Sud-Ouest du 25 mars 2020 

Combien de semaines de plus ? 

POLITIQUE Alors qu’hier le conseil scientifique, qui épaule le chef de l’État, a recommandé six semaines de confinement, le ministre de la Santé a refusé d’être aussi catégorique

2020 03 25 SO 6 semainesLe conseil scientifique a recommandé d’étendre le confinement jusqu’au 28 avril. PHOTO XAVIER LÉOTY/« SUD OUEST »

C’est un fait: l’exécutif communique désormais à pas de loup. Et avec une prudence redoublée. En particulier sur la question on ne peut plus sensible de la durée du confinement. Difficile de s’en étonner à la lueur des nombreuses incertitudes entourant toujours cette crise sans précédent. Et de la communication pour la moins erratique de l’exécutif ces dernières semaines. En particulier sur le déroulement des élections municipales. 

Hier, alors que le conseil scientifique, qui épaule Emmanuel Macron dans ses décisions, a recommandé d’étendre cette période d’isolement jusqu’au 28 avril minimum – ce qui ferait en tout six semaines –, Olivier Véran, le ministre de la Santé, n’a pas souhaité être aussi catégorique. Et encore moins donner une date de retour à la normale. Comme il l’a précisé, l’avis du conseil scientifique n’est qu’« une estimation »: «Personne autour de la table n’est capable de dire si le confinement doit être de telle ou telle durée.» 

Et ce pour une raison simple, a-til souligné: «Nous n’avons pas la réponse. Ce n’est pas un avis ferme, ni une prédiction autoréalisatrice.» Prudence donc. Même si, derrière ce freinage, on ne peut pas écarter non plus, la volonté du gouvernement de ménager une population qui doit désormais prendre son mal en patience. 

«Arrêter le virus» 

Une certitude cependant, le confinement, et Olivier Véran a été très clair, s’étendra bien au-delà des quinze jours décrétés par le chef de l’État, le 16mars dernier: «Il durera ce qu’il durera. Le principe du confinement est d’arrêter la circulation du virus et de donner du temps et des lits aux hôpitaux.»

Sur ce point, le conseil scientifique juge d’ailleurs qu’il faudra «trois semaines pour obtenir une première estimation de son impact». Il s’agira alors d’observer si la courbe épidémique baisse. Dans le cas contraire, on ne voit pas comment le confinement pourrait être levé. 

Sur la base de ces éléments, il semble donc hautement improbable que le gouvernement déroge à sa stratégie avant ce point d’étape prévu donc autour du 6 avril. 

Dépister davantage 

Sachant que pour l’heure, le conseil scientifique est formel : « Le confinement, écrit-il dans son dernier avis, est actuellement la seule stratégie réellement opérationnelle, l’alternative d’une politique de dépistage à grande échelle et d’isolement des personnes détectées n’étant pas pour l’instant réalisable.» 

L’autre question qui se pose est justement celle-ci : quand serons-nous en mesure de tester massivement la population ? Un sujet d’autant plus pressant que c’est ce que l’OMS préconise désormais. En particulier pour accompagner la sortie du confinement. 

Un nouveau comité d’experts 

Interrogé sur ce point, hier soir, Olivier Véran a confirmé que la France se préparait à monter en puissance : «Nous allons multiplier et démultiplier le nombre de tests réalisés sur le territoire.» Le ministre de la Santé espérant bénéficier rapidement des dernières innovations en la matière. À commencer par la mise en service de tests sérologiques (par prise de sang). 

En attendant, le chef de l’État a, lui, décidé de muscler un peu plus encore son dispositif de crise. Hier, après avoir passé une partie de la matinée avec le conseil scientifique, il a installé à l’Élysée, une nouvelle structure : le Comité d’analyse, recherche et expertise (Care). Lequel réunit douze chercheurs et médecins. Sa mission : conseiller le gouvernement sur les traitements et les tests contre le coronavirus. « C’est grâce à la science et à la médecine que nous vaincrons le virus », a réaffirmé, hier, le chef de l’État.

