Le Parisien du 22 mai 2020 

Prévisions météo : l’été 2020 s’annonce à nouveau chaud et sec 

Va-t-on revivre le même scénario que l’an dernier, voire pire ? Les prévisions pour juin, juillet et août laissent présager de nouveaux épisodes de canicule.

2020 05 22 sécheresse 0La sécheresse pourrait toucher cet été 58 départements en métropole. REA/Jean-Claude Moschetti 

Les 30°C dépassés à Montpellier mardi 19 mai, une première si tôt dans l'année. Puis les températures ont poursuivi leur Ascension jeudi : 30,1°C à Niort ou à Angers; 30,5 °C à Paris; 31,8°C à Béziers. Sans doute un avant-goût de ce qui nous attend. Après le printemps très estival que l'on connaît en ce moment, il faut s'attendre à un nouvel été torride. 

Météo France, qui a publié ses prévisions saisonnières, anticipe sur trois mois, de juin à août, des températures plus élevées que la normale et un temps probablement bien plus sec aussi. « C'est un phénomène très régulier ces dernières années, signe du réchauffement climatique », relève Michèle Blanchard, climatologue à Météo France. Comme les trois derniers étés, retour à l'anormal donc. 

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Concernant les niveaux de pluie, les modèles n'arrivent pas à dégager de scénario pour le sud du pays. En revanche, dans le Nord, depuis la Charente jusque dans le Grand-Est, Météo France prédit un déficit « en raison des fortes pressions et l'anticyclone sur la zone britannique », explique l'experte, qui invite à la vigilance. 

La crainte d'un remake de 2019 

« De février à mi-avril, on n'a pas vu une goutte, détaille Antoine Pariset, maraîcher à Orliénas (Rhône). Les quelques jours de pluie depuis ont permis de souffler un peu mais avec l'été qu'on nous annonce… » Le paysan laisse sa phrase en suspens. Dans son département, la préfecture a placé plusieurs zones en vigilance sécheresse des mois avant l'été, comme dans l'Ain ou en Ardèche. 

Autre culture, mêmes angoisses depuis les plaines céréalières du Loiret. Sébastien Méry décrit : « La sécheresse printanière est tombée au pire moment quand les céréales réclament de l'eau. Le comble, c'est qu'à l'automne, l'implantation du colza a été très difficile à cause des excès de pluie. » L'agriculteur de Chevannes rit jaune alors qu'on redoute pour l'été 2020 un remake de l'été 2019.

L'année dernière le manque d'eau avait amené des situations catastrophiques : poissons morts flottant le ventre en l'air, prairies sans herbes, des lavandes qui grillent sur pied… Ce qui inquiète ce n'est pas tant l'absence de pluie que l'état des réserves, dans les nappes, le sol ou les rivières. D'autant plus qu'avec la chaleur de ce printemps, la végétation s'est réveillée plus tôt qu'à l'accoutumée, « vidangeant » le précieux liquide. 

58 départements en zone à risque 

Alors qu'en Outre-mer, les Antilles font face à des pénuries d'eau potable, la secrétaire d'Etat à la Transition écologique, Emmanuelle Wargon, vient pour la première fois de publier une carte des zones à risque, la sécheresse pourrait toucher cet été 58 départements en métropole. Dans le Grand-Est et en Bourgogne, l'Auvergne-Rhône-Alpes, le Centre-Val de Loire et la Nouvelle-Aquitaine, il va peut-être falloir faire la chasse à l'eau cet été. 

Pourtant au niveau national, les fortes pluies de l'hiver ont largement rechargé les réserves en eau en sous-sol selon le BRGM (Bureau de recherche géologique et minière), qui ausculte l'état de nos ressources souterraines. « Tout dépend aussi du type de la nappe, précise Violette Bault, hydrogéologue au BRGM. Un sol en sable par exemple permet à l'eau de s'infiltrer, la nappe se rechargera rapidement. Ce n'est pas le cas des nappes du Massif central, en roches anciennes, dîtes inertielles où les niveaux sont bas, voire très bas depuis plusieurs années. » 

La tension grimpe 

A mesure que le niveau de l'eau disponible baisse, la tension grimpe. Dans le Rhône, Antoine Pariset craint pour ses fruits et légumes. « Jusque-là tout va bien car nous sommes raccordés à un réseau d'eau agricole du Rhône, mais colère et frustration montent déjà car si le préfet ferme le robinet, nous stopperons tout, alors que nos voisins eux continueront à sauter dans leur piscine. »

