Sud-Ouest du 15 janvier 2021

2021 01 15 SO Epidémie

 

Sud-Ouest du 15 janvier 2021 

Demain le couperet tombera à 18 heures

2021 01 15 SO Dermain le couperet tombera à 18 heures

2021 01 15 SO Dermain le couperet tombera à 18 heures1

 

Après quelques minutes d’incertitude, le Premier ministre a rendu son verdict lors du (désormais) traditionnel rendez-vous télévisé du jeudi. L’intégralité du territoire national sera soumis au régime du couvre-feu à 18heures à partir de demain samedi. À l’ouest du pays, comme en Nouvelle-Aquitaine où la circulation du coronavirus est moins rapide qu’à l’est, on va ainsi épouser le sort des 25 départements où le couvre-feu a été avancé de 20heures à 18heures depuis le début du mois. 

En revanche, une nouvelle fermeture de l’Hexagone à double tour est exclue à ce stade – mais pas forcément à l’avenir. «Les indicateurs épidémiologiques auraient rendu excessif un reconfinement», a précisé Jean Castex dans les derniers instants de sa conférence de presse. 

Le nombre de nouveaux cas journaliers se maintient sur «un plateau élevé », à plus de 15 000 et au-delà. La pression sur les services hospitaliers est « stable », avec près de 25 000 malades du Covid-19 accueillis, dont 2700 en réanimation. Bref, la situation est «maîtrisée mais fragile » selon le Premier ministre. Le terme de flambée pour qualifier la situation épidémique actuelle relève de l’abus de langage. La période des fêtes est révolue, sans l’apocalypse redoutée. 

Aussi le tour de vis annoncé hier doit-il beaucoup aux éléments de contexte qui ne se lisent pas (encore) sur les graphiques. Il n’échappe plus à grand monde que la Grande-Bretagne voisine est plongée dans l’effroi d’une catastrophe sanitaire de grande ampleur. Tout autour de nous, l’Europe voit les courbes de contamination se cabrer. Des mesures tombent, sans cesse plus restrictives. L’Italie, le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Allemagne comme le Danemark ferment leurs écoles. Le Portugal sera confiné ce matin. 

Une histoire de variant anglais 

Avec le recul sur dix mois de pandémie, il est difficile de croire que cette nouvelle vague épargnera nos rivages comme par miracle. D’autant plus qu’en ce début d’année 2021, le variant anglais du coronavirus a pris racine sur le territoire. 

Olivier Véran, le ministre de la Santé, a repris à son compte l’estimation lancée cette semaine : 1 % environ des nouveaux cas français révèlent la souche mutante apparue Outre-Manche l’automne dernier. Ce qui, mis bout à bout, représente pas moins de 200 contaminations par jour. Or, on le sait bien désormais, cette souche est nettement plus contagieuse – de +30% à +70% – que celles qui prévalent en France jusqu’à maintenant. C’est également le cas du variant sud-africain, qui signale sa présence dans l’Hexagone par quelques cas épars. 

C’est précisément pour éviter une dérive à l’anglaise que le gouvernement a choisi de durcir le dispositif. Il fait le pari que la baisse du nombre d’interactions sociales quotidiennes ralentira la dispersion des variants plus contagieux. C’est aussi pour ce motif qu’il entend «réduire drastiquement le trafic transfrontalier » en complément du couvre-feu. Dès lundi, tout voyageur en provenance d’un pays extérieur à l’Union européenne devra présenter un test négatif réalisé avant son départ. 

Reste à évaluer l’efficacité de telles mesures. 

Dans les 25 départements qui y sont déjà soumis, l’avancement de deux heures du couvre-feu est trop récent pour dessiner des tendances nettes. Il peut s’accompagner d’effets pervers, comme l’entassement dans les transports publics et dans les commerces alimentaires. 

La vaccination à bride abattue 

Ces doutes légitimes flèchent une seule issue incontestable : la vaccination à grande échelle, vectrice de la fameuse immunité collective. Olivier Véran a été tout heureux, hier soir, d’interrompre son propos pour livrer les chiffres frais de la journée: la France compte 318 000 vaccinés, en phase avec l’objectif du million pour le mois de janvier. 

