2019 08 02 SO Frelon asiatique

Sud-Ouest du 2 août 2019 

Frelon asiatique : pas plus dangereux pour l’homme 

SANTÉ Alors qu’une femme est décédée mercredi à Grayan-et-l’Hôpital, les études montrent que cet insecte n’est pas plus dangereux pour l’être humain que les espèces autochtones

frelon asiatique 2

A la suite de la mort d’une touriste de 65 ans, mercredi soir, à Grayan-et-l’Hôpital, décédée après avoir été piquée par un ou des frelons asiatiques, la question revient : cet insecte apparu en France en 2004 qui a, en quinze ans, colonisé tous les départements de l’Hexagone et gagné la plupart des pays voisins, est-il plus dangereux et agressif pour l’homme que les espèces autochtones ? À ces interrogations, des chercheurs de l’Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité (1) répondent clairement par la négative, dans un article publié fin juin intitulé «Dépasser sa peur des espèces invasives grâce à la science citoyenne». 

«Comme tous les frelons et autres guêpes sociales, il inquiète aussi le grand public, à cause de ses piqûres qui ne sont pourtant pas plus venimeuses que celle de l’abeille domestique», soulignent-ils. «Toutes ces espèces sociales, qui attaquent lorsqu’on s’approche à moins de 5 mètres de leur nid, ne sont véritablement dangereuses qu’en cas de piqûres multiples (plusieurs centaines) ou chez les personnes allergiques, pour qui une seule piqûre peut être fatale en l’absence d’un rapide traitement», insistent les chercheurs qui rappellent que «l’abeille domestique et les guêpes communes sont bien plus souvent en cause dans ce genre d’accidents». 

En France, on dénombrerait une quinzaine de morts chaque année liées à des piqûres d’hyménoptères (qui regroupent les abeilles, guêpes et frelons). Combien en Gironde et en Nouvelle-Aquitaine ? Sollicitée, l’Agence régionale de santé n’a pas été en mesure de répondre, hier. «Contrairement au moustique-tigre, le frelon asiatique n’est pas vecteur de maladies. Il ne fait donc pas l’objet d’un dispositif de surveillance sanitaire particulier», précise-t-on. Il faut dire que cela fait plusieurs années et plusieurs études, y compris médicales, qu’il est établi que Vespa velutina nigrithorax, son petit nom scientifique, n’est pas plus dangereux pour l’homme que ses cousins locaux. Très vite après son installation sous nos cieux, le Comité de coordination de toxicovigilance s’était penché sur le sujet et avait publié un rapport, en 2009, réalisé sur plusieurs années d’observations : «Conséquences sanitaires de l’installation du frelon asiatique Vespa velutina en France: expérience des Centres antipoison français ». Le centre antipoison de Bordeaux, un service du CHU de Pellegrin, y avait bien sûr participé. Il s’est retrouvé en première ligne avec le frelon asiatique, celui-ci ayant déployé ses ailes pour la première fois en France dans notre région: il aurait été introduit accidentellement dans un conteneur de poteries importées de Chine par un horticulteur du Lot-et-Garonne. 

«Vespa velutina est très probablement dangereuse pour l’homme dans trois circonstances particulières qui sont les mêmes qu’avec nos espèces autochtones : piqûres multiples ou piqûre unique avec une localisation muqueuse ou encore patient allergique au venin d’hyménoptère», concluait le rapport du Comité de toxicovigilance qui, au vu de ces résultats, jugeait qu’il «n’était pas nécessaire de poursuivre la surveillance des centres antipoison sur ce thème». 

Stylo d’adrénaline 

D’après les secours qui sont intervenus à Grayan-et-l’Hôpital, la sexagénaire qui a succombé mercredi aurait été victime d’une réaction allergique majeure après avoir été piquée, dont la forme la plus grave est le choc anaphylactique, une chute brutale de la tension artérielle qui peut engager le pronostic vital. En cas d’allergie aux hyménoptères, il est indispensable d’avoir toujours sur soi une trousse d’urgence prescrite par un médecin et qui contient un stylo d’adrénaline auto-injectable. 

  1. Il s’agit d’un laboratoire commun du CNRS, du Muséum national d’histoire naturelle, de Sorbonne Université, de l’École pratique des hautes études et de l’Université des Antilles.

un ennemi de l'abeille