Sud-Ouest du 2 juillet 2020 

Pompiers de Gironde : une armada contre les feux de forêt

2020 07 02 une armada 2Les engins de grande puissance sont très efficaces. © Crédit photo : Photo Thierry David 

Les pompiers ont des moyens lourds en hommes et en matériel pour lutter contre les incendies. Ils étaient présentés mercredi à Biganos 

Des bulldozers prêts à entrer en action, un poste de commandement de site avec des agents et des officiers qui dirigent les opérations, des camions-citernes feu de forêt positionnés le long d’un chemin qui arrosent la cime des pins… Mercredi, les sapeurs-pompiers de la Gironde ont fait une démonstration de toute leur capacité à lutter contre les feux de forêt. 

L’exercice s’est déroulé dans la forêt, à Biganos, sous la direction de Martin Guespereau, préfet délégué pour la défense et la sécurité. Le contrôleur général Jean-Paul Décellières, directeur du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis 33), a accueilli des élus ainsi que la gendarmerie afin de détailler les moyens mis en œuvre pour l’été. « Les feux constituent une menace très sérieuse dans le département pour la population, les habitations et pour l’environnement. » 

En effet, le massif forestier des Landes de Gascogne est classé à haut risque en matière d’incendie. Et la Gironde reste un département particulièrement sensible avec un nombre important de départs de feux de forêt chaque année.

2020 07 02 une armada 3Le préfet Martin Guespereau a apprécié la démonstration des sapeurs-pompiers du SDIS33, dirigé par Jean-Paul Décellières  © Crédit photo : Photo Thierry David 

« Nous les forestiers, nous mettons en œuvre 5 000 points d’alimentation en eau et 42 000 km de pistes en Aquitaine, mentionne Bruno Lafon, président de la Défense des forêts contre l’incendie (DFCI). Le matériel des sapeurs-pompiers est en capacité de répondre à des incendies puissants. Ce sont les grands incendies qui nous font peur. Nous recensons environ 1 000 départs de feu par an. Il y a une parfaite collaboration entre la DFCI et les pompiers. » 

Des feux d’origine humaine

2020 07 02 une armada 4Mercredi au lieu dit Taudin à Biganos, lancement de la campagne de lutte contre les feux de forêts en Gironde  © Crédit photo : Photo Thierry David 

Selon les constatations des pompiers, 94 % des départs de feu sont d’origine humaine, provoqués soit par une activité économique (chantiers de BTP, travaux agricoles) ou bien par des gestes du quotidien (jets de mégots de cigarettes, barbecues ou feux de camp).

« Les populations estivales, qui arrivent et n’ont pas la connaissance et l’histoire des feux de forêt, constituent un risque. Mais il y a des gens inconscients qui continuent à jeter leur mégot. Au Canada, ils appellent cela l’arme à feu. Il y a toute une éducation à faire auprès de ces personnes qui allument des barbecues à la limite de la forêt. »

D’ores et déjà, 23 guetteurs sont en poste dans la forêt, en haut des tours, prêts à déclencher l’alerte à la moindre fumée suspecte car, en cas de départ, la mobilisation des sapeurs-pompiers doit être rapide pour être la plus efficace. 

« Juillet-août et septembre sont des mois à très grands risques », rappelle le préfet Martin Guespereau.

« L’été, on a envie de se balader dans la nature, une petite brise se lève et l’on ne se rend pas compte que c’est le jour du risque maximum. Aller dans la forêt faire la fête parce que les boîtes de nuit sont fermées et jeter un mégot de cigarette peut constituer un désastre pour la biodiversité mais aussi pour les personnes dont c’est l’outil de travail. »

Le rôle essentiel des maires

 

2020 07 02 une armada 5Mercredi au lieu dit Taudin à Biganos, lancement de la campagne de lutte contre les feux de forêts en Gironde  © Crédit photo : Photo Thierry David 

Il y a 10 000 personnes qui vivent de la forêt dans la région. Les moyens du Sdis sont conséquents. Ils sont préparés en collaboration avec les forestiers et les communes. 

« Les maires ont un rôle essentiel dans la lutte contre le feu. D’abord parce qu’ils mettent, avec le préfet, en œuvre les moyens du Sdis mais aussi parce qu’ils gèrent l’urbanisme. »

Leur collaboration reste essentielle « pour lutter contre ce mitage. Le jour où l’incendie prend avec une maison collée à la forêt, elle se retrouve piégée. Il peut y avoir potentiellement des morts. N’oublions pas ce qu’il s’est passé en Australie. On ne veut pas de cela ici. On n’imagine pas la puissance d’un feu et à quelle vitesse cela peut créer des voûtes et arriver sur des habitations ». 

Le préfet souhaite également que les maires mettent en œuvre les moyens d’incendie et de secours en lien avec la préfecture. « Par ailleurs, je leur demande, quand ils délivrent des permis de construire, de penser à ce risque incendie. Ils ne peuvent pas mettre la population en situation de se faire piéger par le feu. On doit penser aux pompiers. Le jour où il y a un feu près des maisons, ils vont se concentrer sur les habitations et pendant ce temps, la forêt va brûler. Nous devons garder les villages d’un côté, la forêt de l’autre. C’est de la responsabilité des maires. Cette année, nous savons qu’il a beaucoup plu au printemps, la végétation a poussé. Pour l’instant, elle est assez arrosée mais il suffit d’une semaine de très beau temps pour que les risques soient présents. »

La forêt des Landes de Gascogne est aussi menacée par les impacts de foudre qui représentent 6 % des incendies chaque année. En 2019, le Sdis de la Gironde est intervenu sur 506 feux pour une surface détruite de 417 hectares. 

43,5 hectares brûlés au Teich 

Trois incendies ont été particulièrement significatifs. Il s’agit, au mois de février, de 43,5 hectares brûlés dans la commune du Teich. De 68,5 hectares partis en fumée en juillet à Salles et, enfin, de 55,5 hectares brûlés en novembre dans la forêt de Mios. Mais il y a aussi eu, le 14 avril, 80 hectares brûlés dans le camp militaire de Souge. Celui-ci a nécessité l’intervention d’une vingtaine de moyens de lutte appuyés par un avion bombardier d’eau de type Dash. 

Ces dix dernières années, en Gironde, cinq incendies ont marqué l’actualité estivale avec, à chaque fois, plus de 500 hectares dévastés par les flammes. Lacanau en 2012, Captieux en 2014, Saint-Jean-d’Illac en 2015 et Cissac-Médoc en 2017 restent encore dans toutes les mémoires. 

Alors, tandis que les premiers vacanciers viennent d’arriver sur le département, il est bon de rappeler que les incinérations sont absolument interdites et que les règles les plus élémentaires sont à respecter : ne pas fumer, ne pas jeter de déchets dans la forêt et ne pas circuler sur les pistes forestières.

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