Sébastien Méry, lui, aurait trouvé judicieux de créer des retenues d'eau cet hiver « Ça coule de source que nous ne pouvons pas maîtriser la météo, mais peut-être pouvons-nous stocker une partie de l'eau pendant les périodes d'excédent », avance-t-il prudemment. Ce que refusent catégoriquement les associations de défense de l'environnement. Paysans mobilisés contre les bassins des particuliers, ONG écolos inquiètes des pompages et des retenues d'eau mis en place par ces mêmes agriculteurs… Avec la sécheresse, la bonne entente locale peut craqueler.

Le Parisien du 22 mai 2020 

 

Records de chaleur : «Comme si la France était en train de changer de latitude» 

Le météorologue Guillaume Séchet constate un «emballement » des températures inédit depuis 120 ans et met en garde contre de nouveaux épisodes caniculaires.

2020 05 23 Records« Depuis quelques années, on a l’impression d’être passé à un stade supérieur en termes de réchauffement climatique », explique Guillaume Séchet. LP/Aurélie Ladet 

Guillaume Séchet, météorologue et auteur du livre « Météo extrême » (Ed. Hugo Image), constate un « emballement » des températures. Au point que mai sera le 12e mois consécutif plus chaud que la normale. Du jamais-vu depuis 120 ans ! 

Ce printemps 2020 restera-t-il dans les annales de la météo ? 

GUILLAUME SÉCHET. Nous avons connu au mois d'avril des records d'ensoleillement et de chaleur. A Grenoble, par exemple, il y a eu 43 journées consécutives de temps sec, ce que la ville n'avait pas connu depuis 1953. Et à Paris, entre le 8 et le 12 avril, le thermomètre a dépassé les 25°C. Cinq jours consécutifs d'une telle chaleur, la capitale n'avait pas connu ça depuis la création de la station météo en 1873. 

Et le mois de mai est sur la même tendance ? 

Mai 2020 va sans doute devenir le 12e mois consécutif plus chaud que la normale en France. C'est une série totalement inédite depuis que cet indicateur existe. Du jamais-vu en plus de 120 ans de mesures! L'ancienne série record était de dix mois consécutifs au-dessus des normales entre septembre 2006 et juin 2007. La logique statistique voudrait donc qu'elle prenne fin prochainement, d'autant que nous avons enchaîné plusieurs étés chauds et marqués par des canicules. Toutefois, cette logique ne s'applique plus vraiment à une époque où le réchauffement s'affirme et où battre des records de températures élevées est devenu habituel. 

Cela signifie-t-il qu'on connaîtra cet été une nouvelle canicule comme l'an dernier ?

Par définition, une canicule n'est prévisible qu'à courte échéance. Mais comme les prévisions saisonnières tablent sur un été plus chaud et sec que la normale, le risque de connaître un épisode caniculaire est bel et bien présent, à l'image des années précédentes. L'an dernier, il avait fait 43°C à Paris en juillet. Dépasser ce record serait vraiment dingue. Mais des journées à 40°C ? C'est possible. Les climatologues du Giec estiment d'ailleurs que des étés caniculaires comme celui de 2003 seront quasiment normaux d'ici la fin du siècle. Et depuis quelques années, on a l'impression d'être passé à un stade supérieur en termes de réchauffement climatique. Comme si l'on vivait une sorte d'emballement. 

Toute l'Europe est-elle concernée ? 

A l'échelle de l'Europe, il faut remonter à la fin 2010 pour retrouver un mois plus froid que la normale sur le continent et les anomalies positives sont particulièrement prononcées depuis 2014. Dans ce contexte, on comprend bien que l'alternance des périodes chaudes et froides est enrayée et que les séries chaudes peuvent s'éterniser. Nous ne sommes qu'à la mi-mai et il a déjà fait 40°C près de Palerme et jusqu'à 45 °C en Algérie. Sur les plages grecques, il y a beaucoup de monde car ils ont subi un coup de chalumeau en provenance du Sahara. Ces très fortes chaleurs peuvent aussi toucher la France. Car avec ce réchauffement climatique, c'est comme si la France était en train de changer de latitude et de subir un climat subtropical.