Sud-Ouest du 25 septembre 2020 

Une déferlante de restrictions et de contestations 

COVID-19 Les mesures annoncées mercredi pour une dizaine de métropoles ont suscité hier une vague de protestations. De leur côté, les autorités sanitaires font part de projections alarmantes

2020 09 25 restrictionsL’annonce de la fermeture des bars à 22 heures, notamment à Bordeaux, a fait vivement réagir. PHOTO FABIEN COTTERAU/« SUD OUEST » 

La gestion de la crise sanitaire est entrée hier dans une phase politiquement très délicate. Depuis le début de l’épidémie, une certaine unité nationale prévalait. Les élus de tous bords se montraient prudents dans leurs critiques, de peur, sans doute, d’être rattrapés, en cas d’explosion du nombre de morts, par des déclarations hasardeuses. Les mesures de sécurité sanitaire recueillaient l’assentiment d’une large majorité de l’opinion publique. Y compris le confinement, approuvé par 90 % de la population en mars, et encore par 78 % dans la dernière semaine d’avril (1). 

Bronca à Marseille 

Fin du consensus mercredi soir. Les annonces d’Olivier Véran ont immédiatement provoqué un tollé, sur les réseaux sociaux, dans les secteurs d’activité les plus pénalisés : salles de sport, restaurants, bars… Hier, les réactions politiques, souvent aigres, se sont multipliées. Dans les collectivités concernées d’abord, ce qui risque de contrarier la stratégie de reconnexion avec les territoires amorcée par Emmanuel Macron. Accueil glacial de la maire PS de Paris, Anne Hidalgo. Elle a jugé que la fermeture des bars à 22 heures et des salles de sport dans la capitale étaient «difficiles à comprendre». La présidente ex-LR de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a déploré n’avoir «pas été associée à la décision la plus douloureuse pour notre tissu économique, qui est la fermeture des bars à partir de 22 heures». Bronca à Marseille, « zone d’alerte maximale », aussi bien dans l’équipe municipale de gauche, conduite par Michèle Rubirola, que chez les élus de droite Renaud Muselier, Martine Vassal… 

Au plan national, des représentants d’EELV, des Insoumis ou du Rassemblement national ont principalement ciblé, dans leurs critiques, le « manque de concertation». 

« Concerter ne veut pas dire forcément tomber d’accord. À un moment, le principe de responsabilité doit primer», a répondu hier matin, au Sénat, Olivier Véran. Le ministre de la Santé a dit avoir échangé avec les maires de plusieurs grandes villes (Montpellier, Toulouse, Lille, Rennes, SaintÉtienne…) mercredi, entre les prises de décision en Conseil de défense et leur annonce, en leur précisant « qu’une concertation était prévue avec le préfet pendant quarante-huit heures, pour adapter les mesures propres à chaque territoire». 

Le spectre d’un reconfinement 

Il avait fait part, la veille, des données qui inquiètent les autorités sanitaires. Le taux de positivité des tests (nombre de cas positifs sur 100 personnes testées), continue de progresser, s’établissant désormais à 6 %. « La part des patients Covid dans les réanimations a commencé à réaugmenter et atteint 19 % au niveau national», avait -il indiqué. Pour l’Ile-de-France, «au rythme actuel […], on peut s’attendre à ce que 40 % des capacités régionales de réanimation soient utilisées pour des patients Covid au 10 octobre, 60 % le 25octobre, et 85 % aux alentours du 11 novembre». 

Il a reçu hier matin le soutien de Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon à Paris, invité de RMC. «Je suis très préoccupé, non seulement par les chiffres, mais aussi par ce que je vois sur le terrain. Je travaille dans un service qui s’est vite rempli ces derniers jours.» Les restrictions annoncées mercredi soir sont, à ses yeux, des «mesures de guerre», nécessaires pour éviter un reconfinement et un retour à «la situation de mars-avril». 

