Sud-Ouest du 18 septembre 2019 

«La troisième tempête sera sanitaire» 

SYLVICULTEURS Vincent Dorlanne prend la suite de Bruno Lafon à la tête du syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest dont l’assemblée générale est programmée vendredi à Morcenx (40)

la troisième tempête 3Le Syndicat des sylviculteurs estiment à 25millions de mètres cubes de pins la ressource en gros bois mobilisable. D. LE DEODIC/« SO »

Il est élu depuis le 11 juin et fera sa rentrée officielle au pupitre, vendredi, devant les adhérents, à Morcenx(40), lieu choisi par le Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest (SSSO), pour tenir son assemblée générale annuelle. Vincent Dorlanne est le nouveau président du syndicat qui fédère 6 000 propriétaires forestiers sur le massif des Landes de Gascogne. Il succède à Bruno Lafon qui a porté la casquette pendant dix ans. 

Avocat inscrit au barreau de Bordeaux qui fera valoir ses droits à la retraite en fin d’année 2019, Vincent Dorlanne, 61 ans, est un Landais, qui entretient depuis plusieurs années la propriété de pins que sa famille se transmet depuis quatre générations du côté de Messanges. Son implication dans la forêt lui a donc été insufflée « à la naissance » et il a occupé son premier mandat d’administrateur en 1993. Son père Dominique a été président du syndicat de 1966 à 1979. 

«Sud Ouest» En 2018, il a beaucoup été de question de la ressource en bois mobilisable sur le massif. Les sylviculteurs ont été taxés par certains industriels de faire de la rétention sur un marché très tendu, en raison de l’effet post-tempête Klaus. Quelle est la situation aujourd’hui ?

Vincent Dorlanne Nous avons, depuis, reçu les résultats de l’étude Quaspare sur la qualification spatiale de la ressource que nous avions commandée et qui a été financée en partie par l’État et la Région. Une étude destinée à quantifier l’offre de bois mobilisable, commune par commune, dans l’immédiat mais également dans cinq, dix, ou encore vingt ans. Quastare et ses cartographies ont été mises à disposition des industriels qui ont pu avoir une vision claire des volumes disponibles et des investissements à envisager pour l’avenir. Et depuis, on n’entend plus parler de ressource. Le marché s’est calmé, les prix se sont stabilisés. Le massif présente 25 millions de mètres cubes de gros bois mobilisable, sur une ressource globale de pins maritimes de 100 millions de mètres cubes. 

la troisième tempête 4

On coupe du bois et on replante. C’est utile de le rappeler ? 

Oui, ça s’appelle ‘‘la gestion durable’’ de la forêt. Nous devons également rappeler, et le syndicat s’y emploie, le rôle de la forêt de plantation, puits de carbone, dans la lutte contre le changement climatique. Un massif artificiel avec une biodiversité particulière qui est le résultat de son effet mosaïque, autrement dit de parcelles de différents âges contiguës. Mosaïque composée aussi de coupes rases qui permettent d’accueillir des espèces rares ou menacées. Nous sommes des écologistes en faisant notre métier… 

Le 27 décembre prochain, il y aura vingt ans que la France et la région subissaient le souffle mortel et dévastateur de la tempête Martin. Qu’est-ce que les sylviculteurs ont retiré de ce douloureux passage ? 

Cette tempête nous a obligés à phosphorer, à prendre des décisions, notamment celle de replanter du pin maritime et à réfléchir sur l’avenir. Martin nous a montré que nous étions en situation de surstockage de bois. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Médoc, grenier à bois du massif, s’est retrouvé à terre : il avait des pins en surabondance âgés de 60 ans. Nous avons donc opté pour des révolutions plus courtes (35ans). Il nous a fallu également faire des expérimentations sur le stockage du bois notamment par aspersion. Expérience qui nous sera très utile après le passage de Klaus en 2009. Évidemment, Martin puis Klaus ont mis sur la table la question de l’indemnisation et de l’assurance. Nous avons pensé à des outils. Mais leur validation peine à arriver. Enfin quand nous avons vécu la tempête 1999, nous avons pensé être tranquilles pour un siècle… 

Et Klaus a frappé. Craignez-vous un troisième épisode ? 

Clairement oui, mais cette fois… sanitaire. Notre crainte: le nématode du pin. Les scientifiques sont formels : la forêt de Gascogne ne sera pas épargnée. Le petit ver et son vecteur, le Monochamus, arriveront par la route, via un transport de palettes. Ils ne savent pas dire quand, mais sont convaincus que ce sera avant 2030. Il existe un plan européen de gestion de crise calqué sur l’expérience du Portugal qui préconise une mise sous cloche de 130 000 hectares autour du foyer et qui est inapplicable à notre massif où les parcelles sont denses et contiguës. Avec l’ensemble de la filière nous avons fait des propositions pour adapter le texte européen de 2012 aux spécificités de notre forêt. L’État français n’a toujours pas saisi la Commission européenne. Ce sera notre combat pour les mois à venir.