Sud-Ouest du 4 mars 2021

2021 03 04 SO Vaccins La campagne décolle enfin

Sud-Ouest du 4 mars 2021 

La vaccination ? « Si mon docteur dit qu’il le faut, j’y vais ! » 

Les médecins généralistes piquent les patients « à risque » entre 50 et 75 ans. En Gironde, à Sainte-Foy-la-Grande, mardi dernier, aucun n’a rechigné

2021 03 04 vaccinsÀ Sainte-Foy-la-Grande, le docteur Laure Scotto Di Vettimo, médecin généraliste, a commencé la campagne de vaccination AstraZeneca. GUILLAUME BONNAUD / « SUD OUEST » 

Ce mardi matin, l’église veille sur la rue des Frères-Reclus de Sainte-Foy-la-Grande. Le soleil n’arrive pas à percer et Joël Zanette, grand costaud de 59 ans, trouve l’aiguille « bien longue ». Il grimace un peu, fait le fier. N’en mène pas large. Le docteur Laure Scotto Di Vettimo sourit sous le masque et enfonce la si longue aiguille du sérum AstraZeneca dans la solide épaule : les grands costauds, elle les connaît bien, elle soigne aussi l’équipe de rugby. « J’ai rien senti ! » tonne Joël en se rhabillant pour filer au boulot. 

« J’attendais ce vaccin, il me tardait de vivre un peu plus normalement. Je suis en surcharge pondérale et considéré personne à risque, concède-t-il. Je vais pouvoir retrouver des activités sociales, sans la trouille au ventre. Ce vaccin, j’ai hésité, au boulot, dans la famille, les copains, beaucoup sont contre. » 

À Sainte-Foy-la-Grande, cité calée entre la Gironde et la Dordogne, la vaccination des 50- 64 ans a commencé en fin de semaine dernière, vendredi 26 février, avec l’arrivée en fanfare du premier flacon d’AstraZeneca. Le docteur Laure Scotto en rit encore : « On aurait dit la Brink’s qui livre un lingot d’or ! Ce premier flacon contenant 10 vaccins était très attendu. La pharmacienne est venue me le porter dans le frigo du cabinet, bien serré entre ses mains, comme si elle tenait le Saint-Graal. On s’est tous retrouvé penchés, autour de la boîte en carton, ma secrétaire la pharmacienne et moi, pour l’ouvrir. » Ce vendredi, elle avait convoqué dix premiers patients éligibles. Pas un n’a manqué à l’appel. 

48 heures au frigo, pas plus 

« Tout ça prend du temps : se connecter sur le site de la sécu, remplir les papiers, le formulaire de consentement. Chaque vacciné est tracé, le lot du vaccin aussi. Et tous reviendront dans trois semaines environ pour une seconde injection. » Avec sa secrétaire, le docteur Scotto a mis à jour le listing de tous ses patients, ils sont 2 678 à ce jour, puis trié par âge et pathologies, avant de contacter les personnes accessibles à la vaccination AstraZeneca. Elle commande flacon par flacon, chaque semaine. Un flacon ouvert ne peut pas être conservé plus de 48 heures au frigo. 

« Lundi soir, le ministre a élargi les recommandations, ajoute-t-elle, désormais on peut vacciner les moins de 75 ans, présentant des comorbidités. J’essaie d’avoir quelqu’un à la sécu, ou à l’Agence régionale de santé pour savoir, si la déclaration du ministre suffit pour se lancer. Mais, ça bugue de partout. » Les dix premiers vaccinés de Sainte-Foy ont été recontactés lundi par leur médecin : « Cinq d’entre eux n’ont rien eu, deux ont été fatigués, deux ont souffert de courbatures et un a présenté une fièvre et des courbatures pendant 36 heures. Parmi eux, y’en a même qui ont taillé la vigne tout le week-end », constate le docteur Scotto. Lorsqu’Éric, 58 ans entre dans le cabinet médical, avant même de s’asseoir, il s’adresse à elle : « T’as été vacciné toi ? Oui ? Je peux pas avoir le même que toi ? » 

Avant le Covid, ils prenaient tous les dimanches le même bus avec le club de rugby, pour accompagner l’équipe. Clairement, Éric boude un peu en soulevant sa chemise à carreaux, tandis qu’elle lui prend la tension. 15/9. Effet blouse blanche. Il hausse les épaules, consent à en céder une à l’aiguille AstraZeneca : « J’aurai préféré le tien de vaccin, rumine-til. On entend tellement de choses à la télé, qu’on n’arrive plus à se faire une idée. Les effets secondaires je m’en fiche, même avec mes problèmes cardiaques, mais la durée d’efficacité, trois mois, six mois ? » 

Retrouver une vie normale 

Laure Scotto Di Vettimo rabâche autant de fois qu’il le faut, ce qu’elle a appris sur ce vaccin, ses inconvénients, admet ce qu’elle ne sait pas, pas encore, mais rappelle les avantages indiscutables de la vaccination. « Tu ne risques plus de forme grave. » D’un patient à l’autre, elle recommence. Adapte, rassure, dédramatise. « De plus en plus, il faut prendre ce temps. Ici, il y a eu une grosse épidémie de Covid à l’hôpital , il y a trois mois, près de 50 infectés. Des services ont fermé. Les gens savent que ça n’arrive pas qu’aux autres. » 

Voilà Marie-Agnès, 54 ans, auxiliaire de vie. Sans ciller, elle soulève son pull-over : « J’ai tellement hâte de prendre ma petite-fille dans les bras… » Elle ne regarde ni le flacon ni l’aiguille, sourit à Laure. « Laure ? Elle sait à peu près tout de ma vie, les joies et les malheurs, ma maladie. Alors si c’est elle qui me dit qu’il faut se faire vacciner, j’ai confiance, je fonce. Les yeux fermés. » 

Le docteur Laure Scotto se lève à 5 heures tous les matins…

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