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Sud-Ouest du 25 septembre 2020

D’une vague à l’autre 

COVID-19 Les leçons de la première vague ont permis de mieux anticiper la seconde. Mais la crise s’éternise et de nouveaux problèmes émergent

2020 09 25 vague

Depuis cet été, tous les indicateurs se dégradent de façon régulière en France. Mais pour l’heure, on est encore loin des niveaux atteints au pic de l’épidémie, en mars-avril. Grâce aux leçons tirées lors de la première vague, les professionnels de santé ont mieux anticipé la seconde. Malgré tout, de nouveaux problèmes émergent. 

1 Après la sidération, une meilleure anticipation 

«La première vague était très aiguë et très inattendue », explique Étienne Minvielle, directeur de recherche au CNRS, professeur à Polytechnique et co-auteur du rapport «Comment le système hospitalier a résisté à la crise du Covid-19 ». Inattendue, vraiment ? «On avait l’information, que ce soit avec la Chine ou l’Italie. Mais vous pouvez avoir des signaux en face de vous et ne pas y croire. C’est ce qui s’est passé lors de la première vague, c’est pourquoi le système a mis du temps à réaliser l’ampleur du problème.» 

Si l’on manque encore de recul sur la deuxième vague, une chose est sûre, cette fois, l’anticipation est le maître-mot. « Les gens sont mieux préparés dans les têtes », estime Étienne Minvielle. Mais pas seulement. « Le plan blanc permettant d’accueillir plus de patients en réanimation a déjà été réactivé dans certains hôpitaux, les cellules de crise sont en place 

2 Une meilleure prise en charge des cas graves 

« La deuxième différence entre les deux vagues, ce sont les leçons qui ont été tirées de la première », ajoute le chercheur. Approvisionnement en masques, campagnes massives de tests, ouverture des lits en réanimation, recours à la télémédecine, meilleure coopération: la mécanique est bien mieux huilée. 

La prise en charge des patients souffrant d’une forme sévère du Covid-19 a aussi évolué. Il y a quelques mois, ils étaient intubés, sédatés et placés sous assistance respiratoire avec tous les risques de complications que cela comporte. Les soignants recourent désormais à l’oxygénothérapie à haut débit, un protocole moins invasif qui permet aux patients de quitter plus rapidement les services de réanimation. Au CHU de Bordeaux, ils se voient également administrer un triptyque thérapeutique, « corticoïdes, anticoagulant et antiviral», qui semble jusqu’ici donner des résultats plutôt prometteurs et faire baisser le taux de mortalité. 

3 Des patients plus jeunes (pour l’instant) 

Autre différence majeure: le début de cette deuxième vague a été porté principalement par les populations plus jeunes (et moins à risque), plus exactement les 15- 44 ans. Début septembre, c’est dans cette tranche d’âge que le taux d’incidence (nombre de cas pour 100 000 habitants) était le plus haut (137). S’il est vrai que le virus circule majoritairement chez les jeunes adultes, les chiffres montrent que le taux d’incidence augmente non seulement dans toutes les classes d’âge, mais aussi que cette hausse est la plus importante chez les 75 ans et plus (+45%). 

Une tendance sur laquelle alertait le 18 septembre dernier dans « Sud Ouest» le Dr Olivier Guisset, responsable du service réanimation de l’hôpital Saint-André, à Bordeaux. « On a vu réapparaître des patients de 45-50 ans entre le 15juillet et le 15août, ceux-là ne restaient pas longtemps. Aujourd’hui, on retrouve des personnes plus âgées et des situations plus critiques 

4 Quel arbitrage entre Covid et non-Covid? 

« De nouveaux problèmes apparaissent aussi avec cette deuxième vague», prévient Étienne Minvielle. À commencer par le délicat arbitrage entre Covid et non Covid. « C’est un sujet de tension car au moment où les activités chirurgicales commencent à reprendre leur vitesse de croisière, vient déjà se poser la question de leur déprogrammation», souffle-t-il, alors que la direction de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a annoncé hier le report de 20 % des opérations à compter de ce weekend. 

«Autre sujet de tension: où doit-on placer les priorités ? s’interroge le chercheur. Par exemple, une étude a montré une surmortalité de 2 à 5 % en cancérologie liée à la crise du coronavirus. Alors comment fait-on la priorité entre un malade du Covid qui n’a pas de cancer et un malade en cancérologie qui ne souffre pas du Covid? » 

5 Une diffusion beaucoup plus large du virus 

Va également se poser la question de la coopération face à un virus dont la diffusion est plus large qu’au printemps. « Toutes les régions sont concernées, il n’y a donc pas cette fois la possibilité de répartir des soignants de certaines régions dans d’autres où la situation est plus sensible », explique Étienne Minvielle. 

