Sud-Ouest du 13 juillet 2019 

Pompiers : « Il faut tout remettre à plat » 

BORDEAUX  400 pompiers ont manifesté hier pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail

Pompiers il faut

François (1) a 40 ans, dont 15 comme pompier à Villenave-d’Ornon. « Quand j’ai débuté, on tournait à 3 500 interventions par an. On est à 10 000. Les effectifs, eux, n’ont pas bougé : 80 pros et une cinquantaine de volontaires», raconte-t-il au milieu de la manifestation qui a réuni 400 pompiers, hier, à Bordeaux, à l’appel d’une intersyndicale Unsa, CGT, CFDT, FO et SA/SPPPATS. Une action qui s’inscrit dans le mouvement national de grève qui court jusqu’au 31 août, pour dénoncer les dégradations des conditions de travail des soldats du feu. 

«On n’a plus le temps de faire des exercices d’entraînement quotidiens. On est constamment sur le terrain», poursuit François. Un peu plus loin, Loïc, 43 ans, est en poste à Langon. «Taxi du Samu», peut-on lire sur sa chemisette. «Nous sommes les derniers maillons de la chaîne. Quand le Samu n’a pas de solution, c’est nous qu’il appelle. Sur dix interventions, huit ne relèvent pas de nos missions. On se retrouve sur des secours à personne qui n’ont aucune urgence vitale et devraient être traités par des médecins généralistes ou des ambulanciers privés», explique-t-il. Ces interventions de « bobologie » ou de transport sanitaire explosent dans la métropole bordelaise dont la hausse de population ne faiblit pas. «Conséquence : tous les jours, une ambulance de Langon part en renfort à Bordeaux. On déshabille Paul pour habiller Pierre. Pour les usagers, c’est une dégradation du service et une possible hausse des temps d’intervention. Il est urgent de tout remettre à plat», ajoute Loïc. 

«On se sent méprisés» 

« Le ras-le-bol monte contre l’État. Nos syndicats nationaux ont été reçus en mars par notre ministre de tutelle, Christophe Castaner. Et depuis, rien. La question de la révision des financements des Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis), qui permettrait d’augmenter les effectifs pour répondre à l’augmentation de nos sollicitations, n’est pas tranchée. Notre demande d’être reconnu comme un métier à risque n’a pas reçu de réponse. On se sent méprisés », pointe Elsa Perez, déléguée CGT. Hier, une délégation de pompiers a été reçue par le conseil d’administration du Sdis 33. «Le président, Jean-Luc Gleyze, nous a annoncé la création de 25 postes et assuré de son soutien, indiquant qu’il allait faire remonter nos revendications», détaille Sébastien Dephot de SA/SPPPATS.

Les pompiers n’excluent pas de nouvelles actions. « Depuis qu’on hausse le ton, comme par miracle, on voit les carences ambulancières baisser. La preuve que l’on peut trouver des solutions», relève François. La Protection civile a été appelée à la rescousse. À la demande de la préfecture, elle a mis à disposition du Samu33 cinq ambulances pour du secours à personne. 

(1) Le prénom a été modifié