La Gazette des Communes du 23 septembre 2019 

Congrès des sapeurs-pompiers : des paroles sans les actes

la gazette du 23 septembre 2019

Le 126ème Congrès des sapeurs-pompiers restera-t-il celui de la déception ? Depuis plusieurs années, les sapeurs-pompiers n’ont de cesse d’alerter sur la sur-sollicitation des effectifs, la désorganisation du secours d’urgence à personnes, la mise en danger du volontariat ou encore la hausse des violences envers les agents. 

Autant d’enjeux longuement débattus lors de leur congrès national qui s’est tenu à Vannes (Morbihan) du 18 au 21 septembre, et pour lesquels les centaines de professionnels et de volontaires venus de toute la France attendaient des réponses concrètes. « Nous voulons des actes. Il faut que le ministre de l’Intérieur prenne ses responsabilités ! », avait pourtant lancé le colonel Grégory Allione, président de la fédération, dès l’ouverture de l’événement, loin d’imaginer la déception à venir. Car de l’avis de tous, Christophe Castaner, n’a pas su convaincre. S’il a loué « le courage et le désintéressement » des sapeurs-pompiers, « des modèles pour la société », les soldats du feu ont aussitôt déploré dans un communiqué « l’absence d’annonces concrètes en réponse à des attentes vieilles de plus de quinze ans ». 

Pression opérationnelle 

Les attentes étaient pourtant grandes, notamment sur l’organisation du secours d’urgence qui cristallise les tensions entre les pompiers et le Samu. Pour faire baisser la pression opérationnelle qu’ils dénoncent, et sauver un système « à bout de souffle », les sapeurs-pompiers réclament depuis longtemps la mise en place du 112, numéro unique d’urgence pour mieux coordonner les acteurs du secours. Une position soutenue par les départements, principaux financeurs des services départementaux d’incendie et de secours (Sdis). 

Invité à la tribune deux jours avant le discours du ministre, le président de l’Assemblée des départements de France, Dominique Bussereau, en a d’ailleurs appelé à l’Etat : « Nos forces de sécurité et de secours sont épuisées. Et cela, la République ne peut pas se le permettre. On ne peut plus s’éterniser dans des discussions techniques. Je demande une décision politique pour réorganiser le système de traitement des urgences. Ce que nous voulons est très clair : nous voulons des plateformes communes de réception et de traitement des appels d’urgence entre le 18 et le 15, et pourquoi pas le 17. » 

Un avis partagé par Alain Thirion, récemment nommé directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises place Beauvau. « Il faut absolument réduire le nombre des opérations qui ne correspondent pas au secours d’urgence. On ne peut pas considérer que vous êtes le service que l’on peut utiliser à tout bout de champ. Pour cela il faut travailler ensemble : fédération, ADF et ministère de la Santé. » 

De son côté, le ministère de l’Intérieur a justement assuré travailler avec la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui déclarait récemment ne pas vouloir « de guerre de tranchées entre médecins libéraux, hôpital et pompiers »« Nous pourrions lancer des expérimentations dans quelques départements volontaires », a avancé Christophe Castaner. Sans davantage de précisions. 

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Concernant la sécurité, outre l’expérimentation des caméras-piétons, à l’instar du dispositif déjà utilisé par les policiers municipaux, et le lancement annoncé d’une campagne de sensibilisation, le ministre de l’Intérieur souhaite que « que la parole se libère ». « Je vous demande de porter systématiquement plainte. Je compte également accélérer et généraliser la conclusion de protocoles de partenariat avec les forces de l’ordre. » 

D’autres pistes sont à l’étude. Tout d’abord une proposition de loi qui pourrait permettre aux témoins de violences envers les sapeurs-pompiers de conserver leur anonymat, et ainsi faciliter les dépôts de plainte. Les sapeurs-pompiers attendent aussi beaucoup de la mission sénatoriale d’information sur la sécurité des sapeurs-pompiers en intervention, dont deux co-rapporteurs, Catherine Troendlé (Les Républicains – Haut-Rhin) et Patrick Kanner (Socialiste et Républicain – Nord) étaient présents. « Il faut une meilleure coordination en amont entre les bleus, les blancs et les rouges, pendant l’opération et après », a estimé ce dernier. « Il n’y a pas de réponse unique, a ajouté Olivier Richefou, président de la Conférence nationale des services d’incendie et de secours. Les caméras-piétons sont une mesure parmi d’autre. Il faut aller sur le sujet de la formation, de la conduite à tenir lors des agressions. De plus, il faut identifier les sorties à risque avant le départ en intervention. » Là encore, le 112 et les centres de traitement communs avec la police semble être l’une des solutions. 

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Préserver le volontariat 

Les sapeurs-pompiers s’inquiètent aussi de la mise en application d’une directive européenne qui assimilerait le statut de volontaire à celui de travailleur, mettant ainsi en péril le système de secours français qui repose à 80% sur le volontariat. Mais les discussions avec Bruxelles traînent. « Je ne lâcherai rien ! » a promis Christophe Castaner avec fermeté. 

Enfin, face aux interrogations des sapeurs-pompiers concernant la réforme des retraites, Christophe Castaner a tenu à rassurer. « Le principe même du départ anticipé des sapeurs-pompiers professionnels ne sera pas remis en cause », tandis que « l’engagement des volontaires doit être pris en compte dans le calcul des retraites ». 

Beaucoup d’engagements donc, qui n’ont pas suffi à apaiser les craintes du monde de la sécurité civile. Face à ce « constat sans réponse », les sapeurs-pompiers en appellent désormais au président de la République. Le ministre de l’Intérieur a affirmé avoir donné « chargé le directeur de la sécurité civile de conduire une large concertation pour décliner ses orientations ». Mais les sapeurs-pompiers s’impatientent. « Nous n’attendront pas plus de 112 jours pour voir un véritable contenu donné à cette feuille de route », préviennent-ils, demandant au chef de l’Etat de « donner les moyens à son ministre ». 

FOCUS

Malgré un dialogue renoué, la manifestation du 15 octobre maintenue 

A la tête d’un mouvement de grève depuis le mois de juin, une intersyndicale (CGT, FASPP-PATS, FO-SIS, CFDT-SDIS, UNSA-SDIS, SPASDIS-CFTC, Avenir Secours, CGE-CGC) revendique notamment la revalorisation de la prime de feu, des recrutements pour répondre aux besoins des Sdis, et la prise en compte des questions de protection de la santé et de la sécurité des agents. S’ils déploraient jusque-là le silence du ministère de l’Intérieur, les syndicats ont finalement pu échanger avec Christophe Castaner et Alain Thirion, nouveau directeur général de la sécurité civile, en marge du congrès. Après cet entretien, les syndicats se sont félicités de « ce dialogue renoué » dans un communiqué. Mais en attendant des actes concrets et « un engagement aussi clair et fort de la part de l’ADF, de l’AMF et de la Conférence nationale des services d’incendie et de secours », les syndicats ont décidé de maintenir la grève et la manifestation annoncée le 15 octobre.