D’autant qu’entre ceux qui peuvent enfin prendre leurs vacances, ceux qui ont contracté le Covid, ceux dont les enfants sont malades ou dont les écoles sont fermées, «il y a un problème d’absences chroniques », analyse le chercheur. « Or les besoins en personnel sont différents de ceux de la première vague.» 

« Nous sommes ici sur du long cours. Il va donc y avoir un très grand besoin de manager les équipes, non pas avec une logique de productivité, de rentabilité, mais avec solidarité, pour qu’elles puissent tenir le plus longtemps possible dans un contexte qui s’annonce très difficile.»

Sud-Ouest du 25 septembre 2020 

« Les transmetteurs du virus » sont ciblés 

Le membre du conseil scientifique national a découvert la « décision politique » de placer la Gironde en alerte renforcée, en même temps que tout le monde

2020 09 25 transmetteurs

 

« Le fait qu’à Bordeaux, les cafés-restaurants doivent fermer à 22 heures, les salles de sports etc, m’a étonné. » Le professeur Denis Malvy est a priori aux premières loges des décisions politiques, puisqu’il est membre du Conseil scientifique national depuis le début de la pandémie. Infectiologue, chef du service «maladies infectieuses » au CHU de Bordeaux, nous l’avons interrogé ce matin, suite à la déclaration du ministre de la Santé hier, Olivier Véran, à propos de la décision de placer la Gironde en « alerte renforcée ». 

Étiez-vous au courant de cette décision ? Comment l’expliquez-vous ? 

Non, j’ai découvert ça, en même temps que vous. Une décision purement politique. Si je l’interprète, elle a pour but de discriminer les régions, en créant des nuances de rouge. Marseille et Aix très rouge, Bordeaux un peu moins, etc. Le fait qu’à Bordeaux, les cafés doivent fermer à 22 heures, les salles de sports etc., m’a étonné. Le grand public est sans doute surpris parce que les chiffres de la contamination sont stabilisés, mais il existe toujours un décalage d’une semaine, voire dix jours par rapport aux mesures prises. Cette stabilisation est fragile pour l’instant. Le taux de positivité qui passe en une semaine de 8,3% à 7,5% est juste une tendance… 

Cette décision politique est-elle liée à une situation critique dans les hôpitaux ? 

Je ne pense pas. Au CHU, nous nous sommes préparés en amont à une éventuelle reprise épidémique. Un plan a été mis en place dès le mois de juin, avec les cliniques privées pour distribuer les patients en cas de forte augmentation d’hospitalisation. La situation n’est pas critique, elle est gérée avec calme. 

Nous accueillons des malades Covid dans tous les services, car nous connaissons désormais parfaitement les modes de transmission, et les méthodes de protection. Nous avons encore de la marge. Des hôpitaux en France ont déjà instauré des plans blancs, c’est-à-dire une déprogrammation des prises en charge hors-Covid. Il n’en est pas question ici. 

Le conseil scientifique a-t-il été consulté par rapport à ce changement de doctrine ? 

Déjà, le rôle du conseil scientifique est de fournir au gouvernement des informations en temps réel, purement scientifiques, sans faire de prédiction et de les actualiser en permanence. Nous sommes indépendants, on travaille, on fait des propositions. Nous travaillons en totale transparence, puisque nos différents points sont publiés et ouverts à la lecture de tout un chacun. 

La mise en route des décisions ne nous appartient pas vraiment. Ce que je décrypte c’est qu’il existe des leviers d’action pour le gouvernement. Deux doctrines : agir sur les transmetteurs du virus et, ou, réduire le risque de l’évolution critique, notamment sur les personnes âgées et vulnérables.

Il est clair que le gouvernement a choisi d’agir en priorité sur les transmetteurs avec cette dernière décision de fermer les bars, restaurants et salles de gym.

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