Sud-Ouest du 23 octobre 2020 

Pour l’instant, la région tient bon 

COVID-19 Trente-huit nouveaux départements ont basculé, hier soir, en alerte maximale, portant le total à 54. Il y en a seulement deux en NouvelleAquitaine, dont les Pyrénées-Atlantiques

2020 10 23 pour l'instantLes départements des Pyrénées-Atlantiques et de la Haute-Vienne ont basculé, hier, en alerte maximale. PHOTO THIERRY DAVID/ « SUD OUEST» 

À partir de ce soir, minuit, 54 départements et un territoire d’Outre-Mer, la Polynésie, seront soumis au couvre-feu et aux restrictions qui l’accompagnent, soit plus de 46 millions de Français. Si deux départements viennent de basculer en alerte maximale, les Pyrénées-Atlantiques et la Haute-Vienne, pour l’instant, la Nouvelle-Aquitaine fait encore partie des régions les plus épargnées. Pour combien de temps ? 

Plusieurs critères entrent en ligne de compte pour faire passer tel ou tel territoire en alerte maximale. Le taux d’occupation des lits en réanimation doit notamment être supérieur à 30 %. Sur ce point, avec un taux de 17 %, les voyants sont au vert dans la région, selon les derniers chiffres publiés par Santé publique France (SPF). Sachant que ce chiffre est régional et qu’il est donc identique dans tous les départements. 

Le taux d’incidence, primordial 

Mais en réalité, le principal critère qui pèse dans la balance est le taux d’incidence du virus, autrement dit, le nombre de cas confirmés sur sept jours pour 100 000 habitants. Théoriquement, un territoire bascule en alerte maximale lorsque celui-ci est supérieur à 250 cas pour 100 000 habitants et à 100 pour 100 000 chez les personnes âgées. Sur le papier, aucun territoire de Nouvelle-Aquitaine n’a atteint de tels seuils. Mais certains s’en approchaient dangereusement et avaient déjà été placés en alerte renforcée : les Landes, la Haute-Vienne et surtout, les Pyrénées-Atlantiques (lire ci-dessous), où le taux d’incidence de 225 cas pour 100 000 habitants est d’autant plus préoccupant qu’il augmente considérablement d’une semaine sur l’autre. Il ne faisait plus aucun doute que le département allait basculer sous peu. Au point que le préfet avait pris les devants et déjà annoncé en début de semaine des restrictions, comme la fermeture des bars à 22 heures. Pas suffisant pour obtenir un sursis. 

En revanche, la Charente-Maritime, département le moins touché de France, avec un taux d’incidence de 53 pour 100 000 habitants (lire ci-dessous), ainsi que la Charente, la Corrèze, la Creuse, la Dordogne, le Lot-et-Garonne, les Deux-Sèvres et la Vienne, qui ont tous des taux d’incidence inférieurs à 150, sont en toute logique tous passés entre les gouttes. 

Des mesures préventives 

Toujours au rayon des bonnes nouvelles, en Gironde, le taux d’incidence se stabilise depuis plusieurs semaines, ou du moins augmente moins rapidement qu’ailleurs. Une situation d’autant plus appréciable qu’elle était bien plus compliquée il y a quelques semaines, lorsque la métropole de Bordeaux était pointée du doigt en raison de la forte hausse des cas de Covid. 

Mais des mesures préventives ont été prises entre-temps et la propagation de l’épidémie s’est stabilisée dans le département et la métropole. Si la prudence reste de mise, notamment à Bordeaux où le virus continue à gagner du terrain, preuve que le combat est loin d’être gagné, les restrictions semblent tout de même avoir porté leurs fruits. 

C’est pourquoi, même si sur le papier aucun département de la Nouvelle-Aquitaine n’aurait dû être soumis au couvre-feu, le gouvernement a pris les devants pour ceux dans lesquels l’état d’alerte maximale n’était qu’une question de jours.

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Sud-Ouest du 23 octobre 2020 

La Gironde hors couvre-feu, mais jusqu’à quand ? 

