Sud-Ouest du 8 février 2021

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Sud-Ouest du 8 février 2021 

Entre Macron et les scientifiques, l’heure des divergences 

Alors que le chef de l’État se refuse à reconfiner le pays, la communauté médicale ne cache plus ses doutes. Le couple politique-scientifique est à l’épreuve

2021 02 08 confinementAlors que l’accélération de la vaccination est l’une des priorités de l’Élysée, la question du reconfinement reste posée. AFP 

Un dialogue de sourds ne serait-il pas en train de s’installer entre la communauté scientifique et Emmanuel Macron ? Dit autrement entre le médical et le politique ? Depuis bientôt un an que nous sommes confrontés à cette pandémie, ce n’est pas la première fois que cette relation interroge. Mais, alors que les vacances de février s’annoncent comme une autre épreuve, ce couple brille aujourd’hui de ces désaccords. Alors que le chef de l’État se refuse toujours à un nouveau confinement, pratiquement pas un jour ne passe sans qu’un médecin ne rappelle l’urgence de la situation et ne demande des mesures plus restrictives encore. 

Dimanche 7 février, c’est le professeur de l’Institut Pasteur et membre du Conseil scientifique Arnaud Fontanet qui est monté au créneau. Dans un entretien au « Journal du Dimanche », il n’a pas caché ses inquiétudes devant la virulence du variant anglais. Une mutation qui concernerait désormais plus d’un cas sur quatre en France. « Du 7 au 8 janvier, il était responsable de 3,3 % des nouvelles contaminations ; le 27 janvier, de 14 %, rappelle-t-il. Si on continue sur cette trajectoire, on atteindra 30-35 % à la mi-février et le nombre d’admissions à l’hôpital sera alors autour de 2 000 par jour. Le variant deviendra majoritaire autour du 1 er mars. » Conclusion : « Sans confinement, les chances de contrôler l’épidémie sont minces. » 

Deux jours plus tôt, vendredi 5 février, le professeur Bruno Riou, le directeur médical de crise de l’APHP, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, était sur la même longueur d’onde : « C’est une épidémie qui est mal contrôlée par les mesures actuelles. » 

D’après lui, la perspective de se retrouver « face à une vague épidémique importante » est une « quasi-certitude ». Selon les scientifiques, tout porte à croire que, début mars, l’ensemble des indicateurs devraient être dans le rouge. Ce qui remettrait sous tension l’hôpital. Et ce malgré l’accélération de la vaccination. 

« Au bord du précipice » 

Mais à ce stade, l’exécutif n’est pas sur cette ligne. Jeudi 4 février, Jean Castex a été formel : la situation « ne justifie pas » un nouveau confinement. Pourtant, dès le lendemain, le vendredi 5 février, sur France Inter, l’infectiologue et épidémiologiste Karine Lacombe décrivait un tout autre tableau du moment : « On est au bord du précipice. Pour l’instant, on est en équilibre. Personne n’espère qu’on va tomber. » À ses yeux, la décision de l’exécutif d’attendre n’est rien d’autre qu’un « pari ». Un pari risqué. 

Or, si l’on est toujours à près de 20 000 nouvelles contaminations par jour, l’Élysée a mis dans la balance le risque psychologique d’un nouveau confinement chez les étudiants, les commerçants, les parents, les enfants… Une approche qui n’a donc pas convaincu la communauté scientifique. Mais ses doutes n’ont pas non plus fait bouger Emmanuel Macron. Pourtant, selon un sondage Elabe pour BFMTV publié le 3 février, 55 % des Français se disent désormais favorables à un reconfinement « dur ». Dès lors, le chef de l’État joue-t-il avec le feu ? 

« Le président prend un risque politique, observe ce cadre de la majorité. Mais ce n’est pas la première fois. En octobre dernier, les scientifiques voulaient un confinement plus strict encore, comme en mars. Mais il essaie de tenir une position d’équilibre, de prendre une voie médiane. » 

Une décision politique 

Preuve en tout cas qu’Emmanuel Macron n’a pas renoncé à laisser sa chance jusqu’au bout au couvre-feu et aux mesures qui l’accompagnent, il a multiplié les messages ce week-end sur son compte Instagram. Sur ce réseau social, il a posté des photos de lui effectuant les gestes barrières : porter le masque, aérer les pièces, se laver les mains et installer l’application Tous anti-covid. Avec cette légende : « Chaque geste compte. » 

Ce choix d’en appeler à la responsabilité de chacun peut-il réussir ? Ce sera l’un des enseignements des prochains jours. Mais la pression risque d’être encore forte. Dans l’interview accordée à « Ouest France » vendredi 5 février, Jean Castex a été clair : l’expertise des scientifiques est « précieuse », mais c’est « au politique ensuite de prendre ses responsabilités ». Preuve que les avis sont loin d’être partagés. Une certitude, fin octobre lorsqu’Emmanuel Macron a pris la décision de reconfiner le pays, le nombre de contaminations avait atteint les 40 000 par jour, avec même un pic à 50 000. Soit le double d’aujourd’hui. Mais que cette marge de manœuvre fonde comme neige au soleil, dans une, deux ou trois semaines, et la suite ne souffrira aucun doute.

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