Sud-Ouest du 8 septembre 2020 

Planter de la forêt pour piéger du CO2 

DONNEZAC (33) Un propriétaire a planté des arbres pour compenser les émissions de carbone d’un établissement d’enseignement supérieur. L’engagement porte sur trente ans

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C’est à la sortie du bourg de Donnezac, en face d’un bois de pins maritimes. Au bord d’une petite route, le paysage est hérissé de lignes de pochons d’où émergent timidement des rameaux de robiniers faux-acacias. Les jeunes pousses glissent timidement une feuille hors du fourreau qui les protège de la gloutonnerie des chevreuils, à la manière d’un bébé kangourou qui risquerait une oreille dehors. 

Ces jeunes arbres ont été plantés en mars, juste avant le confinement. Ils occupent une parcelle d’un peu plus d’un hectare et demi, avec une densité de 1 250 tiges à l’hectare. Ils ont plus ou moins profité de cette parenthèse silencieuse de 55 jours. À l’opposé du chemin d’accès, certains plants dépassent déjà les deux mètres. Les plus proches doivent se débrouiller sur un sol plus chiche en eau. «On a eu très peu de mortalité causée par la sécheresse », se réjouit Claude Capdeville, le père du propriétaire en titre, Hervé. 

Sur ce territoire boisé de multiples essences aux confins de la Gironde et de la Charente-Maritime s’esquisse un début de solution contre l’accélération du réchauffement climatique. Du moins une initiative concrète et locale, loin du brouhaha incantatoire des conférences internationales sur le thème. 

Les robiniers d’Hervé Capdeville ont été mis en terre pour compenser les émissions de carbone de l’IAE, un établissement public d’enseignement supérieur à Paris (lire ci-dessous). La croissance des arbres permettra de séquestrer des centaines de tonnes de carbone pompées dans l’atmosphère. On procédera probablement à deux éclaircies, puis à une coupe à 45ans. 

Selon les prévisions du Centre régional de la propriété forestière (CRPF) Nouvelle-Aquitaine, le gain équivaudra à 300 tonnes de carbone additionnelles au bout de trente ans. Le chiffre représente l’écart entre le carbone capté par la plantation de robiniers et celui qui aurait correspondu à l’évolution normale de la friche agricole. « C’était une prairie. Autrefois, il y avait des troupeaux ici. Mais il n’y a plus aucun éleveur laitier à Donnezac, c’est fini. On n’avait plus vraiment l’usage d’un tel pré», raconte Claude Capdeville. 

L’opération est labellisée 

Le calcul rigoureux de cette addition par le CRPF permet à l’opération d’être labellisée. Elle bénéficie de l’estampille «bas carbone», délivrée depuis peu par le ministère de la Transition écologique (lire ci-dessous). «Au départ, le propriétaire a été aidé à 80% par l’IAE (1). En contrepartie, il s’est engagé sur trente ans. Le robinier est un excellent bois avec lequel on peut faire des piquets, du caillebotis mais aussi des parquets. Pour deux fois moins cher, il remplace le teck que l’on importe. En plus, c’est un feuillu qui bonifie l’environnement et fertilise le sol», détaille Henri Husson, le directeur-adjoint du CRPF, en charge du dossier « carbone » au sein de cet organisme expert qui conseille les propriétaires privés. 

Non loin de là, deux autres parcelles nues appartenant à Hervé Capdeville entrent dans le même dispositif. L’une a été plantée sur un peu moins d’un hectare avec du pin taeda, une essence d’origine américaine à fort potentiel de croissance. Les mois d’été ont profité aux résineux mais aussi au liseron, dont il faut entraver l’appétit pour qu’il n’étouffe pas les jeunes plants. En lisière, un bouquet de chênes, de châtaigniers, de trembles et d’aulnes glutineux a été conservé. 

«Un coureur de fond» 

L’autre parcelle, d’un demi-hectare, est composée de pins laricio, une essence dont la croissance démarre doucement avant l’envol vers le ciel bleu. « C’est un coureur de fond. Il donne de très beaux arbres, plus droits que le pin maritime. On peut s’en servir en ébénisterie, plus largement comme un bois décoratif», indique Henri Husson. Le taeda et le laricio doivent respectivement stocker sur trente ans 51 tonnes et 63 tonnes de carbone de plus que la normale. Là aussi, il faudra faire de l’entretien mécanique sur le terrain pour que les plants ne perdent pas la compétition pour l’eau et la lumière. Puis ils émergeront seuls de la mêlée des adventices avant de nécessaires éclaircies. En clair, la gestion sylvicole des trois parcelles ne va pas prendre une tournure particulière qui serait liée au label bas carbone. Au bout du processus, le propriétaire aura rentabilisé sa forêt comme il l’aurait fait d’une autre parcelle. 

« C’est du gagnant-gagnant», résume Henri Husson, qui espère que de nombreux propriétaires forestiers pourront tirer parti de ce mécanisme qui n’en est qu’à ses balbutiements. En Gironde, le projet de Donnezac est le premier à être labellisé bas carbone en compagnie d’un autre, à Landiras et à Saint-Michel de Rieufret, deux communes voisines proches de Langon – il est également contractualisé par l’IAE. Trois autres projets labellisés ont éclos en Dordogne. 

Quant aux émissions de gaz à effet de serre occasionnées par le G7, le sommet international qui s’est tenu en août 2019 à Biarritz, elles devraient être majoritairement compensées dans la forêt basque. 

  1. Les surcoûts restent à la charge du propriétaire

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2020 09 08 SO Des arbres pour compenser l'avion