Sud-Ouest du 20 février 2021 

«La pointe ne recule plus» 

LÈGE-CAP-FERRET L’allongement de la digue de Benoît Bartherotte fera probablement partie des solutions pour stopper l’érosion. Ce dernier répond sur la prise en charge financière de ces travaux

2021 02 20 cap ferretL’adoucissement du musoir de Benoit Bartherotte a fait avancer la plage de quarante mètres. DAVID PATSOURIS 

Le Siba (Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon) va rendre publique, en mars, sa stratégie pour lutter contre l’érosion. Et comme « Sud Ouest » l’a révélé le 17 janvier, l’allongement du musoir, c’est-à-dire l’extrémité, de la digue de Benoît Bartherotte fait partie des solutions qui seront très certainement utilisées. D’autant que cette solution a été validée sans ambiguïté par l’État. L’étude de la Sogreah de janvier 1997, qui est une référence du schéma de mise en valeur de la mer d’août 2004, confirmait déjà l’utilité de cette digue. Et le préfet Lallement le confirmait par écrit en 2018. Mais l’annonce de la mise en œuvre de cette solution par le Siba a suscité de nombreuses réactions de lecteurs qui se sont notamment émus du coût pour le contribuable de ces travaux. « Sud Ouest» a interrogé Benoît Bartherotte sur cette question. 

«Sud Ouest» Pour commencer, où en est la situation à la Pointe après les tempêtes? 

Benoit Bartherotte Le sable accumulé à la base du musoir de la digue est abondant et ne semble plus s’écrouler aussi souvent depuis que nous réalisons nos travaux. Nous avons pratiquement récupéré tout ce qui était parti avec les dernières tempêtes et allons donc pouvoir entreprendre de reconstituer progressivement le cordon dunaire à l’ouest du belvédère. La Pointe du Cap Ferret est aujourd’hui le seul endroit qui ne recule pas et qui tend à avancer, alors qu’avant nos travaux, il était, de très loin, celui qui enregistrait le plus fort recul. Pour rappel, 700 mètres entre 1973 et la construction de notre ouvrage. 

La collectivité et le contribuable devront-ils payer pour l’allongement de l’extrémité de votre digue? 

Ce n’est en aucune façon au contribuable de payer pour l’allongement d’une digue qui protège ma propriété. Selon la loi de 1807, tout propriétaire riverain doit défendre son trait de côte à ses frais sous le contrôle de l’administration. Il nous appartient de payer comme nous l’avons fait jusque-là, sans qu’il en coûte un seul euro à la collectivité, dans la mesure où ce prolongement assure la protection de notre propriété dans ses limites telles qu’elles ont été fixées par le décret d’aliénation du domaine public du 18janvier 1917. 

Et s’il s’avérait nécessaire de prolonger la digue au-delà de votre propriété, qui devrait selon vous payer? 

Le contribuable, ou l’association de défense de la Pointe, si ses bienfaiteurs lui en offrent les moyens… 

À qui appartient la plage devant votre propriété et l’avez-vous privatisée, comme on l’entend dire? 

Notre propriété résulte de deux « aliénations du domaine public maritime » successives : la première, du 6 août 1905, correspondant aux 44 hectares dont le nord de notre propriété fait partie ; et la seconde résultant du décret du 18 janvier 1917, signé par le président Poincaré, intègre l’emprise de ce qui est aujourd’hui une partie de la plage sud, située au pied de la digue. Dès lors, selon la doctrine de l’État concernant les parties aliénées, tout ce qui, faute d’avoir été défendu par leurs propriétaires, retourne aux flots, réintègre le domaine public maritime… tandis que les parties correctement défendues restent bien évidemment propriété privée. Tel est donc le statut de cette partie de la plage que je défends et qui se trouve donc sur ma propriété. 

À l’inverse, certains disent que votre digue protège la Pointe et que tout le monde aurait dû payer… 

L’administration reconnaît en effet officiellement aujourd’hui que mon «intérêt particulier rejoint l’intérêt collectif». Sans mon ouvrage, l’État avait en effet prévu, en 2001 dans son PPRL, qu’une grande partie des terrains du Conservatoire du littoral et des 44 hectares auraient disparu dès 2014. La cartographie du PPRL en témoigne (elle est accessible à tous par Internet). Il serait donc logique, selon moi, que ceux qui se trouvent à l’intérieur du périmètre qui aurait disparu contribuent au moins, non au financement de ma propre défense, mais au financement de l’Association de défense de la Pointe, qui a défendu, au-delà de mes limites de propriété, les terrains du Conservatoire du littoral. 

Qui va payer, désormais, les relevés bathymétriques et topographiques? 

