Sud-Ouest du 23 février 2020 

"Landes : il se souvient de l’incendie "d’enfer de 1949"

il se souvientLes pompiers ont remis à Pierre Lamarque une médaille pour l’ensemble de sa carrière. © Crédit photo : PHOTO PASCAL BATS / « 

En août 1949, Pierre Lamarque a lutté pendant près d’une semaine contre l’un des plus gros feux du massif forestier landais avec les moyens de l’époque, dérisoires 

A l’été 1949, les incendies sont déjà nombreux, mais en début d’après-midi du vendredi 19 août, se déclare le plus gros et le plus meurtrier qu’ait connu la France. Des brins de tabac incandescents, une couverture enflammée, une poignée de secondes et le feu s’enfuit vers la forêt de pins de Saucats, en Gironde. Traître, le vent de nord-est pousse les flammes. Le feu parcourt des kilomètres en moins d’une heure. 

L’enfer sur terre va durer une semaine. Pierre Lamarque était au cœur du brasier. Il est l’un des seuls, si ce n’est le seul homme encore vivant de cette génération. À l’époque, ce Montois pur souche a 20 ans. Il partage : « il faut s’imaginer, nous sommes dans l’après-guerre, dans une lande brute. Il n’y a pas de pistes forestières. Beaucoup de végétation, le terrain est très sale et ponctuellement, de grands fossés qu’on ne pouvait contourner qu’à 300 ou 400 mètres. C’était très difficile et très dangereux. À cela s’ajoutent de grandes chaleurs et du vent. Ce feu-là ne nous a pas fait de cadeau. » 

"Nous n’étions pas pompiers" 

Pierre Lamarque a dû se replonger dans ses souvenirs à l’occasion de la présentation des vœux du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) des Landes, en janvier. L’homme, âgé de 91 ans, a été récompensé d’une médaille pour sa carrière et sa participation dans la lutte contre cet incendie qui reste dans les mémoires, soixante-dix ans après. Aujourd’hui retraité, il est fier de rappeler son grade d’adjudant-chef des sapeurs-pompiers professionnels forestiers. 

« Le plus difficile dans ce combat inégal, c’était la grosse fumée. On manquait clairement de points d’eau et d’organisation. D’autant que nous n’étions pas pompiers forestiers, mais avions seulement intégré la défense contre les incendies de forêts. Ce n’est qu’en 1951 qu’on a eu cette appellation. Nous étions pour ainsi dire placés à la disposition des maires et des propriétaires forestiers. »

En 1949, les Landes ne comptent que neuf centres forestiers. Le poste central était installé à côté de l’Hôtel Richelieu, à Mont-de-Marsan, où le plus gros centre n’avait que quatre véhicules et quelques Jeeps motopompes. 

Outre le manque de renforts criant, les hommes font face à plusieurs incendies en même temps dans les Landes. Losse, Captieux, Luxey, Pontenx-les-Forges, Parentis-en-Born… « On arrivait à en éteindre un, parfois, mais c’était certain qu’un autre allait faire un gros incendie. On ne pouvait pas être partout. Aujourd’hui, nous sommes coordonnés, mais à l’époque, les citernes d’eau arrivaient en même temps, se vidaient en même temps et devaient être ravitaillées en eau en même temps. Le feu n’attendait pas, lui, et repartait. » 

Protéger les fermes 

Dans cette confrontation, il faut aussi s’imaginer l’absence de GPS et la méconnaissance du terrain. « Quand on arrivait dans une nouvelle commune, un gars du coin était mis à notre disposition. Il nous guidait pour trouver les points d’eau et les chemins d’accès. Notre mission principale était de protéger les fermes. » 

Les souvenirs toujours bien prégnants, Pierre Lamarque poursuit : « Il nous arrivait d’aller dans le brûlé. On se mettait un mouchoir sur la figure, on arrosait et hop, on allait dans le feu, carrément. Parfois, on se faisait surprendre. Le feu repartait si vite par derrière que plusieurs Jeeps ont cramé à cause de cela. » 

Les hommes restent plusieurs jours et plusieurs nuits d’affilée au milieu de l’incendie. Initier un contre-feu ? Il en est question et l’allumette est craquée du côté de Trensacq. « Le vent était favorable. Il avait tourné du bon côté. Tous les véhicules étaient rassemblés pour cette opération. Les militaires de la base aérienne étaient venus nous prêter main-forte. C’était dérisoire, ils étaient munis de battes pour taper sur le sol pour étouffer le feu. On passait toute la nuit à arroser. » 

Pierre Lamarque ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour toutes les personnes qui, comme lui, ont vécu « cet enfer de 1949. On n’est plus trop nombreux, ça fait un moment que la plupart sont décédés. Moi, j’ai eu du pot, je suis tombé avec des gars qui avaient fait le Débarquement. C’étaient tous d’anciens militaires qui connaissaient bien les véhicules. C’est eux qui nous ont initiés. » 

Maîtrisé le jeudi 25 août, le feu sera définitivement éteint le samedi 27. Outre le terrible bilan humain de 82 morts en Gironde, 25 militaires et 57 civils, plus de 100 000 hectares partent en fumée dans la région cet été-là. 

Cet été infernal de 1949 pousse les pouvoirs publics à repenser entièrement la lutte contre les incendies de forêts. Pour que soit retenue la terrible leçon de cet incendie du siècle. En septembre, quelques jours après cette lutte acharnée, Pierre Lamarque est envoyé au service militaire. « Ils ne m’ont pas fait de cadeau, c’est normal. »