A l'instar du SAMU, les syndicats des sapeurs-pompiers ont appelé ceux-ci à faire grève fin juin et ce jusqu'au 31 août. Grève d'ailleurs, très massivement suivie, toutefois les secours sont quand même assurés.

Les sapeurs-pompiers devront-ils se mettre en arrêt maladie comme les personnels des services d'urgences pour que les autorités compétentes prennent enfin la mesure de la situation qui met, non seulement notre système de secours en danger, mais également nos vies ? 

Comme le dit si bien dans un article ci-dessous, Jean-Claude Deyres, Vice-Président PS du département de Landes : " le système que l’on a laissé s’installer depuis une quinzaine d’années ne fonctionne plus".

Gironde Vigilante avait alerté les autorités compétentes dès 2007.

Sud-Ouest du 4 juillet 2019 

Les sapeurs-pompiers toussent aussi 

SECOURS Alors que les hôpitaux sont surchargés et que l’on peine à endiguer la désertification médicale dans les territoires ruraux, les pompiers estiment ne plus être en mesure d’absorber la fragilité du système de soins d’urgence

les sapeurs-pompiers toussent aussi3Depuis plusieurs années, les pompiers font entendre leur mal-être, comme ici, à Paris, en mars 2017. ARCHIVES AFP

Sursollicitations, missions débordant du périmètre de leurs compétences, effectifs insuffisants, insécurité, sept syndicats ont lancé fin juin un appel à la grève jusqu’au 31 août. Très massivement suivi dans la plupart des services départementaux d’incendies et de secours (Sdis), le mouvement ne devrait pas impacter la couverture des territoires, la grève se matérialisant essentiellement par des débrayages symboliques de quelques minutes par jour ou des ports de brassards. Reste un malaise profond au sein de la profession ancrée dans la culture de la proximité. 

«On a fait front pendant des années, aujourd’hui, on ne peut plus. Dans de nombreux territoires, on ne trouve plus de médecins, les gendarmeries ont été redéployées, les hôpitaux sont surchargés dans les villes. Le dernier rempart contre cette fragilité des services publics sont les pompiers. On ne peut plus absorber. On lance un cri d’alarme », glisse Bruno Franchitto, responsable du Syndicat autonome des pompiers de la Dordogne. 

De 2003 à 2018, le nombre d’interventions annuelles effectuées par les pompiers en France est passé de 3,5 millions à 4,6 millions. Cette hausse se répartit différemment selon les départements. Entre 2011 et 2017, d’après les chiffres du ministère de l’Intérieur, la Gironde a ainsi subi une hausse de 16 %. Les landes, de 26 %. Et dans presque tous les départements, en six ans, le nombre d’interventions pour 100 habitants bondit (on passe de 6,8 à 7,4 entre 2011 et 2017 dans le Lot-et-Garonne, par exemple), ce qui atteste d’une intensification des sollicitations des pompiers. Et la course semble s’emballer depuis quelques mois. Ainsi, la Gironde prévoit, cette année, de dépasser le seuil des 140 000 interventions (contre 115 000 en 2017). 

Hausse du secours à personnes 

De plus, presque tous les départements ont connu une inflation des « secours à personnes ». Cette catégorie recouvre, pour les pompiers, un grand nombre d’actes ne relevant pas de leur mission et pouvant aller jusqu’au simple «transport» de malade, en lieu et place d’une ambulance privée. Entre 2011 et 2017, cette catégorie d’intervention a augmenté de 13 % en Dordogne ou en Gironde et jusqu’à 33% dans les Landes. 

Les Départements casquent 

«Parfois, lorsqu’on arrive chez des gens, la personne nous attend avec sa valise. On comprend qu’on a simplement été sollicité pour effectuer un transport vers un hôpital », explique Jacques Noaille, membre de l’intersyndicale des pompiers de la Gironde. 

