Sud-Ouest du 20 août 2019 

« Burdigala II »: «On a évité une catastrophe » 

BORDEAUX Au soir de l’accident du bateau de croisière, encore sous le choc, une passagère raconte à « Sud Ouest » l’enchaînement des événements

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La journée avait pourtant bien commencé. Ce lundi, à 11 h 30 précise, 90 invités avaient rendez-vous à l’embarcadère du «Burdigala II», un bateau de croisière sur la Garonne où ils devaient fêter les 70 ans d’un de leurs copains. Le soleil était au rendez-vous et les convives ont pris place dans le bateau. «Je me suis assise sur une chaise à l’intérieur. J’étais très heureuse d’être là», raconte Josette Belloq, l’une des invitées, par ailleurs première adjointe au maire de Lormont (33).

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Mais une trentaine de minutes après le départ, l’embarcation s’emballe. «J’ai senti que quelque chose n’était pas normal. Le bateau allait beaucoup trop vite et la trajectoire était approximative », raconte l’élue de 74 ans. Alors que les discours de remerciements étaient à peine terminés, les choses se sont accélérées. «J’ai senti que le bateau longeait les piliers du pont Chaban, se souvient-elle. Il devenait comme incontrôlable.» 

Un bateau «ivre» 

Pour se protéger, Josette Belloq se couche au sol en position fœtale, les mains autour de la tête. « Le bateau a pris de la vitesse, il était embarqué par le courant. On aurait dit qu’il était ivre », poursuit-elle. À l’intérieur de l’embarcation, les quelque 300 verres dressés pour l’occasion volent en éclats. « Mais pourquoi va-t-on si vite ? », s’interroge alors l’adjointe. 

Aux alentours de 12 h 30, le navire percute frontalement l’un des piliers centraux du pont Chaban-Delmas, coté rive gauche. L’avant du bateau est plié. À l’intérieur et sur le pont, la panique gagne les passagers. « On a aussitôt demandé s’il y avait des blessés », raconte Josette Belloq.

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10 blessés, dont 3 grièvement 

Au sol, les convives dressent un premier bilan en attendant l’arrivée des secours. «Il y avait une infirmière avec nous. Blessée. Elle a vite compris qu’il s’agissait du col du fémur qui était cassé ». Un passager se plaint de douleurs au dos, un autre à la hanche. Un petit garçon, lui, a la tête ensanglantée. 

En quelques minutes, les secours se rendent sur place et apportent les premiers soins. En tout, 10 blessés, dont 3 grièvement. Les passages les plus touchés sont évacués en premier, par navette fluviale ou avec la grande échelle des pompiers. «Ils ont été remarquables », salue l’élue. Quelques minutes plus tard, les autres passagers, choqués, mais indemnes, sont eux aussi évacués. Un Bat3 et un autre bateau de croisière (« La Sardane »), les raccompagnent à l’embarcadère de départ. «On était tous sous le choc », raconte l’élue encore bouleversée. 

« On a évité une catastrophe », répète-t-elle depuis l’accident. Après une séance de cinéma « pour se changer les idées », les premières questions arrivent : «Comment est-ce possible qu’un bateau inauguré il y a deux ans à peine, avec autant d’électronique à bord, puisse tomber en panne ? s’interroge Josette Belloq. On avait tous confiance dans cette compagnie.» 

Au soir de la collision, l’élue a avant tout une pensée pour les organisateurs. « Je suis navrée que cette journée se soit ainsi terminée. Ce devait être une belle fête.» Elle se souvient aussi du mot qu’elle a laissé sur la carte d’anniversaire de Bernard… : « Au-delà de tous les voyages que tu as faits dans ta vie, celui-ci sera inoubliable.» Elle ne pensait pas si bien dire.

2019 08 20 SO Dix blessés et d'importants moyens engagés