Le Point du 18 septembre 2019 

Urgences, grève, agressions : un congrès des pompiers sous tension 

Depuis la fin juin, sept des neuf syndicats de pompiers professionnels ont lancé un mouvement de grève pour dénoncer « l'absence totale » de réponses.

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Un « système de secours à bout » et des troupes au bord du « ras-le-bol » : en congrès national à partir de mercredi à Vannes (Morbihan), les pompiers espèrent obtenir enfin un soutien clair de l'État face à l'accumulation des problèmes, des agressions à la grève en passant par la crise des urgences. 

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Dans une chaîne des secours débordée et en zone de turbulences, les urgences hospitalières en grève depuis six mois ne sont pas les seules à manifester leur mécontentement. Depuis la fin juin, sept des neuf syndicats de pompiers professionnels ont lancé un mouvement de grève pour dénoncer « l'absence totale » de réponses du ministère de l'Intérieur à leurs revendications en matière de primes, retraite et équipement. 

Un mouvement pour le moment symbolique 

Le mouvement est resté jusqu'ici plutôt symbolique, les professionnels ne représentant que 16 % des quelque 247 000 sapeurs-pompiers et étant de plus astreints à un service minimum. Mais il dure et n'en témoigne pas moins du « ras-le-bol » d'une profession chaque année plus mobilisée (4,5 millions d'interventions en 2018, soit une toutes les 7 secondes), rappelle Grégory Allione, président de la Fédération nationale de sapeurs-pompiers (FNSPF), avant ce 126e congrès de la profession. 

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Des pompiers selon lui souvent livrés à eux-mêmes sur le terrain, monopolisés par les secours aux personnes (84 % des interventions, contre 54 % il y a 20 ans) pour pallier notamment le recul des services publics, médicaux en particulier.

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Pour Grégory Allione, l'heure est grave : « La grève des urgences comme la situation des pompiers montre que le système de secours français ne fonctionne plus. » Si elle a plutôt favorablement accueilli les dernières mesures annoncées par le gouvernement pour les urgences hospitalières, la FNSPF estime qu'il doit aussi s'occuper des urgences pré-hospitalières, « à 95 % assurées par les pompiers », comme la prise en charge des personnes âgées dans les zones reculées. 

Un numéro d'urgence unique  ? 

Et accéder enfin à l'une de ses revendications de longue date : instaurer définitivement le numéro d'urgence unique 112 en lieu et place des 15 (Samu), 17 (police) et 18 (pompiers), avec des centres d'appels départementaux communs. 

« Cela permettra de répartir plus efficacement les appels » en fonction des besoins, explique Grégory Allione. Et aux pompiers, souvent appelés en premier pour leur rapidité, de se concentrer sur les « vraies » urgences comme les accidents graves ou les arrêts cardiaques, où « chaque minute compte pour sauver une vie ». 

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La FNSPF y voit également un moyen de mieux prévenir les agressions verbales et physiques contre les pompiers, un fléau encore limité (5 par jour, sur 10 000 interventions en moyenne), mais qui a fortement augmenté récemment (+ 23 % en 2017, après + 17,6 % en 2016, selon le ministère de l'Intérieur). 

Une future campagne de communication  ? 

Christophe Castaner doit s'exprimer comme de coutume après le président de la FNSPF samedi en clôture du congrès. Selon une source proche du dossier, le ministre pourrait y lancer une grande campagne de communication contre les agressions visant les pompiers. 

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Grégory Allione devrait de son côté rappeler au gouvernement son engagement à soutenir le volontariat, « socle essentiel » du métier, car 80 % des pompiers sont des volontaires, une activité parfois difficile à concilier avec la vie professionnelle et familiale, et dont la profession peine à augmenter le nombre. Or, outre le secours à personnes, les pompiers restent également « sollicités par les incendies et autres catastrophes naturelles qui se multiplient avec le réchauffement climatique », note Grégory Allione.