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Sud-Ouest du 25 mars 2020  

La barre des mille morts franchie à l’hôpital 

BILAN Comme attendu, l’épidémie s’aggrave. Les contaminations, les hospitalisations et les décès : tous les indicateurs l’attestent sur le territoire national

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Il n’y a pas de bonne surprise. Il ne peut pas y en avoir à ce stade. L’épidémie de Covid-19 est «à extension nationale et en aggravation rapide », a résumé hier Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé. Les statistiques hospitalières annoncent 240 victimes supplémentaires en l’espace de 24 heures. C’est le plus mauvais chiffre depuis le début de la crise. Lundi soir, on en déplorait 186, ce qui constituait déjà un triste record. Au total, 1 100 personnes sont décédées à l’hôpital depuis le début de la crise. 85% d’entre elles avaient plus de 70ans. 

Comme l’a expliqué Jérôme Salomon, ce n’est que la partie émergée du drame. En ville et dans les Ehpad (Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), la macabre comptabilité des dégâts causés par le Covid19 est plus difficile à établir en temps réel. 

Les services de l’état civil sont capables de la restituer en comparant les courbes de la mortalité « normale », semaine après semaine (moyennée sur de nombreuses années), et celles de la mortalité réelle durant ce mois de mars. Ce calcul est réalisé à l’échelon national et peut ensuite être décliné au niveau départemental. 

Des indicateurs dans l’Est 

Pour la première fois, ces courbes s’échappent de la moyenne et décollent dans certains des départements de la région Grand Est. Jérôme Salomon a cité le Haut-Rhin, les Vosges et la Moselle. C’est également le cas dans l’Oise, un département rattaché à la région Hauts-de-France qui a été le théâtre de l’un des premiers foyers infectieux. 

Santé Publique France, l’agence sanitaire nationale, est chargée pour sa part de renforcer la surveillance de la mortalité dans les Ehpad, très touchés par le Covid-19. Hier, on faisait état de plusieurs établissements en grande difficulté, par exemple à Saint-Dizier, en Haute-Marne, où 16pensionnaires sont morts. On ne peut pas forcément imputer ces décès au seul coronavirus. Dans les Ehpad, il emporte souvent des personnes déjà malades ou très affaiblies. 

Mais, aussi bien dans la population générale que dans les Ehpad, il est certain que l’épidémie frappe silencieusement. «Les décès survenus à l’hôpital représentent une faible part de la mortalité », a concédé le directeur général de la Santé. 

Les cas confirmés, au nombre de 22 300 hier en France, illustrent surtout le nombre modeste de tests réalisés à ce jour (lire ci-dessus). La contamination de la population est bien supérieure. C’est en centaines de milliers de cas qu’il va bientôt falloir l’évaluer. 

8 000 lits de réanimation 

La pente épidémique actuelle est plus fidèlement traduite par le nombre d’hospitalisations. Il recouvre les malades les plus sévèrement atteints. Plus de 10 000 patients occupent des lits, dont 2 516 en réanimation. En poussant les murs, la France est passée d’une capacité d’accueil de 5 000 à 8 000 malades en réanimation à l’hôpital public et privé. 

Ce chiffre ne doit pas donner l’illusion d’une grande marge. Il faut des lits de réa pour bien d’autres motifs que le Covid-19. Les infarctus et les AVC n’ont pas miraculeusement disparu du quotidien. La saturation est déjà effective dans le Grand Est. Plusieurs transferts de patients ont été effectués par voie aérienne pour y désengorger les services. La Bretagne en a reçu six hier. Demain, pour la première fois, c’est un TGV médicalisé qui transportera 30 cas graves depuis l’Alsace jusqu’aux hôpitaux d’Angers, Nantes, Le Mans et La Roche-sur-Yon. 

66 cas en réa dans la région 

En Nouvelle-Aquitaine, la huitième région en nombre de contaminations prouvées, l’épidémie continue sa progression. On y compte désormais 753 cas confirmés par test, soit 97 de plus que la veille. 66 patients sont hospitalisés en réanimation, une hausse sensible puisqu’ils n’étaient «que» 41 lundi soir. On a déploré un décès supplémentaire, ce qui porte le total à quatorze (uniquement dans les hôpitaux). 

Là encore, ce n’est que la partie visible du drame. Qui, heureusement, n’a pas l’ampleur de la catastrophe endurée par les Espagnols au-delà des crêtes pyrénéennes.

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2020 03 25 SO La fin de semaine sera déterminante

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2020 03 25 SO La Nouvelle-Aquitaine casse sa tirelire pour les entreprises

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2020 03 25 SO Du matériel pour les soignants

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2020 03 25 SO Pourquoi les masques en tissus fébriqués à la maison sont à proscrire

2020 03 25 SO Les rassemblements de plus de deux personnes interdits