Sud-Ouest du 30 mars 2020 

Quand le confinement va-t-il payer en France ? 

Sans s’emballer vraiment, le terrible compteur du recensement des nouveaux cas de personnes infectées et de décès imputés au Coronavirus Covid-19 continue de progresser, en France et en Nouvelle-Aquitaine

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En Italie, où beaucoup de regards sont tournés dans l’espoir de déceler des raisons d’espérer les premières traces d’un reflux de l’épidémie en Europe, 765 personnes ont encore perdu la vie en 24heures. Le pays le plus endeuillé du monde a néanmoins, hier, présenté des chiffres qui donnent des raisons d’y croire. En effet, depuis vendredi le nombre de nouveaux cas recule. Hier, le pays comptait 5 217 nouveaux cas, un chiffre en baisse de 5,6 % par rapport à la journée de samedi qui était déjà en recul de 6,9 % par rapport à vendredi. Autre digne positif, le nombre de personnes hospitalisées ne progresse plus que légèrement depuis plusieurs jours. 

La France n’en est pas encore là. 

Le Covid-19 a causé samedi 292 nouveaux décès enregistrés à l’hôpital. Désormais le bilan s’élève donc en France à 2 606 morts depuis le début de l’épidémie. C’est ce qu’expliquait Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé, lors de son point presse de dimanche soir. 

Selon ce dernier, 19 354 patients sont hospitalisés (+ 1 734 en 24 heures) dont 4 632 en réanimation, soit un nouvel afflux de 359 personnes en une seule journée. Et 7 132 patients ont pu rentrer chez eux guéris. Selon Santé publique France, le pays recense à ce jour 40 174 cas confirmés 

Du mieux dans 7 jours ? 

«Il y a une augmentation de 10 % de malades entrants depuis hier, reflet de contaminations survenues avant les mesures de confinement», a précisé M. Salomon. 

« 359 patients graves sont entrés en réanimation aujourd’hui. C’est l’élément le plus important à surveiller, car il reflète la dynamique de l’épidémie », a souligné le Directeur général de la Santé.

«Si les mesures de confinement et gestes barrières ont été respectés, nous devrions observer une réduction du nombre de personnes entrant en réanimation d’ici la fin de semaine », a-t-il ajouté. Parmi les patients en réanimation, 34 % ont plus de 60 ans. Soixante personnes en réanimation ont moins de 30 ans. 

«Entre le 16 et le 22 mars, il y a eu excès de mortalité de 9 %. Une surmortalité dans plusieurs régions : Grand Est, Hauts-deFrance, Bourgogne, Ile-de-France et Corse », a également fait remarquer M. Salomon. 

185 cas de plus en région 

Même si la région reste une des moins touchée de France, L’épidémie poursuit sa progression en Nouvelle-Aquitaine avec 185 nouveaux cas confirmés recensés par Santé publique France ce qui porte le total à 1 520 cas confirmés dans la région depuis le début de l’épidémie. 558 personnes sont actuellement hospitalisées, 160 sont en réanimation ou en soins intensifs. Si la région comptabilise 58 décès depuis le 1er mars, il faut noter que 226 personnes sont sorties guéris de l’hôpital. 

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Sud-Ouest du 30 mars 2020 

Les trains de la solidarité sont entrés en gares 

SANTÉ La région a soulagé le Grand- Est hier, en accueillant deux TGV transportant 36 malades en état grave

2020 03 30 les trainsHier, le train transportant 24 malades du Grand-Est faisait son entrée en gare de Bordeaux Saint-Jean peu après 15 heures. PHOTO LAURENT THEILLET/« SUD OUEST» 

"«Vous attendez le train de Paris ? » Le visage est masqué, mais le ton de la question et les yeux écarquillés ne laissent pas beaucoup de place au doute. Hier, sur le parvis de la gare Saint-Jean de Bordeaux, où stationnent seulement celles et ceux qui attendent un voyageur, celle qui dit attendre son fils, « coincé depuis 15 jours à Paris », est clairement inquiète. 

«On m’a dit qu’on faisait voyager dans son train des gens malades au milieu des gens en bonne santé !» 

À peine le temps de se rassurer que le train du fiston entre en gare. À 13 h 15, un grand échalas, également porteur d’un masque et d’un barda qui contient sans doute l’essentiel de sa vie d’étudiant, se dirige vers elle. Leurs yeux sourient. Pour eux, c’est en famille que le confinement se poursuivra désormais.

