Sud-Ouest du 26 juillet 2020 

2020 07 26 SO Incendie de forêts la vigilance s'impose

Sécheresse : la forêt sous haute surveillance 

LANDES DE GASCOGNE Au milieu de l’été alors que la sécheresse s’installe, la forêt est plus que jamais exposée aux incendies. Exemple près de Bordeaux, à Saint-Jean-d’Illac

2020 07 26 incendie de forêtsPatrouille de reconnaissance de terrain menée par les pompiers de la caserne de Saint-Jeand’Illac (Gironde). PHOTO CLAUDE PETIT/« SUD OUEST» 

La terre est encore chaude. Malgré les 14000 litres d’eau déversés la veille sur cette surface d’à peine 1 500 mètres carrés qui a brûlé à proximité d’une décharge sauvage près de Saint-Jean-d’Illac. Ce vendredi matin, l’adjudant David Coutures démarre sa patrouille quotidienne en forêt par ce site. Des fumerons s’échappent encore de la terre. «C’est très sec», relève le pompier. Le feu que l’on croyait éteint peut couver dans la tourbe, puis repartir en quelques heures. Le sapeur renverse une motte de terre fumante d’un coup de botte. Dans quelques minutes une équipe de l’Association régionale de défense des forêts contre l’incendie (ou DFCI) viendra terminer le nettoyage du feu. 

Risque sévère ou modéré 

Depuis quelques semaines, comme tous les ans, la forêt des Landes de Gascogne (qui s’étale sur les départements de Gironde, des Landes et du Lot-et-Garonne) est sous haute surveillance en raison du risque incendie. Et la caserne de Saint-Jean-d’Illac, responsable de 15 000 hectares de forêt en lisière d’agglomération est aux avant-postes. «On oscille entre risque sévère et modéré », explique le capitaine Matthieu Jomain. La semaine dernière, c’était sévère. Aujourd’hui modéré. « C’est le vent qui a tourné», relève le pompier. Une spécificité girondine. «Ici le vent peut passer d’est à ouest en douze heures.» 

Une partie importante de la lutte contre les incendies se joue désormais dans la surveillance poussée du massif. Chaque matin la patrouille renseigne le centre départemental où les données sont analysées en temps réel. Comme dans tous les départements du massif, malgré des spécificités locales (par exemple les Landes ont beaucoup investi dans la surveillance vidéo, tandis que la Gironde privilégie les moyens humains via 21 tours de guet). Le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) dispose même d’un ingénieur météorologue. 

Sur le terrain, le pompier vérifie l’état des points d’eaux artificiels ou naturels. Ils maillent la forêt et doivent pouvoir servir de «station-service» en cas d’incendie. Ils sont également de bons indicateurs de l’état de sécheresse du massif. Ce point d’eau a perdu 1 m 50 depuis un mois. « Il est beaucoup trop bas », peste David Coutures. Le bassin est par ailleurs chargé de feuilles. «Si on a un gros sinistre ici, ce point d’eau ne pourra pas suffire. Il ne pourra pas charger plus de trois ou quatre moyens de lutte », analyse le capitaine Jomain. 

150 hectares ont brûlé en 2020 

Si dans le massif, les incendies graves peuvent survenir presque à toute période, les semaines qui s’annoncent pourraient être délicates. « Si on a encore quelques jours de vent avec ces températures, la végétation va très vite se dessécher», glisse le pompier. Cette année, le massif a pour l’instant été épargné par les grands feux. Un peu plus de 150 hectares ont brûlé depuis le début de l’année. Les années de grands feux, les surfaces dépassent facilement les 1 000 hectares. Ainsi en 2015, 1 229 hectares étaient partis en fumée. Dont 600 ici même à Saint-Jean-d’Illac lors d’un des plus importants incendies de la décennie dans le Sud-Ouest, qui s’était déclaré il y a tout juste cin qans, un 24 juillet. 

L’origine du feu était probablement un mégot de cigarette jeté depuis une voiture. «Plus de 80% des feux ont une origine humaine», relève Matthieu Jomain. Environ 5 % sont dus à la foudre. « Les feux d’origine humaine sont souvent plus faciles d’accès. Ceux liés à la foudre peuvent se nicher loin au cœur du massif », relève David Coutures. Chaque matin, les patrouilles vérifient également l’accessibilité de la forêt aux moyens de secours. Ici, au bout d’une piste forestière la densité d’une parcelle d’arbres anciens inquiète le pompier. Plus loin, celui-ci vérifie l’accessibilité d’un étroit chemin bordé de fossés pour les camions du Sdis. 

Puis, de retour à la caserne, les données collectées sont envoyées au centre de traitement de la Gironde où seront compilés tous les retours des casernes du département. Ce matin-là, l’adjudant Coutures estime que le secteur visité correspond au risque «modéré» mais préconise un passage en risque «sévère » le lendemain, notamment en raison de l’arrivée de touristes. Ce stade supérieur d’alerte permettrait aux pompiers de bénéficier, en fonction de la situation nationale, du positionnement de Canadair à Mérignac.

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2020 07 26 SO On est face à des feux inédits

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2020 07 26 SO Trop de fêtes sauvages en forêt