La campagne de vaccination, qui avait démarré fin décembre sur un train situé entre le gastéropode et le sénateur, est donc en phase d’envol. Elle se poursuit dans les Ehpad et pour les personnels soignants. 

Dès lundi, le gouvernement l’étendra à toute personne âgée de 75ans et plus. Sont également concernés les 800 000 Français considérés à haut risque sanitaire : les insuffisants rénaux sévères, les malades du cancer en cours de traitement, les transplantés ainsi que quelques autres catégories de patients. Ils pourront être accueillis dans les centres de vaccination sur présentation d’un certificat de leur médecin traitant. 

Au total, ce sont 6,4millions de personnes qui sont invitées à se faire connaître. Elles pourront prendre rendez-vous dans l’un des 700 centres de vaccination proche de leur domicile. L’État ouvre pour ce faire une ligne téléphonique nationale (0 800 009 110) et un site Internet dédié (www.sante.fr) qui seront opérationnels lundi à 8heures. Un certain flou demeure quant au sort des personnes dans l’incapacité de se déplacer. 

Pas tout le monde tout de suite 

Olivier Véran a tenu à apporter un bémol. Dans les premières semaines, tout le monde ne pourra pas être servi. la France doit recevoir 2,5millions de doses d’ici la fin du mois de février. Les rendez-vous seront échelonnés dans le temps en fonction des approvisionnements. 

« Le monde entier est logé à la même enseigne », a relativisé Jean Castex. Rien n’est plus faux. En réalité, seuls les pays riches ont accès à la vaccination. Selon les calculs de l’Organisation mondiale de la santé, dix pays ont trusté 95 % des doses disponibles à ce jour.

2021 01 15 SO Tout faire pour éviter de fermer les écoles

2021 01 15 SO Tout faire pour éviter de fermer les écoles2

2021 01 15 SO Un premier centre de vaccination à Langon

2021 01 15 SO Plus que 7 patients hospitalisés en unité Covid à Blaye

 

Sud-Ouest du 15 janvier 2021 

2021 une année d'espérance 

2021 01 15 SO 2021 une année d'espérance1

2021 01 15 SO 2021 une année d'espérance2

Porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal était, hier matin, à « Sud Ouest» pour répondre à cinq lecteurs. Habile communicant, et jugé «très intelligent» par un des lecteurs, il n’a pas manqué de préciser à ses interlocuteurs qu’il portait un masque «made in Bordeaux». 

Michel Bénichou, postier retraité Comment expliquez-vous le retard de la France dans la vaccination par rapport à un petit pays comme Israël ou à l’Allemagne ? 

Gabriel Attal La vaccination est d’abord une chance et un espoir énorme pour sortir de cette crise sanitaire. Tout le monde s’est lancé dans la course à la vaccination dans des conditions différentes. La vaccination en Israël est effectivement un succès. Le pays a commencé plus tôt parce qu’il n’a ni les mêmes procédures ni les mêmes standards que l’Union européenne, ce qui fait qu’on est parti plus tard qu’eux. 

Concernant l’Allemagne, je précise qu’il n’y a pas de craintes à avoir sur la quantité des doses puisque c’est l’Union européenne qui les distribue selon la population du pays. Les Allemands sont partis plus vite que nous parce qu’ils n’ont pas ciblé les mêmes publics prioritaires et choisi la méthode du vaccinodrome où les gens font la queue. On va les rattraper mais ce n’est pas une course. À la fin du mois, on veut avoir vacciné plus d’un million de personnes. 

Hier, on a vacciné plus de 60 000 personnes. Avant de faire décoller la fusée, on a fait chauffer les moteurs et maintenant la fusée décolle. Cela dit, il faut rappeler que la vaccination ne permettra pas de sortir de la crise à court terme. On le voit justement avec Israël qui vient de se reconfiner. 

