BFM avec RMC du 21 août 2019 

Faut-il limiter l'accès aux urgences ?

Faut-il limiter l'accès aux urgences?

Cinq mois que les services d'urgences sont en grève. Et de plus en plus rejoignent le mouvement. Il y en a aujourd'hui 217 sur toute la France. Les urgentistes dénoncent leurs faibles moyens, alors qu'il y a de plus en plus de patients dans ces services.

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La fréquentation dans les urgences a doublé en 10 ans. 21 millions de passages en 2016, contre un peu plus de 10 millions en 1996 selon les syndicats hospitaliers. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a déjà présenté quelques mesures mi-juin pour calmer les urgentistes, comme une revalorisation de la prime individuelle de risque, la création d’une autre prime de 100 euros bruts par mois, ou le rehaussement des heures supplémentaires. En vain.  

Agnès Buzyn doit encore annoncer d’autres mesures. Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France espère qu’elles iront dans le sens d’une limitation de l'accès aux urgences en donnant, entre autres, plus de moyens aux médecins libéraux pour "trier" les entrées. 

"Il y a 15 millions de passages qui n'ont rien à faire aux urgences et coûtent 3 milliards à la collectivité" 

"Il faut limiter l'accès. Il y a 15 millions de passages qui n'ont rien à faire aux urgences et coûtent 3 milliards à la collectivité. Si on permettait aux médecins libéraux de s'organiser, ça coûterait 300 millions d'euros. Il faut que les urgences aient les moyens d'accueillir les véritables urgences et penser au modèle Danois où les gens n'arrivent aux urgences qu'en ambulance ou sur un courrier d'un médecin. Voilà ce qu'il faut faire."

Le Danemark a mis en place un numéro de téléphone spécialement dédié aux situations qui ne sont pas extrêmement graves. Une sorte de "15 bis" où chacun peut, mais surtout doit expliquer ce qui ne va pas. Ce n’est que si cela s’impose ensuite que la personne est dirigée vers les urgences. Ce système aurait permis de diviser par deux le nombre de patients se présentant à l’hôpital. 

"Le ministère pense qu'en augmentant les moyens ça fera appel d'air et que les gens continueront de venir" 

Mais pour Hugo Huon, président du collectif Inter-Urgences, ces services ont pour principe d'accueillir tout le monde limiter leur accès n'est pas une solution. 

"Le ministère pense qu'en augmentant les moyens ça fera appel d'air et que les gens continueront de venir. Mais les conditions sont telles que les gens décèdent en bout de course sur des brancards donc il faut mettre des moyens. je questionne le fait d'imposer aux citoyens d'appeler un numéro avant de se rendre aux urgences en refusant d'élever les moyens."

Comme le dit le président du collectif Inter-urgences, les conditions d’accueil sont très mauvaises. Il y a une semaine, un homme de 70 ans est resté 6 jours et 12 heures aux urgences de Saint-Quentin dans l’Aisne. 

Deux semaines plus tôt, un patient de 72 ans a passé lui 5 jours sur un brancard, dans le CHU de Saint Etienne, sans chambre.