2020 07 29 SO Landes girondines sous suveillance

Sud-Ouest du 29 juillet 2020 

La menace d’une deuxième vague

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2020 07 29 menace 3Le feu va couver pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Attention, la canicule va augmenter les risques de reprise. PHOTO A.D

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INCENDIE EN SUD-GIRONDE « Le feu est maîtrisé », assurent les pompiers mobilisés depuis lundi. Mais attention, le feu va couver pendant plusieurs jours. Le risque passe en vigilance orange avec l’arrivée des grosses chaleurs cette semaine

2020 07 29 menaceLa vue aérienne a été prise lundi après-midi au plus fort de l’incendie par le Sdis 33. PHOTO D. VERNOUX 

L’incendie a frappé la forêt des Landes de Gascogne dans le Sud-Gironde. Près de 300 hectares (295 précisément) sont partis en fumée entre lundi et mardi. 

Un feu maîtrisé ? 

La situation était critique lundi vers 18 heures. Mais le renfort aérien des deux Canadair et des deux Dash a permis de garder la situation sous contrôle. La nuit de lundi à mardi a été longue pour les 100 soldats du feu mobilisés. Mardi matin, les responsables du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis33) ont estimé que le feu était «fixé » malgré une progression de 50 hectares dans la nuit. Il a été officiellement maîtrisé vers 18 heures mardi. 

Combien de pompiers ? 

Lundi en journée, 200 pompiers de toute l’Aquitaine sont intervenus sur Le Tuzan, Louchats et SaintSymphorien. Ils étaient une centaine dans la nuit de lundi à mardi et 150 hier. 70 soldats du feu devaient assurer la garde dans la nuit de mardi à mercredi. Quatre pompiers ont été blessés la première journée. «Des coups de chaud sans gravité », rassure l’état-major. 

Quels moyens matériels ? 

Le Sdis 33 a déployé la grosse artillerie pour le premier gros feu de forêt de l’année: hélicoptère, avions, chenillettes, camion-citerne de grande capacité, etc. Deux véhicules ont été détruits par les flammes. Certains ont déjanté à cause de la difficulté d’accès de certaines parcelles. 

Quelle est la cause ? 

L’hypothèse du mégot de cigarette jeté au bord de la départementale3, entre Le Tuzan et Hostens, revient en boucle. Le verdict des enquêteurs n’est pas tombé. La piste criminelle n’est pas privilégiée. Plusieurs témoins indirects ont été interrogés. Personne n’est suspecté d’avoir agi volontairement ou inconsciemment à ce stade. Seules certitudes : la végétation était très dense suite aux inondations de mai et la sécheresse s’est installée depuis plusieurs jours. Des conditions naturelles idéales pour un début de brasier. 

Quels dégâts ? 

Aucun habitant n’a été blessé par le feu ou la fumée ces deux derniers jours. Des haies ou des arbres ont brûlé dans les jardins mais toutes les maisons ont été protégées. Mission accomplie malgré la violence et la taille de l’incendie. Certains propriétaires estiment que des hectares de forêt auraient pu être épargnés en intervenant différemment. 

Et maintenant ? 

Une réunion est organisée ce mercredi à 9 heures à la mairie de Le Tuzan pour établir une stratégie de défense pour les prochains jours. Les pompiers resteront sur le site au moins jusqu’à mercredi soir. Les forces vives des associations de Défense des forêts contre les incendies (DFCI) prendront le relais dans la foulée. Mais ces dernières devraient demander une présence professionnelle en raison du contexte: le thermomètre va grimper dans les prochains jours. « Sans pluie, le feu va couver pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines. La situation est critique », brandit un propriétaire terrien local. Pompiers, forestiers, élus: tous sont unanimes. La menace d’une deuxième vague est réelle. 

Nouvelles mesures ? 

La préfecture de Région a relevé le seuil de vigilance en raison des prévisions météo. Des températures supérieures à 40° sont annoncées jeudi. Le niveau de vigilance «feu de forêt » passe à l’orange en Gironde, Landes et Lot-et-Garonne (3 sur 5) à partir de mercredi, et ce, pour une durée minimum de cinq jours. La circulation et le stationnement des véhicules à moteur seront interdits entre 14 et 22 heures sur les pistes forestières. Les activités d’exploitation forestière seront interdites l’après-midi. Il est interdit d’utiliser du feu ou de fumer dans les bois ou de procéder à des incinérations de déchets verts. Les feux d’artifice ou de bivouac sont également prohibés. 

Quelle solidarité ? 

