Sud-Ouest du 9 mars 2021 

Vaccin : les médecins privés de doses 

Après une campagne massive de vaccination le week-end, les généralistes ont été informés qu’ils devaient suspendre les commandes de vaccins

2021 03 09 vaccinChez le généraliste Antoine Mesnier, à Bordeaux, la vaccination AstraZeneca fonctionnait à plein. STÉPHANE LARTIGUE / “SUD OUEST” 

Le week-end dernier fut celui de la vaccination en France. 300 000 injections. Tandis que tout le monde applaudissait l’effort, assorti d’une communication médiatique quasi unanime, un mail de la Direction générale de la santé (DGS) tombait chez les généralistes. Certains médecins ont dû le relire plusieurs fois pour y croire. D’autres ne l’ont découvert que ce lundi matin et il leur a fallu une paire d’heures pour réagir. Passé la sidération, Antoine Mesnier, généraliste à Bordeaux, a appelé son pharmacien : « Ce dernier m’a confirmé que je ne serai pas livré cette semaine en vaccins. Ahurissant. J’ai une journée entière consacrée à la vaccination chaque semaine, dans mon cabinet, j’ai vu des gens se bagarrer pour ce vaccin. Un patient a même voulu m’acheter une seringue 500 euros ! » 

« Je suis furax » 

Que dit le mail de la DGS ? « Pour la semaine du 8 mars, les commandes ne seront ouvertes que pour les besoins propres des officines », lit Laura Scotto di Vettimo, généraliste à Sainte-Foy-la-Grande en Gironde. « Je suis furax, Jean Castex ouvre la vaccination aux pharmaciens, et du coup, en prive les médecins ! On déshabille Pierre pour habiller Paul ? En huit jours, j’ai vacciné 42 personnes et le rythme aurait dû se poursuivre cette semaine. J’ai calé des rendez-vous tous les jours pour les vaccins… et je n’ai plus une dose. » 

Même colère et incompréhension chez tous les médecins généralistes. « J’ai une vingtaine de coups de fil de confrères depuis ce matin, signale le docteur Bernard Plédran, ex-délégué régional Nouvelle-Aquitaine du syndicat MGFrance (Médecins généralistes). Tous se plaignent que les pharmaciens refusent de leur livrer les flacons de vaccins, au prétexte qu’ils en ont reçu la consigne. La guerre est ouverte entre pharmaciens et généralistes ! » Lundi matin, MGFrance a demandé via un communiqué la démission de Jérôme Salomon, directeur de la DGS. Un coup de massue après un week-end d’ouverture des robinets. 

L’ARS tempère 

Benoît Elleboode, directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine, tente de remettre du sens dans ce chaos. Face au vent de fronde des généralistes, alors qu’ils étaient sur le pied de guerre depuis à peine une semaine, il tempère : « Il ne s’agit pas de favoriser la vaccination des pharmaciens au détriment de celle des généralistes, mais du fait qu’on se trouve face à une baisse de livraisons d’AstraZeneca. Dans les faits, les généralistes qui ont passé commande la semaine dernière seront livrés cette semaine. En revanche, ils ne pourront pas passer de commande cette semaine. » 

La guerre est déclarée entre les généralistes et les pharmaciens, car si les généralistes devraient vacciner leurs patients cette semaine, ils ne le pourront plus la semaine prochaine. Or, les pharmaciens oui. Ces derniers sur les starting-blocks, ont l’autorisation de vacciner depuis jeudi 4 mars, suite à l’annonce de Jean Castex. François Martial préside l’URPS (Union régionale des professionnels de santé) des pharmaciens en Nouvelle-Aquitaine, il commente : « Nous avons l’autorisation, mais nous ne serons pas opérationnels avant les 17 et 18 mars, même en commandant cette semaine. L’URPS va faire passer un message aux pharmaciens expliquant que les stocks qui seront livrés mercredi sont destinés aux seuls médecins qui les ont commandés et non aux pharmaciens. On dirait qu’il y a eu cafouillage dans la communication entre la DGS et les pharmaciens. » 

Pas de stocks cachés 

La semaine prochaine devrait donc connaître un ralentissement des vaccinations en France, en raison d’une baisse temporaire de livraisons AstraZeneca. La colère des généralistes est légitime, la campagne de vaccination commençait à peine à prendre son élan : « Ça nous casse les pattes, constate Nicolas Brugère, médecin bordelais. Nous n’avons aucun désistement de la part des patients, et lorsqu’on a une dose de trop dans le flacon, aucun mal à trouver un candidat à vacciner. Pourquoi nous demander de laisser nos doses aux pharmaciens, alors même qu’ils n’ont pas commencé leur propre campagne ? » 

Le directeur général de l’ARS ne peut expliquer cette décision de la Direction générale de la santé qui sème le trouble, mais soutient que l’activité va reprendre de plus belle d’ici à quinze jours. Et rappelle qu’il n’existe aucun stock caché, ni chez les pharmaciens ni dans les hôpitaux : « Le choix en France est de gérer les stocks à flux tendu. Au mois d’avril, nous allons assister à une explosion de la vaccination, les livraisons seront multipliées par quatre. »

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