Sud-Ouest du 13 février 2021

2021 02 13 SO Des pistes pour mieux prévoir la crue

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Sud-Ouest du 13 février 2021 

50 cm en plus, c’est 2 mètres dans les villages 

INONDATIONS Le système de prévision n’a pas permis de mesurer l’ampleur de la crue et a troublé le jugement de beaucoup de monde. Une surveillance sur le terrain en amont est préconisée

2021 02 13 50 cmJeudi 4 février, de nombreux habitants qui avaient décidé de rester chez eux sont finalement évacués en bateau. PHOTO J. J. 

Plus d’une semaine après la plus grande crue de la Garonne depuis 1981 en Sud-Gironde, les prévisions réalisées par Vigicrues posent toujours questions. Ce service qui dépend de la préfecture s’est défendu de toute erreur à plusieurs reprises. Mais le pic annoncé à 9,30mètres pour la nuit du mercredi 3février au jeudi 4février était sous-estimé de 50cm, avec des conséquences graves pour les habitants de la plaine. Certains phénomènes, pourtant connus, ont été mal évalués. Le maire de La Réole, Bruno Marty, a dû tirer la sonnette d’alarme pour que Vigicrues revoie ses calculs avant qu’il ne soit trop tard. 

«Sud Ouest». Le service Vigicrues affirme avoir donné des prévisions justes. Partagez-vous ce point de vue ? 

Bruno Marty. Non, je ne le partage pas. Je suis scientifique, je sais et je redis que des prévisions ne peuvent pas être à 100 % fiables. Mais il faut qu’ils reconnaissent qu’il y a eu un plantage. Quand on annonce dans la journée un pic à 9,30mètres à 1 heure du matin, c’est une erreur. Ou en tout cas, s’ils n’ont pas fait d’erreur, leur prévision n’était pas bonne. Il ne faut pas détourner le problème en expliquant que les quais de La Réole se sont affaissés de 15 cm. Ce qui compte c’est de s’améliorer pour la prochaine fois. Le seul qui nous a toujours mis en garde, c’est le sous-préfet. 

Une erreur de 50 cm dans les prévisions, qu’est-ce que cela a comme conséquences sur le terrain ? 

À 9,30mètres, ça déborde, mais lentement. 50cm en plus qui passent par-dessus les digues, cela signifie que les casiers se remplissent très vite et que ça peut représenter deux mètres d’eau à l’intérieur de la cuvette où se trouvent les villages. On a évité la catastrophe car on n’a pas attendu la prévision de 22heures de Vigicrues pour réagir. Qu’est-ce qui se serait passé en pleine nuit ? 

Lors de la visioconférence à 18 h 30 avec les services de l’État et les maires, vous alertez que la Garonne connaît une brusque hausse… 

Je suis en bas de l’échelle de crue pendant la visio. En dix minutes la Garonne prend 4 cm, puis 3 cm à nouveau. Là, je dis que l’on a un problème. J’ai dû me défendre. Tout le monde pensait que la progression aller se poursuivre sur un rythme de 2 cm. En fait, on a pris 36cm en moins de quatre heures. 

Quelle est la réaction ? 

Je demande à Vigicrues de revoir leurs calculs, mais je ne suis qu’un maire d’une petite ville, pas polytechnicien, et en plus je suis natif de la Dordogne… Le nouveau calcul des prévisions était toujours prévu à 22heures alors que l’on avait déjà dépassé la prévision des 9,30à la fin de la visio. Mais heureusement que l’on a eu cette visio. On s’est ensuite appelé avec le sous-préfet et j’ai demandé que les calculs soient revus. La prévision a alors été réévaluée par Vigicrues à 9,60mètres. On a déclenché la sirène d’alerte de la ville. Le pic atteindra finalement 9,71 mètres le lendemain (9,84 à l’échelle de La Réole). 

Ce phénomène de brusque rehausse est sans doute dû aux casiers de Couthures en amont. Une fois remplis, la crue a repris la direction du Réolais. Comment se fait-il que cela n’a pas été pris en compte ? 

D’habitude, La Réole et Tonneins suivent la même courbe, et là il y a eu un décrochage. En 2019, Couthures n’a pas rempli complètement, la progression de la crue avait été plus régulière. Là, il y avait plus d’eau et quand les casiers ont été remplis, on est repassé à une hausse de 8cm par heure. 

Comment améliorer le système de prévisions ? 

Vigicrues fait des prévisions basées sur les relevés des sondes, mais cela ne fait pas tout. Il faut de l’observation sur le terrain. S’il y avait eu un agent sur Couthures qui annonce que les casiers sont pleins et que la Garonne reprend son chemin vers l’aval, on aurait eu deux ou trois heures pour s’organiser et agir. 

Quels enseignements tirez-vous de la gestion de crise ? 

On avait retenu la leçon de décembre2019, on s’était dit qu’il fallait au moins faire un point tous les jours. Voire deux, matin et soir.On se demande s’il ne serait pas intéressant d’avoir un relais de la sirène d’alerte de La Réole qui puisse se faire entendre jusqu’à Barie. La sirène marque les esprits. On va s’équiper de bateau et former nos agents à la conduite. Sur certaines interventions, notamment de ravitaillement, on a dû faire appel aux pêcheurs. Mais ce n’est pas suffisant. Il y a des personnes isolées qu’il faut aller visiter tous les jours, c’est hyper important.

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2021 02 13 SO Echos du Sud-Gironde