La Gazette des communes du 17 juillet 2019 

Sécheresse : des dégâts très inquiétants dans les forêts

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"L’épicéa, le hêtre, le pin sylvestre, le frêne, le chêne blanc, … la liste des espèces victimes de la sécheresse un peu partout en France, ne cesse de s’allonger. Le manque d’eau fragilise les arbres qui sont alors plus vulnérables aux attaques des parasites comme le scolyte qui ravage les épicéas jusqu’en Europe centrale. Les élus des communes forestières sont inquiets ! 

Après 2017, 2018… 2019 est bien partie pour être une année très chaude et sèche. 118 arrêtés de restriction d’eau étaient en cours le 16 juillet dans 61 départements… « Toute la forêt est en souffrance parce qu’elle a du mal à supporter ces conditions météorologiques, s’inquiète Pierre Grandadam (LR), maire de Plaine (Bas-Rhin, 1000 hab) et président des communes forestières d’Alsace. Le changement climatique s’est accéléré. Nous n’étions pas préparés à ce que cela aille aussi vite et à ce que les dégâts touchent autant d’espèces. Ce qui fait peur, c’est la brutalité et l’ampleur du phénomène ». Dans tous l’Est de la France, les épicéas meurent en masse, attaqués par un insecte, le scolyte, un petit coléoptère subtropical, qui se niche entre l’écorce et le bois vivant.

En affaiblissant les arbres, les sécheresses fréquentes et prolongées les rendent plus vulnérables aux insectes parasites et à certains champignons. «L’épidémie de scolyte est une crise majeure, confirme Jean-François Boquet de la Direction territoriale Bourgogne Franche-Comté de l’ONF. Elle concerne toute l’Europe de l’Est et centrale »."... 

Le frêne, porté disparu en Franche-Comté ? 

«Les épicéas en train mourir ou morts représentent 100 à 150 millions de mètres cubes à l’échelle européenne, soit l’équivalent des débats causés par la tempête de 1999 », pointe Jacky Favret (LREM) maire de Blonde-Fontaine (Haute-saône, 284 hab.) et vice-président de la Fédération française des communes forestières. Autre espèce en souffrance : le frêne, victime d’un champignon microscopique, le chalara. « Dans quelques années, cet arbre aura disparu de la région Franche-Comté », poursuit Jacky Favret. 

D’autres arbres dépérissent parce qu’ils ne supportent pas la sécheresse, tout simplement. C’est le cas des sapins pectinés, mais aussi des hêtres. « On n’avait jamais vu ça à ce niveau-là, même lors de la canicule de 2003 », constate Jean-François Boquet. 

La forêt méditerranéenne souffre également et massivement et en particulier les quatre essences, les plus courantes dans la région Sud, comme le révèle une étude réalisée en 2019 par l’Irstea d’Aix-en-Provence (1). « La moitié des peuplements de chêne sylvestre dépérissent, révèle Michel Vennetier spécialiste des forêts pour l’Irstea. Pour le chêne blanc, première espèce de feuillus, c’est pire : 60 % des arbres dépérissent, 16 % sont mourants. Le chêne liège connaît une mortalité massive dans les massifs des Maures et de l’Estérel dans le Var, seules zones où ils sont implantés dans le sud-est ». 

Même les espèces les plus résistantes comme le chêne vert et le pin d’Alep souffrent. Fougères, mousses, arbustes : le sous-bois n’est pas épargné : 15 % de la flore a disparue ou est très diminuée. La micro-faune du sol est touchée également. « Nous avons observé un effondrement des populations de vers de terre par exemple », poursuit Michel Vennetier. 

Le scolyte en accusation 

Cette crise touche les communes forestières de plein fouet. La France en compte 11 000 qui sont propriétaires 2,9 millions d’hectares, soit 63 %  de la surface des forêts publiques. « L’exploitation du bois représente entre un quart et un tiers en moyenne de leur budget », précise Jacky Favret. L’épicéa, utilisé pour la charpente de qualité entre autre, représente une source de revenu important pour la filière. « Heureusement, il ne perd pas ses capacités techniques lorsqu’il est attaqué par le scolyte, ce qui n’est pas le cas du hêtre qui, mort de soif, ne fait que du mauvais bois de chauffage, poursuit Jacky Favret. Aujourd’hui, le marché est saturé de bois scolyté et les prix chutent. 

« Car le meilleur moyen de lutter contre ce parasite est de couper les arbres touchés tout de suite et de les sortir de la forêt, pour freiner l’essaimage des insectes, et avoir un bois moins abîmé et mieux valorisé, expose Pierre Grandadam. Le bois scolyté pourrait représenter 50 % de notre récolte cette année. On va forcément devoir aussi couper du bois sain, indispensable pour certains usages ». 

Des arbres qui aurait pu encore pousser 10 ou 20 ans, vont être prélevés prématurément ce qui va impacter les recettes futures. « Ces dépérissements en masse font mal et interpellent le forestier, conclut Pierre Grandadam. Que faut-il planter dans l’avenir ? Il faut intensifier la recherche, les expérimentations. La difficulté, c’est qu’il faut des décennies pour observer un peuplement d’arbres à différents stades ». 

FOCUS 

Le changement climatique a aussi des effets positifs sur la forêt 

« Depuis quarante ans, la production de bois sur pied a augmenté de 40 % par rapport au siècle dernier et la surface forestière a doublé en cinquante en France », souligne Francis Martin, directeur du laboratoire Arbre de l’Inra (2). La croissance des arbres est boostée. 

Prenons le hêtre, par exemple. Il atteint un diamètre de 60 cm à l’âge de 90 ans  actuellement au lieu de 150 ans il y a un siècle, soit un gain de soixante ans ! « Cet effet positif du changement climatique  sur la forêt est dû à l’augmentation de la teneur en gaz carbonique (C02) dans l’atmosphère qui est la nourriture des plantes, par le biais de la photosynthèse », poursuit Francis Martin. La hausse des températures induit quant à elle l’allongement de la durée de la saison de végétation et stimule l’activité des mycorhizes, ces structures qui résultent de la symbiose entre les racines des plantes et des champignons. 

FOCUS 

De nouvelles essences plus adaptées au changement climatique

Le département de Belfort, l’ ONF et l’Association des communes forestières de Belfort ont lancé une expérimentation sur la mise en place d’un réseau de parcelles d’avenir sur la période 2018-2022. Il s’agit d’installer dans des forêts communales du département, des plantations pilotes de nouvelles espèces d’arbres ou de nouvelles provenances d’espèces, pour voir comment elles se comportent vis-à-vis des évolutions climatiques et si elles pourraient se substituer aux essences actuelles. Des cèdres de l’atlas, des tulipiers de virginie, des chênes sessiles en provenance de Poitou-Charentes, des aulnes de Corse, des pins Laricio de Calabre, etc. 

4000 arbres ont déjà été plantés l’hiver dernier, des milliers d’autres le seront à l’automne et l’hiver prochains. 22 communes se sont portées candidates pour gérer une parcelle d’avenir plantée de 550 arbres. Chacune bénéficie d’une subvention de 2500 euros du département qui couvre la moitié environ du coût de l’opération. Les arbres sont plantés par l’ONF.