2019 09 24 SO Les maires et l'ONF

Sud-Ouest du 24 septembre 2019 

Ces élus ne lâcheront pas leur forêt 

ENVIRONNEMENT 18 maires de Gironde et des Landes viennent de signer un manifeste contre la soumission à la gestion de leur forêt par l’Office national des forêts (ONF)

18 mairesLes maires ou leurs représentants, hier, à la mairie du Teich. PHOTO B. BZ.

«La seule fois que l’État a soumis de force la forêt d’une commune, c’était sous Vichy. J’espère que l’on ne veut pas revenir à ces pratiques.» François Deluga a le sens de la formule qui fait mal… et mouche. Hier, le maire du Teich, prenant la parole au nom de 17 maires qui l’entouraient (ou leurs représentants), ne s’est pas privé de renvoyer sans ménagement dans les cordes l’État et le gouvernement.

La raison de la colère de ces 18 maires réunis à la mairie du Teich ? L’abandon de gestion de tout ou partie de leur forêt communale au profit de l’État via son bras armé: l’Office national des forêts (lire ci-dessous). Elles ne le veulent pas bien entendu. Mais au printemps 2017, elles ont reçu un courrier leur indiquant qu’elles devaient être soumises au régime forestier, autrement dit gérée par l’ONF.

«L’État ne respecte pas la loi» 

Les communes landaises avaient pris les devants en allant devant le Conseil d’État pour disposer d’un règlement leur assurant qu’elles pouvaient continuer à gérer leurs forêts. Le Conseil d’État leur a donné raison. «On pensait que c’était réglé. Mais force est de constater qu’aujourd’hui l’État essaye de contourner par tous les moyens une décision du Conseil d’État. J’ai entendu la préfète dire que les communes ne respectent pas toujours la loi. Là, c’est l’État qui ne la respecte pas.» 

Les maires concernés considèrent qu’il s’agit d’une « atteinte grave au principe de libre administration des collectivités territoriales ». Ils font donc feu de tout bois et votent des délibérations pour contrer ce passage en force de l’État. « Et il y a unanimité dans les conseils municipaux », indique Jean-Yves Rosazza, maire d’Andernos. Car ce transfert de gestion serait aux yeux de ces élus une atteinte à leur patrimoine forestier, qu’ils ont toujours géré depuis la fin du XIXe siècle. 

« Nous ne voulons pas laisser cette gestion à d’autres que nous », explique Élisabeth Etcheverria, maire de Bias. « Il y a plus d’un siècle, la commune du Porge a racheté sa forêt à l’État. On ne va pas la rendre aujourd’hui», ajoute Martial Zaninetti. « Nous gérons très bien la forêt », ajoute un autre élu. « L’ONF est très efficace pour la gestion des forêts sauvages, mais pas pour les forêts artificielles qui ont été plantées. Nous savons le faire et ce n’est pas pour construire à la place de la forêt contrairement à ce que disent des khmers verts ».

ONF 24

«Racket de l’État» 

Enfin et surtout, la soumission au régime forestier et donc à la gestion de l’ONF entraînerait une perte financière pour les communes concernées. Dans un manifeste qu’ils ont signé hier et vont envoyer au Premier ministre, ils expliquent ainsi : « La gestion en direct de nos forêts représente une part importante des crédits budgétaires. Par exemple pour une commune de 7 000 habitants disposant d’un massif forestier communal de 1 700 hectares, les recettes moyennes annuelles de vente de bois représentent 170 000 euros. Le rattachement au régime forestier correspondrait à une perte de 25 000 euros.» 

Car il faudrait alors reverser à l’ONF une partie du produit de la commercialisation du bois si l’office devenait gestionnaire. François Deluga parle ni plus ni moins de «racket de l’État». « La situation financière de l’ONF explique cet entêtement des services de l’État. Et il ne faut pas s’y tromper, avec l’ONF il y aura bien plus de coupes de bois qu’avec les communes », conclut le maire du Teich. 

Les mairies de Gironde et des Landes qui ont signé: Audenge, Andernos, Le Barp, Belin-Béliet, Bias, Carcans, Cestas, Escaudes, Lanton, Lège-CapFerret, Le Porge, Le Teich, Marions, Onesse-Laharie, Sainte-Eulalie-enBorn, Sainte-Hélène, Saint-LaurentMédoc, Saint-Magne. 

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