2020 01 23 SO Mieux gérer les ressources en eau

Sud-Ouest du 23 janvier 2020 

La guerre de l’eau n’aura pas lieu 

ENVIRONNEMENT La Gironde dispose d’énormes réserves d’eau, mais les collectivités doivent apprendre à les répartir

eau 23 3Un forage d’eau potable dans la commune de La Brède, aux portes de l’agglomération de Bordeaux. PHOTO ARCHIVES LAURENT THEILLET/« SUD OUEST »

Il peut sembler exagéré de parler de guerre de l’eau dans un département comme la Gironde, doté d’un climat copieusement arrosé, traversé par l’un des plus grands fleuves du pays et bordé par un océan. Et pourtant, on a bien failli en venir aux mains, il y a quelques années, au sujet de l’eau potable. 

Confrontée à des difficultés d’approvisionnement, la Communauté urbaine de Bordeaux (devenue Métropole en 2015), avait lancé en 2013 son projet de champ captant des Landes du Médoc. Une série de forages sur les communes du Temple et de Saumos, pour alimenter la métropole mais aussi une partie du Sud-Gironde (La Brède, Saint-Selve) et de l’Entre-deux-Mers. 

Pas de risque de pénurie 

Levée de bouclier immédiate des sylviculteurs du Médoc, qui avaient adopté une motion fustigeant le projet. Il risquait d’assécher le sous-sol. Une hypothèse peu probable, selon l’Agence de l’eau Adour Garonne, les forages étant trop profonds (environ 200 mètres) pour peser sur les nappes phréatiques utiles aux pins. 

Mais cet épisode montre à quel point les questions d’eau sont devenues sensibles. « Aujourd’hui, on ne peut plus faire comme à l’époque où la CUB avait installé son forage principal à Budos, sans rien demander à personne, sans proposer aucune compensation», souligne Alain Renard, vice-président du Conseil départemental chargé de l’eau. 

Il n’y a pas de risque de pénurie d’eau en Gironde, en revanche on sait depuis le milieu des années 1990 que l’on puise trop dans certains secteurs alors que d’autres sont sous-exploités. Les nappes profondes, qui représentent 97 % de l’eau potable consommée dans le département, sont trop exploitées à l’aplomb de l’agglomération de Bordeaux. 

D’où l’idée d’installer des forages dans les zones excédentaires du département, tout en sachant, pour simplifier, qu’il s’agit de la même réserve d’eau. Le sous-sol girondin est comme une éponge gorgée d’eau dans laquelle on a planté trop de captages ici, pas assez là. 

Outre le champ captant des Landes du Médoc, la Métropole projette un deuxième forage du côté de Saint-Magne, dans le Sud-Gironde. Les études techniques sont en cours. Dans les deux cas, il ne s’agit pas de capter toujours plus d’eau, dans un département qui en prélève déjà 320 millions de mètres cubes par an, dont 120 pour l’eau potable. 

Ces deux nouveaux forages sont uniquement des ressources de substitution: ils doivent fournir 20 millions de mètres cubes par an, les communes qui en bénéficieront s’engageant à réduire d’autant leurs prélèvements dans des nappes déficitaires. Et, grosse différence par rapport au vieux captage de Budos, la Métropole va s’engager sur le développement dans ces territoires ruraux où elle va puiser son eau. 

Des outils nouveaux 

Dans un département qui accueille environ 20 000 nouveaux habitants chaque année, les conflits d’usage de l’eau prennent de l’importance. Pour autant, la guerre de l’eau ne devrait pas avoir lieu. Sous l’impulsion de l’Agence de l’eau Adour Garonne, de nouveaux outils sont créés pour garantir une meilleure gestion de la ressource. 

Au printemps 2019, est ainsi apparu le premier Comité départemental de l’eau. Il rassemble experts, associations environnementales, élus, consommateurs, etc. C’est une instance de réflexion dont le secrétariat est assuré par le Conseil départemental, mais qui jouit d’une certaine indépendance. Son objectif : dégager une vision prospective pour adapter la consommation au changement climatique et prévenir les conflits d’usage. Ce comité s’est déjà réuni trois fois. 

Autre outil nouveau, un Schéma stratégique départemental d’alimentation en eau potable est en cours d’élaboration. Il doit dresser un état des lieux de la ressource et fixer les grandes lignes de l’exploitation aux horizons 2030 et 2050. Toutes les collectivités sont partie prenante, elles doivent s’entendre sur un diagnostic. Ce schéma sera dévoilé sans doute en 2021. Il devra aborder l’épineuse question des zones en cours d’urbanisation. Mais aussi tracer des pistes pour économiser l’eau et tenter de réduire le gaspillage d’eau potable. Chaque Girondin consomme jusqu’à 120 litres par jour, mais cinq à six seulement nécessitent d’être potables. Le reste part dans la douche, la vaisselle, les W.-C. ou le lavage de la voiture. Autant d’usages pour lesquels il faudrait trouver des ressources de substitution. Ce sera l’un des objets de ce schéma.

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Sud-Ouest du 23 janvier 2020 

Un troisième forage en suspens 

SAINT-JEAN-D’ILLAC / MARTIGNAS Visant à répondre à la croissance de la population, le projet des deux communes est au point mort

un troisième forage en suspens

Le syndicat intercommunal d’adduction d’eau et d’assainissement (SIAEA) de Saint-Jean-d’Illac et de Martignas-sur-Jalle travaille à la création d’un troisième forage pour faire face à l’augmentation de la population des deux communes. Le coût d’investissement avoisine les 2,5 millions d’euros, dont une subvention du Conseil départemental à hauteur de 500 000 euros. 

Actuellement, le syndicat gère en propre deux forages situés à Boulac, à Saint-Jean-d’Illac, et à Gabachot, à Martignas-sur-Jalle. Ils répondent aux besoins en eau potable de 15 209 personnes, selon le rapport d’exploitation de l’année 2018. Un troisième, également implanté à Boulac, est mis à disposition du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) pour faire des mesures sur les nappes. 

L’affaire devant les tribunaux 

Hervé Seyve, président du SIAEA, explique l’intérêt du troisième forage : « Les deux équipements en service sont sollicités 20h/24 pour l’un et 22h/24 pour l’autre. C’est au-dessus de la norme. On flirte avec la limite. Un gros incident technique pourrait nous mettre en difficulté.» La localisation du troisième forage a été déterminée après analyse géotechnique. Décision a été prise de l’implanter sur le site de l’ancienne station d’épuration de Saint-Jean-d’Illac. À ce stade, le forage piézométrique, pour s’assurer de l’absence de pollution du sol jusqu’à environ 30 mètres, a été réalisé. « Dans l’attente du retour définitif de l’hydrogéologue, les résultats sont a priori concluants », avance le président du syndicat. 

Le forage définitif est, lui, situé à une profondeur de 170 mètres. « Dans une zone de captage qui n’est pas en interaction avec les nappes de Bordeaux Métropole. D’un point de vue environnemental, on ne vient pas pénaliser les habitants de cette dernière.» 

Seulement voilà, le projet de troisième forage est actuellement au point mort. En cause, les menaces de plus en plus lourdes pesant sur l’existence même du syndicat intercommunal. Rattachée en 2013 à la Métropole (alors CUB, Communauté urbaine de Bordeaux), Martignas-sur-Jalle entend dépendre uniquement de Bordeaux Métropole en ce qui concerne les services d’eau potable et d’assainissement. Une sortie définitive du SIAEA pourrait conduire à la dissolution de ce dernier. Le maire illacais et président du syndicat s’oppose à ce scénario. L’affaire est actuellement devant les tribunaux.