Sud-Ouest du 5 novembre 2019 

« Dans trente ans, ça n’ira plus du tout » 

CLIMAT Francoise Gaill est présidente de la plateforme Océan et climat, et directrice au CNRS. Elle fait partie du comité scientifique ayant piloté la mise en œuvre de Climat-Océan. Elle est également la marraine de l’exposition

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"« Sud Ouest » Le rôle de l’océan dans la régulation du climat a souvent été occulté lors des grandes négociations internationales sur le climat. Pourquoi ? 

Françoise Gaill Le cénacle autour duquel travaillaient les politologues était principalement composé de physiciens de l’atmosphère. On peut dire que si la question a été occultée, c’est avant tout en raison d’une histoire de personnes qui ont un manque de sensibilité à ce sujet et aux lobbyistes de l’atmosphère. Par ailleurs, les négociateurs sont bien souvent conseillés par des gens dits « du continent », c’est-à-dire des personnes qui vivent dans des endroits où la pression sur l’océan n’existe pas."... 

..."Aujourd’hui, quelles menaces pèsent sur l’océan ? 

L’une des plus grandes menaces à laquelle doit faire face l’océan, c’est la massive concentration de CO2 dans l’atmosphère. 

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Dans dix ans, comment sera La Rochelle, qui est bordée par l’océan ? 

En 2030, il y aura une élévation assez importante du niveau de la mer avec un impact direct pour les populations. La Nouvelle-Aquitaine est l’une des régions les plus exposées à cela. La ville de La Rochelle, avec l’un des plus grands ports de plaisance d’Europe, est en effet entièrement tournée vers l’océan. Le maire a voulu sensibiliser le grand public aux grands enjeux du littoral avec cette exposition. 

Aujourd’hui, de quoi les citoyens doivent-ils être conscients ? 

Il faut que les gens intègrent que pour nous ça va encore, mais que le danger est à nos portes. Pour nos enfants ou nos petits-enfants, dans trente ans, ça n’ira pas du tout. Les températures vont augmenter et le niveau de la mer également. L’océan viendra grignoter le trait de côte et les événements extrêmes vont se multiplier. Par exemple dans les Antilles, les populations étaient exposées à un cyclone tous les siècles. Le GIEC a annoncé que dorénavant il risque d’y en avoir tous les ans. C’est une catastrophe avec toutes les conséquences humaines et économiques que l’on peut imaginer derrière."... 

Comment, à notre échelle, nous pouvons changer les choses ? 

On peut tout à fait agir à notre niveau. Par exemple, on peut réfléchir à notre empreinte carbone liée à nos déplacements et essayer de moins emprunter l’avion. Pour mon travail, je dois beaucoup voyager, mais aujourd’hui les institutions réfléchissent à d’autres moyens comme la visioconférence pour limiter nos déplacements. On peut aussi réfléchir à nos modes de consommation en évitant d’acheter des choses auprès d’entreprises extrêmement polluantes. Pour les nouvelles générations, c’est une évidence tout cela, ils sont très sensibles à la question environnementale. 

(1) Plateforme laboratoire d’idées

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