Le train que cette mère redoutait tant, ce TGV médicalisé avec à son bord 24 malades en réanimation, n’est arrivé que deux bonnes heures plus tard… Et de Nancy."... 

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Sud-Ouest du 30 mars 2020 

Le coronavirus s’attaque aussi aux libertés 

SÉCURITÉ Lutter contre l’épidémie impose des dérogations inédites aux libertés individuelles. Quelles seront, à terme, les conséquences sur la société ?

2020 03 30 le corona s'attaque aux libertésQui aurait imaginé qu’il faudrait un document pour aller faire ses courses. PHOTO QUENTIN TOP/« SUD OUEST » 

Alors que la moitié de l’humanité est confinée, c’est peu de dire que le coronavirus a temporairement porté une atteinte inédite aux libertés individuelles. Dans les pays démocratiques comme la France, ces mesures dérogatoires sont, bien entendu, limitées dans le temps, ne peuvent être prises que dans le cadre de la lutte contre l’épidémie et sous le contrôle du Parlement. Reste que face au troublant constat par la communauté scientifique de l’efficacité chinoise pour enrayer la propagation du mal, difficile d’évacuer que les épidémies et les libertés ne font pas bon ménage. 

Il y a encore quelques semaines, rares sont ceux qui imaginaient que des peines de prison pourraient être prononcées pour avoir fait plus de trois fois ses courses sans document autorisant cette sortie. Ou que des communes d’ordinaire si peu exposées aux tumultes du monde décréteraient le couvre-feu. 

Sans, bien sûr, contester la nécessité du confinement, qui fait l’objet d’un large consensus scientifique, des voix appellent à la vigilance. «Il faut un débat public sur les libertés, l’état de droit c’est quelque chose qui nous appartient à tous et il ne faut pas le galvauder sans se poser des questions», lançait, mercredi dernier, le Défenseur des droits, Jacques Toubon. 

«On ne sort jamais indemne» 

Ce débat reste pour l’heure difficile tant l’épidémie a placé l’ensemble des strates de la société en «mode dégradé ». Et le Parlement luimême a été identifié comme un cluster de contamination. En choisissant de coiffer les mesures de confinement par une loi sur l’« état d’urgence sanitaire», le gouvernement a pourtant impulsé un nouveau régime d’exception. Celui-ci s’ajoute à l’état d’urgence classique (activé notamment après les attentats de Paris) ou encore à l’article16 (celui qui octroie des pouvoirs exceptionnels au président de la République). «C’est historique dans la tradition constitutionnelle d’un pays », pense Sarah Massoud, représentante du Syndicat de la magistrature. D’autant que les prérogatives octroyées à l’exécutif par l’état d’urgence sanitaire dépassent en intensité celle de l’état d’urgence classique : limitation ou interdiction des déplacements, interdiction de sortir de domicile, placement de personnes à l’isolement… 

Vue l’ampleur des dérogations, la loi impose une « clause de revoyure» dans un an. En clair, le Parlement pourra réexaminer le dispositif adopté en catastrophe et dire s’il est opportun de maintenir la possibilité de l’activer en cas de nouvelle catastrophe. «Cette clause est salutaire. Mais comment le Parlement va-t-il se prononcer ? À l’inverse de l’état d’urgence classique pour lequel il y avait des remontées systématiques en temps réel, pour l’heure, aucune commission ad hoc n’a été mise en place», regrette Sarah Massoud. 

Le curseur du risque 

Si, au cœur de la crise, les mesures de restrictions ne font évidemment pas débat, difficile d’évacuer le spectre du précédent état d’urgence, qui a montré à quel point il était difficile de sortir des dispositifs d’exception. Cela ne fut possible qu’au prix de l’infusion des principales mesures dans le droit commun. Comme l’état d’urgence classique, l’état d’urgence sanitaire peut lui aussi être prorogé par une loi. 

« Les autres droits fondamentaux comme la liberté d’expression ne sont pas touchés. Mais on ne sort jamais indemne d’un état d’urgence. L’enjeu majeur se situera à la fin du confinement qui sera probablement progressif», explique Jean-Marie Burguburu, président du Conseil national consultatif des droits de l’homme (CNCDH). Car la levée des mesures les plus restrictives n’impliquera pas forcément une sortie immédiate du régime d’état d’urgence. Ni d’ailleurs la fin de tout risque sanitaire. Avant qu’un vaccin ne soit trouvé, après le traumatisme de l’hécatombe en cours, où notre société placera-t-elle le curseur du risque acceptable ? 