Or les financements des Sdis, dévolus aux collectivités locales, ne sont pas extensibles. D’autant que la loi de 2002 a fixé, une fois pour toutes, la participation des communes et intercommunalités, n’autorisant qu’une hausse basée sur l’inflation. Pourtant, dans certaines zones, la population a fortement augmenté ces dernières années. Résultat, la part des Départements, censés faire la variable d’ajustement, a explosé. En 2017, le président du Conseil départemental de la Gironde, Jean-Luc Gleyze, sonnait l’alarme, pointant un surcoût de 12 millions d’euros pour la collectivité.

« On sert davantage à colmater les autres services qui sont eux-mêmes débordés, que ce soit le Samu ou les forces de sécurité. Vous vous retrouvez à vous faire insulter ou menacer par un mec bourré dans la rue qui aurait dû être pris en charge par la police et non par les pompiers. Comme les moyens ne suivent pas, on fait de plus en plus appel aux volontaires qui sont censés coûter moins cher. Mais, eux-mêmes abandonnent au bout de quelques années, parfois même quelques mois », déplore un pompier aquitain.

Sud-Ouest du 4 juillet 2019 

« Le dernier service public » 

INTERVIEW Le président du service départemental d’incendie et de secours (Sdis) des Landes dénonce un système à bout de souffle

le dernier service public 

«Sud Ouest» En tant que président d’un Sdis, comment réagissez-vous au malaise exprimé par les pompiers ? 

Jean-Claude Deyres Aujourd’hui, nous sommes face à un problème de sécurité et de santé publique. Le système que l’on a laissé s’installer depuis une quinzaine d’années ne fonctionne plus. Dans beaucoup de territoires en France, il n’y a presque plus de médecins, plus d’ambulances, plus de gendarmes. Le dernier service public de proximité dans ce pays, ce sont les pompiers ! On ne peut pas leur demander de pallier toutes les carences du système, surtout à moyens constants. 

Le nombre d’interventions est en augmentation… 

Et cela, de façon exponentielle depuis quinze ans. Cela tient à la fois à l’augmentation de la population dans certains départements mais aussi à des sollicitations pour des missions ne relevant pas de la compétence des pompiers. J’estime leur nombre à au moins 5000 dans les Landes, en 2018, sur 33000 interventions. Dans un département comme la Gironde, c’est encore plus. Par exemple, lorsqu’un malade appelle le 15, si l’opérateur ne peut dépêcher un médecin ou une ambulance privée, il se tourne vers les pompiers qui, eux, répondent toujours présent. Mais une fois sur place, on se rend compte que cela ne relevait pas de l’urgence vitale et que ç’aurait pu attendre le lendemain. 

Y a-t-il un manque d’ambulances ? 

Pas forcément. Mais ce sont des entreprises privées. Ils ne vont pas assurer des permanences les week-ends, les jours fériés ou la nuit. L’État pourrait les obliger. Mais il faudrait les payer. En 2018, dans les Landes, le Samu a comptabilisé 2000 interventions de pompiers déclenchées à cause d’une carence d’ambulance. Dans ce cas, le Samu rembourse 120 euros au Sdis par intervention. On récupère 220 000 euros. 

Mais si on avait mobilisé les bons services, cela aurait coûté trois fois plus. Et, dans ce cas, c’est la Sécu qui aurait payé. Au bout d’un moment, on tourne en rond. D’autant que notre système fonctionne avec des pompiers volontaires. 

Mettez-vous à la place de l’employeur qui doit laisser partir un ou deux salariés qui sont pompiers volontaires pour une intervention qui n’est ni un incendie ni une urgence vitale, mais pour remplacer un privé. Tout cela finit par démotiver tout le monde. 

Faut-il revoir le mode de financement des Sdis, et notamment le plafonnement de la participation des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) votée en 2002 ? 

Que ce soit le Département ou les EPCI, cela revient au même, ce sont les contribuables qui vont financer car les budgets des collectivités ne sont pas extensibles. Ce n’est pas à une commune de payer le transport de quelqu’un qui est malade. Il faut que l’État se prenne en main de sorte que les pompiers n’aient à accomplir que les missions qui leur incombent. Des tables rondes avec l’Agence régionale de santé, la Sécu, les Sdis sont en cours. Mais on redoute que cela prenne du temps.

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