Sud-Ouest du 19 août 2020 

Le masque pousse la porte de l’entreprise 

COVID-19 En complément des mesures existantes, l’État compte imposer le port du masque d’ici la rentrée dans tous les lieux collectifs clos, y compris les « open spaces » des entreprises

2020 08 19 le masqueLe contrôle de l’obligation, notamment dans les très petites entreprises (TPE), reste à définir. PHOTO PQR/LA VOIX DU NORD 

L’affaire n’a pas traîné. Quatre jours après la mise en ligne d’un avis sur le thème du Haut conseil de la santé publique (HCSP), le gouvernement a fait part hier aux partenaires sociaux de son intention de généraliser le port du masque dans tous les lieux collectifs clos. 

Dans le processus de reprise graduelle post-confinement, le port du masque avait été prescrit dans les bars et les restaurants (quand les clients se déplacent à l’intérieur des établissements) ainsi que dans des bâtiments publics comme les bibliothèques municipales. Depuis le 20 juillet, date de la mise en œuvre d’un nouveau décret, l’obligation avait été étendue aux commerces, aux centres commerciaux, aux administrations, aux banques et aux marchés couverts. 

«Il est nécessaire de systématiser le port du masque dans tous les espaces de travail qui sont clos et partagés », a indiqué hier Élisabeth Borne, la ministre du Travail, en citant les salles de réunion, les couloirs, les vestiaires et les open spaces – les plateaux où les postes de travail sont disposés sans séparation physique étanche. En clair, hormis dans les bureaux individuels fermés, le masque devrait rapidement faire partie de la panoplie vestimentaire sur le lieu de travail – et dans les locaux associatifs. Si rien ne vient bousculer ces certitudes dans les prochains jours, la mesure entrera en application au 1erseptembre au plus tard. 

Une obligation légale 

Pour une bonne part des salariés, ce tour de vis supplémentaire ne va rien changer. Le port du masque était déjà préconisé en lieu clos quand le mètre de distance entre deux personnes ne pouvait pas être respecté. Nombre d’entreprises le demandaient à leur personnel. Mais le libre choix leur étant laissé, elles pouvaient aussi ne pas tenir compte de la recommandation gouvernementale. La mesure va maintenant tenir de l’obligation légale. Elle sera insérée dans un protocole national pour assurer «la santé et la sécurité des travailleurs en période de Covid-19», selon les termes du ministère du Travail. 

Reste à savoir comment elle sera contrôlée, notamment dans les très petites entreprises (TPE) où des équipes réduites peuvent s’entendre pour tomber le masque. Dans ce pays, on n’envoie pas (encore) les policiers sonner aux portes pour vérifier que les nez sont couverts dans des locaux privés… 

Pas d’oppositions franches 

Réunis en visioconférence, les partenaires sociaux ne s’attendaient pas forcément à un tel régime. Le week-end dernier, Élisabeth Borne s’était montrée moins affirmative dans un entretien accordé au «JDD». Du côté des représentants patronaux, l’heure n’est pas au ravissement. Le Medef espère que cette « contrainte supplémentaire » sera temporaire. La Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) est plus philosophe. La décision gouvernementale apparaît « claire et pas insurmontable ». Les syndicats de salariés sont eux aussi mi-chèvre mi-chou. Si la CFDT se montre satisfaite, la CGT réclame également des mesures sur les organisations de travail pour réduire les risques. 

En tous les cas, Élisabeth Borne ne fait pas face à des oppositions franches. Il était intellectuellement difficile de justifier le maintien de deux régimes distincts – l’un pour les lieux qui accueillent du public, l’autre pour les lieux collectifs privés – alors que le risque encouru est similaire. La menace d’une reprise épidémique, encore très faible dans les statistiques hospitalières, a également pesé dans le choix gouvernemental. Début août, 24 % des foyers identifiés de transmission du Covid-19 (les fameux clusters) renvoyaient à des situations professionnelles. 

En l’absence de mesures préventives, une augmentation du nombre de malades suite à des contaminations au travail aurait mis le pouvoir dans l’embarras. Car le Haut conseil de la santé publique a rendu des conclusions sans ambiguïté. Au vu des études scientifiques qui se sont intéressées à la transmission par aérosols, c’est-à-dire par des particules en suspension, il recommande fermement le port du masque « grand public, de préférence en tissu réutilisable » dans tous les lieux collectifs clos. Il s’appuie sur la position exprimée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le mois dernier. Et il rappelle le problème que peut poser « une ventilation absente, inappropriée ou inefficace » , dans des locaux fermés.

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