Sud-Ouest du 8 décembre 2020

2020 12 08 SO L'épidémie en France

2020 12 08 SO L'objectif des 5000 cas par jour au 15 décembre s'éloigne

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2020 12 08 SO En bref

2020 12 08 SO Télémédecine

 

Sud-Ouest du 8 décembre 2020 

Les Français aux bons soins de la télémédecine ? 

SANTÉ Les téléconsultations ont explosé depuis la pandémie. Si certains voient là un remède miracle, d’autres dénoncent la consommation anarchique de soins

2020 12 08 télémédecineBenoît Blanc, médecin généraliste, en téléconsultation à Bergerac (24). PHOTO CLAUDE PETIT/« SUD OUEST »

Jusqu’alors restreinte à l’expérimentation curieuse, parfois au systèmeD, la téléconsultation aura en quelques mois été élévée au rang de remède miracle. Et, pour certains, pire que le mal. Quand seuls quelque 100 000 rendez-vous à distance avaient été organisés tout au long de l’année 2019, ce sont 4,5millions qui l’auront été rien que pour le mois d’avril confiné. Paradoxalement, à la ville davantage qu’à la campagne et ses déserts médicaux, mais dans des proportions partout amplifiées par l’urgence de la situation. 

1 Plus de 4,5 millions de consultations en un mois 

D’abord multiplié par plus de 100, le nombre de consultations vidéo surfe depuis l’automne sur une vague un peu plus raisonnable, tout de même dix fois plus élevée qu’avant la crise sanitaire. Selon la Caisse national d’assurance maladie (Cnam), l’immense majorité concerne des médecins libéraux, dont quatre sur cinq sont généralistes. Suivent psychiatres, gynécologues et pédiatres, pour un total estimé à 3% de l’ensemble des consultations. Si l’Assurance-maladie remboursait déjà à 70 % – et sous certaines conditions – les actes de téléconsultation depuis 2018, la pandémie l’aura depuis contrainte à desserrer à 100 % les cordons de la bourse. « Plus d’un médecin sur deux y a désormais recours, et cela concerne des patients de tous âges, pas seulement des jeunes urbains», plaide la Cnam, évoquant au passage un malade sur cinq âgé de plus 70ans. 

2 Les limites techniques d’une médecine déshumanisée ? 

Ce qui n’aura longtemps été qu’un serpent de mer semble donc bel et bien s’ancrer dans nos mœurs thérapeutiques. Quand nombre de patients souffrant d’un cancer auraient interrompu leur traitement durant les confinements, l’institut Bergonié à Bordeaux aura par exemple étendu dans l’urgence l’usage de la télémédecine à l’ensemble de ses cancérologues. Façon de prévenir les dommages collatéraux, mais aussi de prouver que l’exercice ne se résume pas à la bobologie. Pour autant, si les avantages ne manquent pas, les limites à la téléconsultation restent elles-aussi nombreuses. « À chaque fois qu’il faut mettre les mains sous le capot», résume le docteur Blanc, médecin généraliste à Bergerac (ci-contre). Contraintes dont certains pourtant s’affranchiraient déjà sans scrupule. Un serment d’hypocrites que dénonce notamment le professeur Vincent Renard: « L’absence de cadre réglementaire et le remboursement à 100% provoquent un véritable effet d’aubaine financier», regrette le président du Collège national des généralistes enseignants (CNGE). Alors que celui-ci chapeaute un futur module sur la télémédecine pour les internes de médecine générale, il évoque ainsi l’usage «perverti» de la téléconsultation. « Tout n’est pas à jeter, loin de là, mais en donnant l’illusion que la technique va tout résoudre et se substituer à la relation avec le patient, nous voyons se multiplier des initiatives anarchiques et regrettables. En première ligne et en présentiel, l’examen clinique demeure indispensable à la médecine générale.» Rançon de sa gloire hégémonique, la plateforme Doctolib – mais aussi quelques groupes mutualistes – se retrouve alors accusé de se refaire une santé sur le dos du système. 

3 Doctolib ou le règne de la « médecine pizza » 

Champion tricolore de la prise (avouons-le très pratique) de rendez-vous en ligne, la petite start-up créée en 2013 a en effet bien grandi. Passée maître dans l’art de servir sur un plateau la téléconsultation aux professionnels de santé, la voilà facturant désormais 79 euros mensuels cet abonnement à plus de 33 000 d’entre eux. Assez, préviennent certains, pour menacer alors la qualité du parcours de soins à la française. Ce que le professeur Renard qualifie sans détour de « médecine pizza». «Le patient, qui n’en cerne pas les risques, ne fait que consommer du soin. Un peu comme le laboratoire Boiron formait sans contrôle les médecins à l’homéopathie dans les années 1990, on laisse aujourd’hui les actionnaires de Doctolib nous expliquer comment leur technologie est triomphante.» 

Face à ce diagnostic sévère comme au risque d’une médecine aussi réactive qu’elle serait hors-sol, l’Assurance-maladie pourtant assure que « 4 téléconsultations sur 5 sont effectuées entre un patient et un médecin qui se connaissent.» 

À défaut d’avoir découvert la panacée, signalons enfin ces télécabines hybrides récemment installées par la start-up Tessan dans 5 pharmacies et mairies de Charente, Gironde et Lot-et-Garonne. En quinze minutes chrono, la promesse de réaliser «90%. des actes d’une consultation classique».

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2020 12 08 SO Même face au cancer l'usage de la tablette a fait ses preuves

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