Le Lieutenant-Colonel Lendres est à l'origine de la réorganisation du centre de secours de Carcans qui se retrouve sans sapeurs-pompiers professionnels une grande partie de l'année, ceux-ci ayant été affectés à Hourtin en période non estivale ce qui entraîne des délais supplémentaires pour les interventions sur Carcans, Carcans Maubuisson ou encore Carcans plage sachant que chaque minute compte...

Peut-on véritablement dirigé un feu lorsqu'il y a du vent sachant que celui qui est parti de Cissac faisait des sautes de plus de 800 mètres. Merci aux agriculteurs pour leurs cultures qui ont permis de stopper le feu.

60 sapeurs-pompiers blessés dont un grièvement sur le feu de Cissac, est-ce vraiment une réussite ?

En tous les cas, merci aux sapeurs-pompiers professionnels et volontaires pour leur dévouement et leur engagement sans faille, sans eux, un Chef de Groupement "n'est rien".

Sud-Ouest du 23 janvier 2020 

«J’ai vécu cinq années de bonheur» 

POMPIERS Arrivé en 2015, le lieutenant-colonel Éric Lendres du groupement nord-ouest quitte le Médoc pour la métropole bordelaise. Son passage restera pour lui un temps fort de sa carrière

lendres 23 

Engagé chez les sapeurs-pompiers depuis 1989, le lieutenant-colonel Éric Lendres a passé les cinq dernières années à la tête du groupement du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) dans le Médoc, fort de ses 720 pompiers. Entre souvenirs et perspectives, l’heure est au bilan. 

«Sud Ouest» Vous avez passé cinq ans à la tête du groupement du Sdis dans le Médoc. Quelles ont été vos missions ? 

Éric Lendres Être chef de groupement, c’est avoir plusieurs casquettes. Il y a le volet administratif, le volet opérationnel (la préparation aux interventions, la gestion des manœuvres…) et le management, une tâche primordiale du métier. Sur le Médoc, il y a 570 pompiers volontaires, 150 pompiers professionnels, savoir écouter est donc crucial. J’ai commencé ma carrière de sapeur-pompier en 1989, je suis devenu pompier professionnel en 1992. J’ai été notamment onze ans chef de centre à Lège-Cap-Ferret. À mon arrivée dans le Médoc, j’ai été marqué par la vétusté de certaines casernes. Cinq ans après, les infrastructures ont été modernisées. 

Quels projets ont été entrepris ? 

D’importants efforts ont été mis dans les casernes. Deux centres de secours ont été construits sur le territoire : celui de Margaux-Cantenac (en 2018) et celui du Porge, qui sera livré avant le début de l’été. Il y a eu d’importants travaux de réhabilitation à Lesparre, Pauillac, aussi à Vendays-Montalivet, Hourtin, Carcans, et bientôt, Castelnau. 

Parmi les événements marquant votre passage, impossible d’oublier l’incendie de Cissac-Médoc, en avril 2017, qui avait brûlé 1 000 hectares de forêt et mobilisé plus de 250 soldats du feu… 

Ce fut un feu très difficile à gérer. Il est parti à proximité immédiate d’une zone artisanale avec des entreprises et des maisons directement menacées. Il y avait, en prime, du vent d’est, très peu d’humidité. Pour le stopper, on avait orienté les flammes vers des zones d’appuis (des champs), ce qui a évité qu’il parte directement vers Hourtin. Notre réussite est qu’aucune maison et aucune entreprise n’a été détruite. Les pompiers y ont risqué leur vie: 60 ont été blessés, dont un grièvement. 

Les feux de forêt sont bien moins importants ces dernières années, est-ce dû à vos actions de prévention ? 

En 2019, 27 hectares de superficie ont été détruits par les flammes, c’est plutôt faible. Le Sdis entretient aussi un travail très étroit avec les Associations syndicales autorisées de Défense de la forêt contre l’incendie (ASA de DFCI). Je ne sais pas si ça influe sur le nombre de départs de feux, mais sans doute sur le développement des sinistres. Cependant, il faut rester modeste : c’est la qualité première du sapeur-pompier. 

À quelles interventions doivent généralement faire face les pompiers du Médoc ? 

Dans 80 %, il s’agit du secours à la personne. Des chiffres qui correspondent avec les chiffres nationaux. Dans un territoire rural comme le Médoc, le 18 est le dernier service public présent. On a 17 casernes réparties sur tout le territoire. 

Le Médoc ne cesse d’accueillir de nouveaux habitants. Cela se ressent-il sur le nombre d’interventions ? 

Quand je suis arrivé, en 2015, on était aux alentours de 7 000 interventions sur l’année. On a terminé 2019 à 9 700 interventions. La population augmente sur l’ensemble du territoire, surtout dans le Sud-Médoc. La caserne de Vendays-Montalivet connaît aussi une très forte augmentation des interventions : le nombre a carrément doublé : en 2015, 600 interventions, en 2019, un millier. 

Ces dernières ne sont pas sans risque pour les pompiers, qui témoignent être victimes d’une hausse significative des agressions (1). Le Médoc est-il également concerné ? 

En 2019, 50 sapeurs-pompiers ont été agressés verbalement ou physiquement. Il y a eu une réponse du Département, et des caméras-piétons pour les pompiers ont été déployées en Gironde, notamment dans les centres de secours de Lesparre et Lacanau. 

50 pompiers, c’est trop. Quand on vient porter secours à une personne c’est inimaginable de se dire qu’on se fait agresser. Ce phénomène ne doit pas être minimisé.

Vous êtes pompier depuis trente ans. Quel constat dressez-vous sur l’augmentation des incivilités et des agressions ? 

L’image du pompier n’a pas changé, mais la société, oui. Avant, ces agressions étaient marginales. Aujourd’hui, ces questions-là sont de plus en plus prégnantes. 

Vous êtes muté dans la métropole de Bordeaux, votre travail sera-t-il différent ? 

Je reste chef de groupement, mais c’est un nouveau challenge, très intéressant pour moi. Dans le cadre d’une réorganisation territoriale, un nouveau groupement se crée à l’ouest de la métropole bordelaise. Il comprend notamment les communes de Bègles, Villenave-d’Ornon, Pessac, Talence, Le Haillan, Mérignac, Saint-Médard… 300 pompiers professionnels et 400 volontaires intègrent ce groupement. 

Quels souvenirs garderez-vous du Médoc ? 

Je ne connaissais pas le Médoc. J’ai découvert un beau territoire fort de nombreuses richesses : l’océan, la forêt, l’estuaire, les châteaux… Au-delà de ça, j’ai rencontré des gens avec des valeurs sincères. Un véritable esprit de ruralité. 

Je dis souvent : « Quand on est chef, un homme seul n’est rien.» Que ce soit les officiers, mes chefs de centre, mes collaborateurs de groupement, mes adjoints… on a tous œuvré dans l’intérêt général. Je salue aussi le travail des sapeurs-pompiers professionnels et volontaires, chaque fois qu’il y a eu des coups durs, on a pu compter sur eux. J’ai vécu cinq ans de bonheur ici. En trente ans de vie professionnelle, je peux le dire : le Médoc a été un moment très fort de ma carrière de sapeur-pompier. 

(1) Selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) en 2008, 899 pompiers avaient déclaré une agression, contre 3 411 en 2018. Soit une hausse de 280% sur dix ans.