Sud-Ouest du 4 décembre 2019 

Des caméras-piéton contre les agressions de pompiers 

SÉCURITÉ Une quinzaine d’appareils vont être déployés dans six centres de secours de Gironde, a annoncé hier la préfecture 

caméra piéton

Une quinzaine de caméras-piéton vont être déployées d’ici à la fin de la semaine dans six centres d’incendie et de secours de la Gironde, a annoncé la préfecture, hier. Cette mesure s’inscrit dans la lutte contre les agressions de sapeurs-pompiers en intervention. Celles-ci n’ont cessé d’augmenter ces dernières années. La Gironde a d’ailleurs longtemps détenu le record de France des incidents signalés. Une tendance qui ne semble pas faiblir. 

445 agressions depuis janvier 

Selon la préfecture, 445 sapeurs-pompiers girondins ont été victimes d’agressions verbales et physiques depuis le 1er janvier. À titre de comparaison, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) dénombrait 415 agressions dans notre département pour toute l’année 2017, en hausse de 19% par rapport à 2016. 

Les caméras-piéton seront installées dans deux centres de secours bordelais, la Benauge et Ornano, ainsi que dans ceux de Bruges, Cadillac, Lesparre et Lacanau. Elles « seront portées lors des interventions de secours de manière à prévenir les passages à l’acte et, si cela s’avère nécessaire, à collecter des preuves pour identifier et poursuivre les auteurs d’agressions verbales ou physiques à l’encontre des personnels », précise la préfecture. 

Le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis), qui avait lancé des groupes de travail sur la problématique des agressions, s’était porté candidat, voilà plusieurs mois, à cette expérimentation. Celle-ci a été rendue possible par une loi d’août 2018 pour laquelle il aura fallu attendre près d’un an avant la publication d’un décret d’application, en juillet dernier. Neuf autres Sdis (Haute-Garonne, Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Morbihan, Nord, Pyrénées-Orientales, Rhône, Yvelines, Val-d’Oise) et la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris ont été retenus pour cette expérimentation qui court jusqu’en 2022 

Les caméras ne seront déclenchées «qu’en cas de nécessité», souligne la préfecture. Aucun enregistrement ne sera conservé sur la caméra après l’intervention et les sapeurs-pompiers porteurs des appareils « ne pourront à aucun moment visionner les images prises, dont l’accès et l’utilisation sont protégés, conformément aux exigences de la Commission nationale Informatique et Libertés », ajoute la même source. Les images et sons seront conservés pendant six mois et détruits automatiquement à l’issue de ce délai. «Ces caméras seront des outils qui pourront aider la justice. Des outils dont il ne faut pas se priver, commente Jacques Noaille, délégué Unsa Sdis 33 (majoritaire). Mais ce n’est pas ce qui va régler le problème de la montée de la violence.» 

TOUJOURS MOBILISÉS 

«Pompiers méprisés, population en danger». Le message s’affiche sur une grande banderole, sur la façade de la caserne de la Benauge, à Bordeaux. Il témoigne d’une mobilisation toujours forte chez les pompiers girondins qui s’inscrit dans un mouvement national lancé en juin par les soldats du feu. Ils dénoncent une dégradation de leurs conditions de travail, la hausse des agressions, demandent un recentrage de leurs missions et des revalorisations salariales. «On a le sentiment d’une perte de sens dans notre travail», expliquent Sébastien et Christophe, pompiers à la Benauge. Les réunions de négociations à Paris n’ont pour l’instant pas débloqué le conflit. Plusieurs syndicats appellent à la grève et à se joindre aux manifestations, jeudi.