Les habitants du hameau nord de Le Tuzan ont été évacués lundi après-midi. Ceux qui n’ont pas été pris en charge par leur famille ont pu se réfugier à la salle communale de Saint-Symphorien (lire ci-contre). Ils ont pu regagner leur domicile mardi soir. 

Quelle forêt touchée ? 

Il n’y a pas de forêt domaniale sur cette partie des Landes de Gascogne. Les 300 hectares brûlés appartiennent à une cinquantaine de particuliers. La taille de propriétés varie de 1 à 70 hectares. Les pins étaient globalement jeunes, moins de 15 ans pour la plupart. Le préjudice financier est réel pour les propriétaires, «de 150 à 200 euros par an et par hectares », chiffre l’un d’entre eux. Exemple pour une parcelle de 10 hectares couverte de pins de 10 ans : jusqu’à 20 000€ de perte. La majorité des parcelles touchées n’était pas assurée. Certains arbres seront quand même transformés en pâte à papier. Il n’y avait pas de palombière sur le périmètre des 300 hectares incendiés. 

Quid du parc solaire ? 

Le feu a pénétré dans le parc de 73 hectares de panneaux photovoltaïque à Saint-Symphorien. Selon les premières constatations, seule l’herbe a brûlé. La première centrale a été relancée mardi. Des tests doivent être effectués sur la seconde.

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Sud-Ouest du 29 juillet 2020 

Le chat, le chien, les poules et les carpes géantes

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« Hors de question d’évacuer ! Je ne partirai pas sans mon chien et mes chats », hurle cette habitante du quartier Janthieu à Le Tuzan. La maire de ce village de 280 habitants, Christiane Benich, ne parvient pas à raisonner cette villageoise paniquée. Il est 18 heures lundi 27 juillet, et le vent pousse la fumée vers les habitations. 

«Ne reste pas là, tes animaux ne risquent rien dans la maison. Vas te mettre à l’abri dans la salle communale de Saint-Symphorien », insiste l’édile. Les exhortations de l’élue n’y feront rien. 

Environ 50 habitants du quartier sont concernés par l’évacuation préventive. Certains rejoignent leur famille dans les villages voisins. D’autres filent vers la salle communale de Saint-Symphorien où la Croix-Rouge a dressé des tables et des lits de camp pour la nuit. Sébastien Benich, le fils de la maire, fait partie du lot. 

Au menu ce lundi soir : salade piémontaise, taboulé, jambon et vin rouge. « Le patron de l’Intermarché de Saint-Symphorien a relancé le four à pain juste avant la fermeture du magasin pour nous. C’est sympa, on sent qu’il y a une vraie solidarité », remercie cet habitant de Le Tuzan. La boulangerie Cendre offrira des chocolatines aux «naufragés » le lendemain. 

«Mal au cœur» 

Sébastien est venu en famille, avec ses neveux. Il n’a pas oublié la caisse avec les chats. À l’intérieur: Rem, Katsumi et Virus : « Par contre, j’ai laissé les chèvres et les 40 poules. J’ai mal au cœur », s’inquiète-t-il avant de se justifier: «Ce n’est pas qu’affectif. On fabrique le fromage et on mange les œufs.» 

Lundi après-midi, Sébastien a eu peur, très peur. « J’étais chez mon voisin, dans le jardin. On a entendu le feu débarquer. Quel boucan! Le bruit des broussailles qui crépitent, c’est impressionnant.» 

Il est 1 heure du matin, dans la nuit de lundi à mardi. Une dizaine d’utilitaires immatriculés en Hollande, Allemagne et Angleterre débarquent. Les conducteurs veulent dormir dans la salle communale de Saint-Symphorien. « Ce sont des pêcheurs de carpe. Ils étaient autour du lac de Curton (Louchats) quand les pompiers leur ont demandé d’évacuer», résume le propriétaire du lac privé. Les amateurs de poissons d’eau douce géants philosophent en donnant leur identité à la secouriste de la Croix-Rouge : « Shit happens » («les merdes, ça arrive »). 

Pour prouver aux autorités qu’ils étaient bien en train de passer un séjour sur un des plus beaux spots de pêche à la carpe d’Europe, ils dégainent leur téléphone : «Celle-là fait 25 kilos, je l’ai pêchée dimanche avant de la relâcher dans le lac », se vante cet amateur du no-kill venu de Rotterdam. 

En tout, ils sont une petite vingtaine à avoir passé la nuit dans la salle des fêtes de Saint-Symphorien. «Je n’avais jamais vécu cette situation», s’étonne le maire Bruno Gardère : « La dernière fois que nous avons ouvert la salle en urgence, c’était pendant la tempête de 1999. Nous avions entreposé les congélateurs.»

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