Sud-Ouest du 25 janvier 2021 

La petite musique du reconfinement 

COVID-19 Alors que les indicateurs de la maladie n’évoluent pas de manière catastrophique à ce jour, le durcissement des mesures préventives, voire le reconfinement, pointent le nez

2021 01 25 reconfinementEn Allemagne, les mesures de confinement ont été prolongées jusqu’au 14 février. PHOTO AFP 

C’est une catastrophe annoncée et commentée avec un rien de jubilation sur certains plateaux télévisés: nous partirions droit vers un reconfinement. Explications à propos d’une petite musique qui revient comme une rengaine. 

1 Le contexte européen marqué par un net durcissement 

Le Portugal est sous le joug d’un confinement général depuis une semaine. Les Pays-Bas endurent leur premier couvre-feu depuis la seconde guerre mondiale. Depuis samedi soir, il y est interdit de sortir de chez soi entre 21heures et 4h30 du matin. En Norvège, tous les commerces jugés non-essentiels de la capitale, Oslo, et de sa banlieue sont fermés depuis samedi. En Allemagne, les mesures de confinement ont été prolongées jusqu’au 14 février dans les seize Länder (les États fédérés) du pays. En Belgique, les voyages touristiques hors des frontières sont désormais interdits. 

À quelques exceptions près, la tendance européenne est ainsi au durcissement des mesures de contrôle social. Vu la tournure des événements dans les pays frontaliers, on peine à croire que l’Hexagone échappera durablement au tour de vis. Interrogé vendredi par «Le Parisien », Olivier Véran a dit vouloir attendre « d’être fixé sur les effets du couvre-feu» de 18heures à 6heures, étendu à la France entière depuis le 16janvier. Le gouvernement devrait disposer d’une évaluation de son efficacité cette semaine. Probablement pour un nouveau Conseil de défense, programmé mercredi. Hier soir, le président du conseil scientifique Jean-François Delfraissy, a néanmoins enfoncé le clou. Pour lui, «il faudra probablement aller vers un confinement » pour faire face aux variants du coronavirus qui « changent complètement la donne» sanitaire. «Il y a urgence», selon lui, car «plus on prend une décision rapide, plus elle est efficace et peut être de durée limitée. On est dans une semaine un peu critique». 

2 La saison 1 du variant anglais fait bondir l’audience 

On ne parle plus que de lui, comme s’il était l’acteur principal d’une série haletante aux délectables rebondissements horrifiques. La dispersion, sur le continent, de la souche mutante anglaise du SARS-CoV-2 explique largement les restrictions qui s’empilent ça et là. À titre d’exemple, c’est parce que les Norvégiens ont mis en évidence deux cas mortels du variant anglais à proximité d’Oslo qu’ils ont claquemuré leur capitale. 

Reste qu’on disserte dans le noir sur cette question. À cette heure, personne n’est capable d’établir avec certitude que cette souche variante, de 30 % à 70 % plus contagieuse que le coronavirus « normal», se répand à grande vitesse sur le territoire français. 

Une enquête menée les 7 et 8janvier sur les tests RT-PCR positifs au SARS-CoV-2 montrait que les cas de Covid-19 liés au variant anglais «pourraient représenter 1 à 2% des cas actuellement recensés », indiquait Santé publique France dans son bulletin hebdomadaire du 14 janvier. Les résultats étaient très contrastés selon les régions: de 0% en Nouvelle-Aquitaine à 11,1 % en Bourgogne-Franche-Comté, en passant par 5,7 % en Ile-de-France. Des résultats «non consolidés», avertissait Santé publique France. 

Les autorités de santé ont annoncé le lancement imminent d’une nouvelle enquête pour y voir clair. Dans l’intervalle, une projection mise au point par des chercheurs de l’Inserm/ Sorbonne Université a ravivé l’inquiétude. La souche anglaise deviendrait dominante en France entre la fin février et la mi-mars. En l’absence de mesures fortes, «les nouvelles hospitalisations hebdomadaires devraient atteindre le niveau du pic de la première vague (environ 25 000 hospitalisations) entre mi-février et début avril». 

3 À ce jour, des indicateurs qui ne révèlent pas de flambée 

Selon les indicateurs du ministère de la Santé et de Santé publique France, la situation épidémique n’est pas aussi dégradée qu’à la veille du second confinement, entré en vigueur le 30 octobre. Le taux d’occupation des lits en réanimation est actuellement de 57%. Il était dix points plus élevé. 

Le taux d’incidence (le nombre de cas pour 100 000 habitants sur une semaine) a dépassé 200, le 20janvier. Il était proche de 500, fin octobre. Le taux de positivité des tests (le nombre de cas positifs sur le nombre de tests pratiqués) est de 7,1%. Il était de 15,8% le 30 octobre. 

Le problème est tendanciel. Sans marquer de dérapage incontrôlé, les différents indicateurs dessinent une courbe à la hausse depuis le début du mois. Et, encore une fois, la toile de fond du variant anglais fait craindre une brutale accélération qui prendrait de court les pouvoirs publics. Avec, en cumulé, une pression accrue sur le système de santé et une hausse de la mortalité. 

Boris Johnson n’a pas calmé les esprits en annonçant, vendredi, que ledit variant est probablement plus mortel que la souche classique. Mais les mathématiques sont têtues: c’est, de loin, la plus forte contagiosité du variant et pas sa plus forte virulence – non confirmée par l’OMS – qui provoque l’envolée du nombre des décès en Grande-Bretagne

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