Dans l’avenir, une forte épidémie de grippe pourrait-elle déclencher ce régime dérogatoire ? « On peut déclencher l’état d’urgence en cas de catastrophe sanitaire mettant en péril de par sa nature et sa gravité la santé de la population. Ce texte est très flou », estime Sarah Massoud. 

«À chaque fois qu’on déroge aux libertés, on abaisse mécaniquement le seuil d’acceptabilité dans la société », pointe l’avocat bordelais Me Gabriel Lassort qui, malgré la suspension des commissions d’offices par le barreau, continue, avec une quinzaine de jeunes collègues, à arpenter les salles d’audience afin de défendre gratuitement des prévenus lorsque les magistrats les sollicitent. 

«Incurie des services publics» 

« Aujourd’hui, des gens peuvent être jugés sans avocat. Les ordonnances permettent des dérogations très importantes aux droits de la défense. Comme la prolongation de la détention provisoire, alors que l’on sait que le risque est maximal en prison… S’agit-il de lutter contre l’épidémie ou de pallier le fait que les juges n’ont pas de moyens pour télétravailler, qu’on ne dispose pas de gel hydroalcoolique et de masques en quantité suffisante pour tenir des audiences de façon satisfaisante? Il ne faudra pas s’habituer à l’idée que l’on peut pallier à l’incurie des services publics en rognant sur les libertés », avertit l’avocat. 

Sud-Ouest du 30 mars 2020 

La tentation du traçage numérique 

SMARTPHONE Pour remonter les contacts des personnes contaminées, les données numériques sont un outil puissant. Mais, potentiellement, très attentatoire à la vie privée 

L’amendement porté par des sénateurs LR a été retoqué lors de l’examen de la loi sur l’état d’urgence sanitaire. Il prévoyait d’autoriser pendant six mois « toute mesure visant à permettre la collecte et le traitement de données de santé et de localisation». Autant dire la suspension pure et simple du droit informatique et libertés. 

Dans un domaine, presque par essence, attentatoire à la vie privé comme la lutte contre les épidémies, sans surprise, les puissantes capacités du numérique pour le traçage des personnes apparaissent chez certains comme des alliés précieux. Puisqu’il s’agit, d’une part, de s’assurer du confinement des malades et d’autre part de remonter le fil de leurs relations afin d’identifier les personnes qu’elles ont pu contaminer. 

Il y a quelques jours, Emmanuel Macron a mis en place un comité chargé d’étudier les options possibles et mises en œuvre dans les différents pays touchés par le virus. Et elles sont multiples. Pour l’heure, l’hypothèse d’un traçage des données pour lutter contre l’épidémie « n’est pas dans la culture française » et « nous n’y travaillons pas », a déclaré le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner. La France s’est, pour l’instant, limitée à une approche anonymisée des données. L’opérateur Orange doit ainsi en fournir à l’Inserm, afin de mieux suivre les mouvements de population pendant la pandémie. L’objectif est notamment d’être mieux capable de dimensionner le système de soins face au virus. Mais d’autres pays sont allés beaucoup plus loin ou envisagent de le faire. 

Un selfie sinon la police 

Afin de s’assurer que les personnes respectent les mesures de quarantaine, le gouvernement polonais a, par exemple, mis en place une application qui lance de façon aléatoire des demandes aux personnes ciblées d’envoyer des selfies. Combinées à la géolocalisation, ces photos doivent permettre de s’assurer que la personne se trouve bien là où elle devrait être. Sans réponse dans les vingt minutes, l’application déclenche une visite de la police. 

Israël a, pour sa part, autorisé les services de sécurité à collecter les données mobiles des personnes infectées afin de déterminer avec qui elles ont été en contact. Taïwan ou la Corée du Sud ont également développé des dispositifs de trackers dans les smartphones. 

Singapour, lui, se base sur une application utilisant le Bluetooth. Chaque téléphone enregistre les autres appareils près desquels il est passé, permettant en cas d’infection de retrouver les personnes avec qui le propriétaire du smartphone a été en contact. Ce dispositif prévoit le consentement de l’utilisateur. Mais il ne peut être efficace que s’il est massivement employé.

2020 03 30 SO Pour l'état d'urgence le terme liberticide n'est pas approprié

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