Sud-Ouest du 14 mars 2021 

Les résidents des Ehpad « enfin délivrés » 

La circulaire du ministère de la Santé, tombée samedi, permet les visites en chambre pour les familles, les sorties et la reprise des activités collectives. Reportage à Bordeaux

2021 03 14 epahdSamedi, à l’Ehpad Terre-Nègre, les activités collectives ont repris, avec la joie de se retrouver. GUILLAUME BONNAUD / “SUD OUEST” 

Depuis un an, l’Ehpad Terre-Nègre de Bordeaux était un bunker. Barricadé. Bouclé de l’intérieur. Il fallait un code pour entrer, puis une prise de température, une bonne raison et surtout, un rendez-vous préalable. Ce samedi après-midi, les portes sont ouvertes et dans le hall d’entrée, le va-et-vient fait plaisir à voir. 

Voilà Claude avec sa nonagénaire de mère qui réclame une petite sortie en ville. « Tu vas avoir froid. Et s’il pleut ? » Il porte un masque, pas elle. Et puis, à côté, un autre petit groupe familial prend un café. Gilberte débarque vaillamment en poussant son déambulateur qui lui sert plutôt de portemanteau. Elle trépigne. Rouge à lèvres et minivague. « C’est l’heure ! » somme-t-elle. 

Allègement post-vaccinal 

À midi, Florence Coulamy, directrice adjointe de Terre-Nègre,s a découvert la dernière directive du ministère de la Santé. « Allègement post-vaccinal des mesures de protection dans les Ehpad. » Branle-bas de combat, on convoque tout le personnel présent pour faire l’annonce attendue par tous : « Dès aujourd’hui, les visites dans les chambres sont autorisées, les résidents peuvent sortir en ville ou dans les familles, les repas en groupes et les animations collectives sont possibles. » 

Aussitôt dit. D’une chambre à l’autre, d’un petit salon à une salle de restaurant, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. 90 % des personnes vaccinables ont bénéficié du premier vaccin, et certaines du rappel. Les autres ont été victimes du Covid, et ils vont devoir patienter.

« Patienter ? Pas longtemps pour moi j’espère, peste Marie, 90 ans. Je n’ai pas eu le vaccin parce que je suis naturellement immunisée, j’ai eu le Covid pas grave. Bon, maintenant, si c’est pour pouvoir sortir, je veux ce vaccin tout de suite. J’ai très envie d’aller au marché bio sur les quais, de prendre le tram et de m’acheter du bon saucisson et du jambon. Voilà ce que je veux ! » 

Aline, 78 ans, « ravie d’être vaccinée » taquine Marie : « Moi je vais pouvoir aller dans les magasins, choisir une robe. Et j’irai voir la mer aussi. » Dans la salle de réfectoire, Manuel, l’animateur social et Coline, la jeune volontaire du service civique, ont installé les quilles, les balles, le gros ballon au milieu, avec l’intégrale de Mike Brant en fonds sonore. Certains ont pris place sur une chaise, d’autres sur leur fauteuil roulant, tous contents d’être à nouveau réunis, presque un peu dissipés. « Enfin ! On est libres », s’étonne un résident auprès de Manuel qui acquiesce. « Bientôt les bals et les chorales alors ? » questionnent des dames enchantées. 

« C’est vraiment mieux » 

Terre-Nègre est l’un des plus grands Ehpad de France. Actuellement, il héberge 379 résidents de 85 ans de moyenne d’âge et 250 collaborateurs. Un petit village. Qu’il a fallu cadenasser pour contenir le virus à l’extérieur. « Une organisation titanesque pour monter la campagne de vaccination, assure Florence Coulamy. Pour environ 85 % des résidents, il a fallu obtenir le consentement des familles, seulement entre 15 et 20 % ayant les facultés cognitives pour répondre. Une usine à gaz. » 

Maintenir les gestes barrières, observer au pied de la lettre les consignes ministérielles, celles de l’Agence régionale de santé. Rien n’a été laissé au hasard pendant un an et tout s’est bousculé les trois dernières semaines : « On a reçu trois consignes ministérielles différentes à propos de l’allégement progressif des mesures. Mais le 25 février, alors qu’on avait vacciné massivement, l’ARS nous demandait le maintien des protocoles. Quelle déception après tous ces efforts ! Puis il y a eu la décision du conseil d’État du 3 mars qui a suspendu l’interdiction de sortie des résidents d’Ehpad, le ministère nous confirme ça le 8 mars… sans nous indiquer ce qu’il en était pour les non-vaccinés qui avaient été infectés par le virus… » 

Dans un couloir, Jean-Pierre va retrouver son père, Léon. Ce dernier a 97 ans et c’est la première fois que les visites en chambre sont autorisées depuis un an. Ex-ingénieur du corps de mine, Léon est un peu sourd. « Enlève-toi ce masque, je t’entends pas », crie-t-il à son fils. «Ici, c’est chez moi ! » ajoute-t-il. « Le voir dans l’intimité d’une chambre, c’est vraiment mieux, avant on était tout le temps dérangé, on n’arrivait pas à se parler », avance Jean-Pierre. Voilà Arnaud avec son fils de 8 ans, Anton. Eux sont paumés. « On cherche la chambre de ma grand-mère, je ne l’ai pas vue depuis plus d’un an et j’ai profité du fait qu’elle soit vaccinée. » Anton, lui, hausse les épaules : « Je sais plus à quoi elle ressemble mamie. Et si elle me reconnaît pas ? »

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