L’Association de défense de la Pointe a été créée, sur la recommandation de l’administration, dans le but de mutualiser le coût des nécessaires relevés bathymétriques et topographiques en 3D qui, seuls, à condition d’être effectués régulièrement, lui permettent de s’assurer de la stabilité d’ouvrages qui, par endroits, surplombent un chenal de plus de trente mètres de fond. L’association a payé, sans aucune aide publique, la totalité de ces nécessaires relevés pour l’ensemble du dispositif de défense de la pointe, de la tête du Mimbeau, au nord, jusqu’au village de blockhaus à l’ouest, pendant 10 ans, de janvier 2011 à janvier 2021. À partir de cette année, ces nécessaires relevés seront pris en charge par le Siba (Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon) et nous lui en sommes très reconnaissants. 

Donc vos relations avec les collectivités sont maintenant apaisées? 

Aujourd’hui, la nouvelle municipalité et le Siba, à qui la loi a désormais attribué la compétence pour la politique de gestion du trait de côte, sont en passe de prendre le relais de notre association pour assurer le coût du rechargement de la plage et du cordon dunaire qui protège de la submersion les parties basses et loties de la Pointe. Elle peut le faire avec le sable provenant naturellement de la dérive littorale que nous récoltons à peu de frais en quantités équivalentes avec l’épi que constitue la digue, sable que celui-ci permettra de maintenir si on le prolonge, comme vient de le confirmer le bureau d’études le plus réputé en matière de génie côtier (étude rédigée par Benoît Waeles, un consultant génie côtier, et publiée en décembre dernier, NDLR).

Sud-Ouest du 20 février 2021 

La digue a «indirectement limité l’érosion à l’ouest» 

ÉROSION L’association de défense de la Pointe, qui finance la digue, a sollicité deux experts sur d’autres solutions….

2021 02 20 la digue 

Tout ce qui concerne l’érosion au Cap Ferret intéresse Benoît Bartherotte. Voilà pourquoi l’association de défense de la Pointe du Cap Ferret a sollicité Benoit Waeles (Consultant Génie Côtier) et Alain Féral pour un avis préliminaire sur des solutions évoquées dans le cadre de la stratégie de gestion durait de côte autour de la pointe du Cap Ferret : une solution de confortement de type Geotube® à la pointe ; un confortement de la côte Ouest du Cap-Ferret par un système d’épis. 

Et l’avis est négatif pour les deux solutions. Le procédé Geotube® est une marque déposée de la société hollandaise Tencate. Il s’agit de tubes tissés en polyéthylène haute densité dans lesquels peut être stocké du sable. « Ce procédé ne pourrait en aucun cas constituer une solution pérenne pour jouer un rôle d’épi déflecteur des courants de marée à la Pointe, écrivent les deux consultants. En effet, les profondeurs autour de la Pointe sont telles que la mise en place de géotubes ne correspondrait à aucune pratique dans le domaine du génie côtier.» La mobilité des fonds dans le secteur serait aussi un obstacle. 

Capter la dérive littorale 

En revanche, « en tant que confortement dunaire, le procédé pourrait être envisagé. Les retours d’expérience (y compris en Aquitaine) indiquent cependant des durées de vie de tubes tissés en fibre synthétique (très) limitées. Après quelques hivers, parfois un seul hiver, les boudins se déchirent et se vident de leur sable.» 

Voilà donc la conclusion des deux experts : «Quoi qu’il en soit, une telle solution serait à comparer aux opérations de retroussage de sable (transferts de sable du bas de plage vers le haut de plage et le cordon dunaire), particulièrement adaptées et peu coûteuses à la Pointe. En première approche, dans le contexte actuel un aménagement de type Geotube®o ne nous paraît pas pertinent, a priori trop rapidement dégradé, pour conforter le trait de côte à la Pointe. » Et les épis ? « Sans la digue Bartherotte, le trait de côte se trouverait à plusieurs centaines de mètres, vers le nord. » Selon l’avis, la digue a indirectement limité l’érosion de la façade ouest du Cap Ferret. 

Les deux experts précisent qu’il faudrait une étude approfondie pour le confirmer, « mais il est frappant de noter que la position du trait de côte à l’ouest actuellement est nettement plus favorable, de plusieurs centaines de mètres que ce que prévoyait le plan de prévention des risques littoraux (PPRL), en 2001, pour 2014.» 

En outre, la mise en place d’épis sur la côte ouest pourrait avoir des incidences majeures sur en aval : « En interceptant les sables de la dérive littorale, des épis limiteraient de fait les apports de sable à la Pointe et pourraient menacer la relative stabilité actuellement constatée. Les aléas érosion et submersion marine pourraient redevenir particulièrement prégnants à la Pointe, menaçant à nouveau les secteurs urbanisés en arrière du trait de côte.» 

Pour eux, l’allongement du musoir per mettrait « d’intercepter d’avantage de sable de la dérive littorale pour bénéficier à a façade ouest. En plus d’éventuels rechargements en sable…