BFMTV du 26 septembre 2019 

Crise aux urgences: "dégoûtée du soin", cette médecin envisage de raccrocher la blouse

Début septembre, la ministre de la Santé a annoncé un plan de refondation des urgences avec 754 millions d’euros alloués pour désengorger ces services. Mais le malaise des personnels soignants, déçus par ces mesures, reste prégnant. Certains envisagent même une reconversion professionnelle. 

Ce sont douze années d’études et une vingtaine d’autres dans des services d’urgences que ce médecin envisage d’enterrer. "C’est vrai que j’y pense, hier encore je raccompagnais un patient - j’étais un peu agacée parce qu’on a eu beaucoup de difficultés - et je lui disais 'je vais arrêter'. Mais je ne veux pas aller dans le privé non plus. Je suis dégoûtée du soin", explique à BFMTV Lydie Nguyen-Thé. 

"On doute de notre capacité à soigner" 

La crise du système de santé aura-t-elle raison de ce médecin urgentiste ? En tout cas, après une dizaine d’années passées en Seine-et-Marne, Lydie Nguyen-Thé a rejoint un autre service de la région parisienne pour se confronter encore aux même difficultés. 

"On arrive dans un service avec 24 patients qui sont hospitalisés dans le couloir. On n’a plus assez de brancards pour recevoir les patients qui arrivent, plus assez de chaises, et seulement deux infirmiers. Au bout d’un moment, on a un épuisement physique et psychique", déplore-t-elle tout en glissant: "On finit par douter de sa capacité à soigner." 

Cette détresse dont Lydie Nguyen-Thé fait part ne serait pas cantonnée aux seuls services d’urgences, avance Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF). 

"C’est un malaise qui est lié à dix ans de politique d’économies et à une crise du système de santé. Ça pèse sur l’hôpital et ça inquiète beaucoup l’ensemble des responsables hospitalier", affirme-t-il. 

260 services d'urgences toujours en grève 

Après six mois de grève menés par des personnels paramédicaux, 260 services d’urgences sont toujours mobilisés partout en France, selon le décompte du collectif Inter-urgences. Mi-septembre, ils ont été rejoints par l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), mécontents du plan de refondation des urgences annoncé le 9 septembre par Agnès Buzyn. 

La ministre de la Santé a promis une enveloppe de 754 millions d'euros sur trois ans, mais ne prévoit ni les lits ni les effectifs supplémentaires réclamés par les grévistes. De son côté, Lydie Nguyen-Thé se laisse encore une année pour voir si d'autres moyens sont débloqués avant de changer de métier.