : Où se faire vacciner dans le département 

Un mégacentre de vaccination à Bordeaux devrait ouvrir début avril, mais la Gironde va profiter d’un maillage plus large pour plus de proximité

2021 03 31 centres de vaccination gironde

Selon Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, le mégacentre de vaccination de Bordeaux devrait se situer au parc des Expositions, Hall 1. C’est ce qu’il a expliqué à « Sud Ouest » ce mardi 30 mars.

« Ce n’est pas totalement acté, mais cela nous semble aujourd’hui le plus accessible. Trams, voitures… On peut y stationner. Il répond au cahier des charges qui imposait au moins 3 000 m2 de disponible et la notion d’accessibilité. Ce mégacentre devrait ouvrir dès la semaine prochaine, donc il ne faut pas traîner les pieds. Lorsque Alain Anziani, président de Bordeaux Métropole, et moi avons reçu le courrier de l’Agence régionale de santé, nous avons répondu présents. » 

Ce vaccinodrome est pour l’instant l’unique prévu en Nouvelle-Aquitaine. Selon la nouvelle directrice départementale Gironde de l’ARS, Bénédicte Motte, il pourra « couvrir » non seulement tout le département Gironde, mais pourquoi pas, le reste de la Nouvelle-Aquitaine, il suffira de s’inscrire sur le site adapté. 

« La demande de l’ARS et de la préfecture, reprend Pierre Hurmic, fait état d’une moyenne de 1 000 vaccinations par jour, sept jours sept, et une amplitude horaire de 8 heures du matin à 20 heures le soir. On est d’accord sur tout, à l’exception du financement, qui n’est toujours pas acté. » « Étant donné l’envergure de ce centre, poursuit le maire, il va sans dire, que l’État, la Région, le Département, Bordeaux Métropole et Bordeaux seront partenaires. Une réunion doit se tenir à cet égard dans les prochains jours. » 

Les doses, nerf de la guerre 

Pierre Hurmic se dit aussi très attaché à la continuité des centres de vaccination de proximité, à Bordeaux notamment, et propose même d’en ouvrir d’autres notamment au sein des centres médico-scolaires. « Ce n’est pas encore tranché » précise le maire. 

« Évidemment tout ceci ne sera possible qu’à condition que le nombre de doses promis soit à la hauteur. Il faut faire vite, car à Bordeaux, les chiffres ne sont pas bons et cela m’inquiète. Le taux d’incidence à Bordeaux est en hausse significative, avec une contagiosité majorée par la présence des variants, on a dépassé les 210/100 000 habitants, encore loin derrière Paris, mais ça devient préoccupant. J’étais dimanche sur les quais, et j’ai constaté de nombreux attroupements, trop de gens sans masque. Qu’on sorte bien sûr, cela est nécessaire, mais bon sang, il faut continuer à porter le masque, lorsqu’on est proches les uns des autres ! » 

Bénédicte Motte à l’ARS évoque une « amplification de la capacité de tous les centres de vaccination de la Gironde, en lien direct avec l’accélération des livraisons. « On attend du Moderna et du Pfizer notamment, en quantité, ce qui va nous permettre d’armer tous ces centres, le méga de Bordeaux qui correspond à un besoin sur la métropole bordelaise, mais aussi tous les autres du territoire, assure-telle. Cette montée en charge va se faire par paliers. Le mégacentre de Bordeaux proposera du Pfizer. » 

25 centres en Gironde 

En Gironde aujourd’hui, il existe 25 centres de vaccinations, auxquels s’ajoutent, au fil des jours, de nouveaux lieux, grâce aux actions de terrains des maires, des Centres communaux d’action sociale, de l’ARS… En plus du projet de mégacentre avec sa cible d’ouverture prévue le 10 avril, 7 nouveaux centres de vaccination vont ouvrir au mois d’avril, Saint-André-de-Cubzac, Saint-Médard-en-Jalles, Biganos, Cestas, Margaux, Sadirac, Castillon-la-Bataille. « La préfecture et l’ARS apportent les souhaits, le cadre et les acteurs de terrain travaillent sur la faisabilité, en collaboration, observe Bénédicte Motte. C’est très enthousiasmant de constater cette union des forces, autour d’un même élan. » 

Publics éligibles 

Pour ce qui concerne, les doses de vaccin, l’ARS prétend que l’augmentation des livraisons est en cours, qui sera particulièrement sensible à compter du 5 avril, avec un doublement des livraisons. Mais après le 15 avril, 210 000 doses de vaccins seront livrées chaque semaine, en Nouvelle-Aquitaine. « Aujourd’hui, on capitalise les retours d’expérience des autres de vaccination qui fonctionnent bien dans la région, assure Bénédicte Motte. Et on adapte la réponse avec toutes ses connaissances. Par exemple les initiatives qui concernent les personnes qui ne peuvent se déplacer se multiplient, partout. » 

De plus en plus de monde attend avec impatience une première injection, les publics éligibles à la vaccination évoluent très vite. Cette semaine, les personnes de 70 à 74 ans peuvent désormais se faire vacciner dans un centre de vaccination (vaccins Pfizer ou Moderna) ou chez leur médecin ou leur pharmacien (vaccin AstraZeneca). En avril, la vaccination sera élargie aux 65-69 ans. En mai, aux 50- 56 ans…

2021 03 31 SO A Saint-Médard le centre ouvert hier répond aux attentes

2021 03 31 SO A Saint-Médard le centre ouvert hier répond aux attentes2

2021 03 31 SO Castillon Un centre de vaccination va ouvrir

2021 03 31 SO Saint-Seurin-sur-L'Isle 22 000 masques distribués aux écoles primaires

2021 03 31 SO Saint-Seurin-sur-L'Isle 22 000 masques distribués aux écoles primaires2