2020 01 20 SO Crise des hôpitaux l'ultimatum des médecins

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Sud-Ouest du 20 janvier 2020 

L’ultimatum inédit des médecins hospitaliers 

SANTÉ Plus de 1 200 médecins hospitaliers menacent de démissionner de leurs fonctions administratives à la fin de la semaine, faute de réponse de l’exécutif. Exemples dans la région

ultimatum 3À Bordeaux, les médecins veulent une réaction du ministère. C. PETIT

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Lui, n’a pas démissionné de ses fonctions administratives au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux. Ce chirurgien hors pair, à la réputation internationale, a préféré quitter le navire de la santé publique, après plus de trente ans d’engagement au service de ses patients. Sa carrière, il a décidé de la boucler en menant au bout son projet médical. Sans rancune. Quoique: il garde en mémoire des images de blocs opératoires, au cœur de l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, fermés en raison de fuites d’eau répétées, les fenêtres condamnées impossible à réparer, des sols vétustes… « Les services de maintenance intervenaient souvent certes, se souvient-il. Bref, à un moment, j’ai eu le sentiment de n’être plus entendu. J’avais l’expertise et le désir de monter un service pointu dans ma spécialité. Notre équipe était prête. Nous n’avons jamais obtenu le soutien nécessaire, financier et administratif. Je suis parti, pour le réaliser dans le privé.» Ce professeur des universités, chirurgien hospitalier, a quitté le CHU, avec toute son équipe, il y a deux ans.  

Il y a aussi Vincent, un confrère resté dans le public, qui a pour la première fois de sa vie, le 17 décembre dernier, foulé les pavés pour dénoncer la crise hospitalière : «Quand j’ai commencé, et même il y a moins de dix ans, les délais avant une opération tournaient autour de 15 jours. Il faut cinq mois aujourd’hui. Et deux pour obtenir un rendez-vous. Pourquoi ? Manque d’anesthésistes, d’infirmiers. Des blocs sont fermés, faute de moyens. Alors on trie les patients, du plus au moins urgent.»  

Démissionnaires à Bordeaux  

Ils ont signé la démission collective, à l’instar de 1 200 médecins hospitaliers de France. Une trentaine de médecins, de chefs de service au CHU de Bordeaux. «Par solidarité et par conviction, assure le professeur Olivier Brissaud, responsable de l’unité réanimation pédiatrique et néonatale. L’idée de la rentabilité du patient est essorée. On n’en peut plus: la gestion comptable du soin est obsolète. La santé n’a pas à être rentable. Nous défendons le juste soin.»  

L’acte de démission concerne les fonctions administratives, c’est donc un geste symbolique qui n’aura pas d’impact sur la qualité des soins prodigués aux patients. N’empêche. « Tous les ans, à la même heure nous sommes submergés par l’épidémie de bronchiolite», déplore le docteur Olivier Richer, responsable des urgences pédiatriques. «On le sait. Et pourtant, chaque fois on subit cette situation en tension. On a des patients lourds, qui demandent du soin attentif, ils sont parfois hospitalisés trois semaines. Mais cet enfer est renouvelé chaque année, et nous sommes impuissants devant ce constat. Une impuissance partagée avec notre administration. » En 2019, 46000 passages ont été comptabilisés dans ce service qui connaît une augmentation de fréquentation de 3% chaque année depuis cinq ans.  

Politique managériale  

Ils soutiennent que leur administration répond à l’urgence, comme eux, sans qu’un projet hospitalier à long terme ne se dessine. « Localement, la direction est à l’écoute, remarque le Dr Pascal Pillet, praticien hospitalier responsable de la pédiatrie et également signataire. On a traversé, à l’hôpital des enfants de Bordeaux, une grosse crise en 2015 qui a conduit à une réflexion et à des travaux qui sont en cours d’achèvement. Mais, il a fallu une crise.» Les trois médecins espèrent un Grenelle ou des états généraux de la santé, « cet ultime acte collectif, remarque le professeur Brissaud est un coup de pression envers le ministère de la Santé, il ne vise pas notre propre direction. On voit bien que la problématique est la même partout en France. Une politique managériale décalée  

Fin 2019, les médecins étaient dans la rue à Bordeaux, avec les autres soignants, ce qui n’est pas dans leur culture. Des pharmaciens, des généticiens, des chirurgiens, des chercheurs, des biologistes, côte à côte avec infirmiers, aides-soignants, manipulateurs radio. « Les hospitaliers ne se retrouvent plus, ils fuient l’hôpital pour aller dans le privé », entendait-on. « Nous, tempère Olivier Brissaud, nous voulons être entendus, nous voulons que notre parole de gens de terrain compte. Nous voulons réfléchir sur l’hôpital de demain, avec l’administration. L’hôpital public était l’endroit de la performance du soin et c’est en train de se perdre

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