Olivier Brissaud, pédiatre et membre du Collectif inter-hôpitaux Avec le Ségur de la santé, comment le gouvernement va-t-il mettre les personnels soignants au cœur des décisions ? 

Gabriel Attal D’abord, le Ségur de la santé est un événement fondamental de ces derniers mois. C’est un accord historique avec 15milliards d’euros à la clé. Pour deux millions de personnes, c’est au moins 200 euros net de plus par mois et c’est une juste reconnaissance de leur engagement. Ça fait des années qu’on dit qu’il faut mieux partager les décisions. À ce titre, il y a des syndicats représentatifs et je crois beaucoup à la démocratie sociale. Le Collectif inter-hôpitaux a émergé ces derniers mois et il a porté une voix. Il est devenu un interlocuteur du ministère et des agences régionales de santé. 

Franck Tonyé, étudiant en école de commerce Il y a eu des réformes à la CAF qui font qu’on a perdu beaucoup de nos aides. Pour ma part, j’ai perdu 60% de mes ressources. 

Gabriel Attal Si vous parlez de la réforme des APL, je la défends. Je trouve plus juste de calculer les APL sur vos revenus en temps réel et pas sur ceux qui datent d’il y a deux ans. Cela dit, si vous étiez étudiant l’an dernier et toujours étudiant cette année, si vos ressources n’ont pas évolué, il n’y a pas de raison que vous ne perceviez pas les APL. Si c’est le cas, je suis prêt à regarder les exemples concrets que vous me fournirez. Peut-être me parlez-vous de la prime d’activité. Travailler doit toujours rapporter plus que ne pas travailler. 

C’est vrai que la crise a un impact très fort sur les étudiants, privés de petits jobs. J’ai travaillé pendant mes études, je sais à quel point c’est important. À Bordeaux, 40 % des étudiants sont boursiers, nous les aiderons, comme les autres, tant que la crise durera. Je rappelle aussi que nous avons triplé les aides d’urgence distribuées par les Crous [Centre régional des œuvres universitaires et scolaires, NDLR]. 

Patrick Duval, directeur du Rocher de Palmer à Cenon. Les salles sont fermées depuis dix mois. On assiste à un véritable gâchis. Pas sur le plan financier parce qu’il y a des aides importantes pour les équipements comme le mien. Mais il y a un gâchis humain alors qu’on pourrait rouvrir les espaces culturels. Comment voyez-vous la situation ? Est-ce qu’on y va timidement ou pas du tout ? 

Gabriel Attal Je ne connais personne qui se satisfasse de la fermeture des lieux culturels. Les Français ont besoin de s’évader et je veux saluer celles et ceux qui continuent de faire circuler la culture, via le digital. 

Les lieux culturels sont fermés partout en Europe et la France est le seul pays où les professionnels sont à ce point aidés financièrement. On a reconfiné en novembre, on a décidé de rouvrir progressivement. Il ne servirait à rien de tout rouvrir pour tout refermer ensuite. 

L’objectif est de rouvrir mais il faut le faire dans une situation maîtrisée. Moi-même, j’ai du mal à expliquer pourquoi on peut aller dans une galerie marchande et pas dans un musée. À la fin du mois, Roselyne Bachelot devrait proposer un modèle avec un calendrier, des jauges et des règles très précises. J’ai bien conscience que l’accompagnement financier ne fait pas tout. 

Ethel Le Bobinnec, chef d’entreprise dans l’événementiel. J’ai bénéficié du report des charges, des prêts bancaires, du chômage partiel, des aides de l’État ou de la métropole et d’un loyer gratuit par la Ville de Talence. Mais jusqu’à quand l’État a-t-il prévu de maintenir ses aides ? 

Gabriel Attal Depuis le début de la crise, l’État est aux côtés des entreprises et le restera tant que durera la crise. Il faut continuer à les soutenir. Ce qui est dur dans votre secteur, l’événementiel, c’est qu’il est très vaste. Il y eu les aides pour les entreprises fermées administrativement, à l’insu de leur plein gré, si je peux dire. Avec Élisabeth Borne, la ministre du Travail, nous sommes en train de finaliser une procédure