ÉPIDÉMIE Ni le département de la Gironde ni l’agglomération de Bordeaux ne sont touchés par l’extension du couvre-feu. Explications et réactions

2020 10 23 couvre-feu

 

Soulagement, hier après-midi, en Gironde, après les annonces du Premier ministre Jean Castex: 38 nouveaux départements rejoignent la liste de ceux où s’impose un couvre-feu, mais la Gironde n’en fait pas partie (lire en pages 2 et 3). 

Avec un taux d’incidence (nombre de tests positifs pour 100 000 habitants sur sept jours glissants) de 115, du 13 au 19 octobre, selon les chiffres de Santé publique France communiqués hier soir – contre 92 quelques jours auparavant –, la situation sanitaire n’y est pourtant pas bonne. Elle est même préoccupante dans l’agglomération de Bordeaux, où le taux d’incidence atteint 154 (et 134 pour les plus de 65 ans). Mais elle est «moins pire » que dans les départements frappés par le couvre-feu. 

Vers un nouvel arrêté?

Ce statu quo signifie que les mesures déjà en vigueur continuent de s’appliquer en Gironde. Elles sont listées dans l’arrêté préfectoral du 17 octobre, avec application en principe jusqu’au 24 octobre. La préfète Fabienne Buccio fera peut-être une communication ce vendredi, notamment pour préciser ce qui se passe après le terme du présent arrêté préfectoral. 

En attendant une éventuelle modification, les mesures ne changent pas : pas de rassemblement de plus de six personnes dans l’espace public, interdiction des rassemblements privés dans les ERP (établissements recevant du public) incompatibles avec le port du masque (fêtes étudiantes, mariages, etc.), télétravail renforcé, protocole sanitaire strict dans les lieux recevant du public. Toujours interdits également, les rassemblements de plus de 1 000 personnes, et les manifestations sportives et festives sur la voie publique. 

Notons aussi que le port du masque dans tous les marchés, à moins de 50 mètres des écoles et lieux culturels et sportifs, ainsi que dans l’hypercentre de Bordeaux. 

Le régime propre à l’agglomération de Bordeaux reste aussi le même jusqu’à nouvel ordre : fermeture des bars et du service bar des restaurants à 22 heures, consommation d’alcool interdite sur la voie publique, ainsi que la vente d’alcool à emporter entre 22 heures et 8 heures. D’autres mesures, enfin, portent sur les salles de sport. 

La Gironde en sursis? 

Hier, le nouveau directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS), Benoît Elleboode, et le préfet délégué à la sécurité, Martin Guespereau, se sont rendus au siège de Bordeaux Métropole pour un point sur l’épidémie. 

Selon le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, « il y a une dégradation en Gironde, mais lente. Les écarts se comblent entre la campagne et l’agglomération. La situation se dégrade donc dans le hors-Métropole. Il faut être plus vigilants que jamais si nous voulons éviter le couvre-feu. La Gironde est pour l’instant une sorte d’exception, mais cela ne durera pas forcément. J’appelle tout un chacun à redoubler de vigilance ». 

Lors de cette réunion, le directeur général de l’ARS a confirmé que les endroits les plus dangereux restent ceux de la « bulle sociale » : rassemblements familiaux, lieux privés, etc., où un trop grand nombre de personnes sont en contact. Il a également insisté sur la dégradation qui frappe, quelle que soit la catégorie d’âge : les plus de 65 ans, mais aussi des enfants. 

«On peut y échapper» 

Président de Bordeaux Métropole et maire PS de Mérignac, Alain Anziani estime que « la Gironde et Bordeaux peuvent faire l’objet d’un couvre-feu si chacun ne fait pas assez attention ». « Lors de cette réunion, un grand appel à la vigilance a été lancé, a-t-il insisté. Il y a de nouveaux clusters chaque semaine. Les maires ont un rôle à jouer, en expliquant à leurs administrés l’importance du respect des mesures sanitaires. Le couvre-feu ne dépend pas que de nous, il est décrété au niveau du gouvernement. Il dépend des chiffres, de l’accélération de la courbe de contamination, ainsi que du nombre de lits disponibles à l’hôpital. Si la situation continue de se dégrader autour de nous, la Gironde y viendra. Mais si l’on fait preuve d’une très grande discipline, on peut y échapper.»