Sud-Ouest du 10 mars 2020

2020 03 10 SO En bref coronavirus

Sud-Ouest du 10 mars 2020 

En cas de niveau 3, le médecin généraliste sera le premier recours 

CORONAVIRUS Dès que le niveau 3 de l’épidémie sera déclaré par le gouvernement, les médecins traitants seront en première ligne

niveau 3

Coronavirus, niveau3. La vie continue mais cette prochaine étape questionne, voire fiche la trouille au ventre. Comment notre quotidien va-t-il changer ? Quels seront les nouveaux protocoles? De fait, le virus circule chez nous depuis déjà plusieurs semaines. Il n’est pas plus dangereux, mais se répand rapidement. Aussi, les prescriptions gouvernementales évoluent avec la flambée épidémique. Si, durant le niveau2, on dépiste et on contient l’épidémie, avec confinements et hospitalisations, au niveau 3, on va devoir se responsabiliser davantage. Éviter d’encombrer le Samu juste parce qu’on est inquiet, ou les lits d’hôpitaux qui devront être réservés aux patients les plus atteints. C’est là que le fameux système de soin français va devoir faire ses preuves : les médecins traitants vont prendre le relais. Et monter au front. 

80% sans gravité 

La semaine dernière, en prévision de l’imminence d’un niveau 3, l’Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine a invité les représentants des fédérations de médecins généralistes, notamment l’Union régionale des professions de santé, à réfléchir sur les nouveaux modes d’actions de prise en charge des personnes infectées par le covid-19. 

Nicolas Brugère, médecin libéral depuis trente-cinq ans à Bordeaux , y était. Quel est le nouveau modus operandi ? « Le niveau 3 signifie qu’il y a plus de patients atteints. En cas de symptômes (fièvre, toux), le patient appelle son médecin traitant. La consultation peut se décider en téléconsultation, via un smartphone, une tablette, un ordinateur, à la manière d’une régulation au centre 15. Si aucun signe de gravité ne se présente, on va suivre le patient, avec une téléconsultation tous les deux jours et prise de température deux fois par jour.» 

Télémédecine 

Le protocole a été dessiné à partir des données connues à ce jour, au regard de l’expérience chinoise, qui a un temps d’avance. Il répond à un consensus entre les autorités sanitaires, les équipes hospitalières et les médecins généralistes de terrain. Qu’ils soient en ville ou en milieu rural. «On sait aujourd’hui que 80 % des patients auront une pathologie sans gravité, poursuit le docteur Brugère. En revanche, si une complication apparaît – nous sommes très attentifs à l’état des patients entre le sixième et le huitième jour, après le début de l’infection – tous les médecins généralistes auront un contact direct, avec un infectiologue dans les hôpitaux de chaque département de la Nouvelle-Aquitaine. À ce moment, le Samu viendra chercher le patient pour l’hospitaliser. L’idée est de ne pas déborder les hôpitaux par des patients qui n’ont rien à y faire, comme c’est le cas en Italie 

La télémédecine est donc, pour ce niveau 3, l’outil de référence. Selon la Caisse primaire d’Assurancemaladie, 94 % des Néo-Aquitains sont dotés aujourd’hui d’un médecin-traitant. Le maillage serré du réseau de généralistes serait, selon l’ARS, un bon rempart contre le virus. «Dans le cas où le patient préfère venir en consultation au cabinet, précise le docteur Brugère, s’il présente des symptômes référencés dans le cadre de l’épidémie, on lui mettra un masque sur le nez et nous aussi, médecins, en porterons un. S’il va bien, il rentrera chez lui avec un suivi par téléphone, s’il présente des signes inquiétants, hospitalisation via le Samu. Le confinement de quatorze jours sera encore préconisé afin de ralentir la diffusion.» 

Les masques manquent 

Toujours à Bordeaux, SOS médecins comptabilise, en ce moment, 1 200 consultations par jour, à domicile et en cabinet. Ils ont été ceux qui ont repéré le premier patient atteint en janvier et ont assuré les bons gestes, alors même que le virus n’était qu’une probabilité. Dans les grosses agglomérations, Bordeaux, Pays basque, La Rochelle, l’association SOS Médecins se prépare au niveau 3. « Aujourd’hui, signale Karl Moliexe, médecin et porte-parole, 40 % de nos appels sont susceptibles d’être des coronavirus. La consigne est que les patients restent chez eux. À Bordeaux, pour traiter toute l’agglomération, nous sommes 100 médecins et disposons à ce jour de 50 masques chacun. Ce n’est pas assez. Les médecins traitants n’iront pas au chevet des malades, nous oui. On va continuer et l’approvisionnement en masques est un souci, lorsqu’on sait qu’un seul masque a une durée de vie de 6 heures !»

niveau 3 2

2020 03 10 SO Télémédecine ça marche déjà