Sud-Ouest du 1er août 2020 

Après le feu, le poumon vert d’Anglet aura besoin de temps 

CÔTE BASQUE Photographie de la cité balnéaire deux jours après l’incendie qui a ravagé la forêt de Chiberta. Au-delà de l’enquête de police, il est aussi question de penser le reboisement

2020 08 01 Après le feu

 

Forêt des villas cossues et des célébrités, Chiberta est aussi et surtout un havre de paix pour les habitants de l’agglomération bayonnaise, le BAB. La respiration d’Anglet, dans cette urbanité au souffle coupé jeudi soir. « J’étais à l’intérieur quand j’ai entendu de l’agitation, raconte Pierre, dont l’habitation, en retrait du boulevard des Plages, est restée intacte. Les pompiers nous ont demandé de partir. Nous nous sommes rendus à la Barre avec quelques affaires. C’était une mauvaise idée : les flammes ont traversé la route. Nous avons longé la plage jusqu’à la Chambre d’Amour, où des amis sont venus nous chercher. On a eu chaud.» 

Au sens propre, l’air était brûlant, et l’atmosphère lourde. Or jeudi soir, l’orage a malheureusement snobé la Côte basque, pourtant encline aux pluies régulières. Certes, quelques gouttelettes sont tombées sur Anglet, mais trop espacées, trop fines, elles ne pouvaient rien face au brasier de Chiberta, dont l’origine reste indéterminée. 

De très gros dégâts 

Conduite par la police judiciaire de Bayonne, l’enquête ne dit rien pour l’instant, ce qui n’empêche pas la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, de rappeler la conduite à tenir en forêt. 

Face à la triste actualité angloye, toutefois épargnée par la perte de vies humaines, la ministre rappelait hier que « 90 % des incendies étaient d’origine humaine » et en appelait aux « mesures de bon sens » pour limiter les risques. 

La secrétaire d’État à la biodiversité, Bérangère Abba, s’est également exprimée à ce sujet. Hier, elle a visité le poste de commandement installé au stade Orok Bat, collé à la forêt angloye encore fumante. Idéal pour mieux comprendre les opérations menées depuis la veille. 

Les 145 pompiers, mobilisés jour et nuit, étaient ici épaulés par plusieurs avions bombardeurs d’eau. Jamais ils n’avaient affronté pareil feu. Et jamais les habitants du BAB n’avaient assisté à un tel spectacle, immense champignon d’épaisses volutes oranges le soir, devenu amas de poussières et de désolation vendredi matin, tandis que la terre fumait encore. De la plage de la Barre jusqu’au cœur de Chiberta, la pinède en feu a touché onze maisons, dont cinq inhabitables. Cent hectares (sur 240 de forêt) sont carbonisés et 65 autres sont des terres plus urbaines. 

« C’est l’histoire de notre vie, explique le maire Claude Olive, très ému. Il n’y a pas de centre-ville à Anglet, mais un poumon vert qui faisait envie à tout le monde.» Le bâtiment du parc écologique Izadia est détruit, comme l’accrobranche, juste en face. Personnels et chevaux du centre hippique, eux, ont pu décamper. 

«Claude Olive et les élus d’Anglet peuvent compter sur notre solidarité, notre soutien, annonce le président de l’Agglomération basque, Jean-René Etchegaray. Ce drame a eu des conséquences importantes. Pas sur les vies humaines, heureusement. Mais les dégâts matériels sont énormes, pour l’écologie, pour l’environnement […]. Il faut maintenant mettre en œuvre tous les moyens pour permettre à ce site de recouvrer son identité.» 

L’ONF à l’écoute 

Si le coût des dégâts n’est pas encore chiffré, la marche à suivre, elle, est à peu près connue. «Il faudra identifier les zones dangereuses persistantes, puis les traiter», indique Antoine Oberlé, responsable de l’unité de Bayonne à l’Office national des forêts. En d’autres termes, les bûcherons ne tarderont pas à prendre le relais des pompiers afin d’abattre les arbres trop asphyxiés pour survivre longtemps. « Certaines cimes, à 10 ou 12 mètres, semblent épargnées, mais la chaleur a circulé dans plusieurs arbres, qui vont pourrir», reprend le spécialiste. 

Dresser l’état des lieux, nettoyer les sols et laisser germer, couper… Et pourquoi pas replanter, « pour choisir une essence d’arbre adaptée au changement climatique ». L’ONF sait qu’elle devra travailler main dans la main avec la collectivité, très attentive au sous-étage de Chiberta, particulièrement inflammable. Mais les options qu’elle présentera et les choix retenus attendront : l’heure est encore au nettoyage.